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1346. Bertrand du Guesclin a 26 ans

Défaite de Jean, duc de Normandie, à Aiguillon. Défaite de Philippe VI de Valois à Crécy. Siège de Calais. Victoires des Anglais.

Après la défaite d’Auberoche en octobre 1345, Jean le Bon ne réagit pas.

Cela a un effet catastrophique : devant l’inertie des Français, de nombreux seigneurs gascons changent de camp, comme les puissantes familles Durfort et Duras, les communautés locales organisent leur propre défense et refusent donc de payer les impôts royaux. De ce fait la souveraineté française sur l’Aquitaine recule, laissant place à l’action des Grandes Compagnies et aux guerres privées, ce qui accentue le phénomène. D’autre part, les prisonniers de Bergerac et d’Auberoche rapportent près de 70 000 livres de rançon à Henry de Lancastre et ses lieutenants ne sont pas en reste : on prend conscience en Angleterre que la guerre en France peut être rentable, ce qui suscite nombre de vocations.

Aiguillon chute début 1346, Philippe VI se décide enfin à agir : il doit trouver des finances pour monter une armée. Il obtient avec grande difficulté des finances des États de langue d’oïl et de langue d’oc, il emprunte aux banques italiennes de Paris et surtout il reçoit le soutien du pape qui l’autorise à prélever 10 % des revenus ecclésiastiques du royaume et lui prête 33 000 florins. Il recrute des mercenaires en Aragon et en Italie.

Son fils Jean se retrouve à la tête de 15 000 hommes dont 1 400 Génois. Il commence la campagne d’Aquitaine en assiégeant Aiguillon le 1er août. La place au confluent de la Garonne et du Lot est extrêmement bien fortifiée et tenue par une solide garnison de 600 archers et 300 hommes d’armes. Jean fait le serment de ne pas quitter les lieux avant d’avoir pris la ville. Il emploie les grands moyens : réseau de tranchées pour protéger l’approche et les arrières, construction de ponts sur la Garonne et le Lot pour bloquer le ravitaillement de la ville.

Mais, le siège piétine et ce sont bientôt ses propres forces qui se retrouvent affamées, d’autant que les assiégés ont fait main basse sur le ravitaillement des assiégeants au cours de sorties audacieuses.

Fin août 1346, il doit lever le siège : Édouard III a attaqué au Nord du royaume et Philippe VI a besoin de lui. 1

Eudes IV de Bourgogne participe au siège d’Aiguillon. Il défend Saint-Omer en 1340 contre Robert d’Artois, puis aide Charles de Blois dans le conflit qui l’oppose à Jean de Montfort. Il fait partie des conseillers choisis pour encadrer Jean, duc de Normandie, le fils aîné de Philippe VI. En 1346, il participe au siège d’Aiguillon. Au cours du siège son fils Philippe meurt à la suite d’une chute de cheval alors qu’il franchit un fossé.

Geoffroy de La Tour-Landry est au siège d’Aiguillon. En 1353, il épouse Jeanne de Rougé, d’une riche et influente famille bretonne (douairière des terres de Bourmont comme veuve de Pierre de Cuillé), fille de Bonabes IV († 1377), sire de Rougé et de Derval, vicomte de La Guerche, conseiller du roi Jean.

Les Anglais assiègent et prennent Tulle. Il en seront chassé par la milice locale.

Henri de Lancastre, lors de sa chevauchée en Poitou, épargne le domaine des seigneurs de Parthenay.

7 janvier. Raoul de Brienne. Une partie du massif forestier situé dans les communes de Marigny, Les Fosses et Villiers en Bois est connue sous le nom de la Forêt d’Etampes ou Petite Forêt. Comme l’ensemble de la forêt, elle faisait partie de la seigneurie de Chizé. Ce fut par un contrat en date du 7 Janvier 1346, que Raoul de Brienne cédait à sa soeur Jeanne 1200 arpents pour compléter sa dot. 2

2 février. Ouverture des États généraux de la langue d’oïl à Paris.

17 février. Ouverture des États généraux de la langue d’oc à Toulouse.

11 juillet. Election de Charles IV, empereur romain germanique, après la déposition de Louis IV (jusqu’en 1378).

Le roi Edouard III d’Angleterre prépare un nouveau débarquement.

Philippe VI de Valois, son adversaire lui épargne de trop longues hésitations en condamnant a l’exil un grand seigneur normand, Geoffroy d’Harcourt, lequel court se mettre au service des Anglais, leur offrant libre accès en Cotentin. 3

11 ou 12 juillet. La flotte anglaise jette l’ancre au large de Saint-Vaast-La-Hougue. 4 Trois jours plus tôt, une troupe de Génois a déserté La Hougue, faute d’être payée. Robert Bertrand de Bricquebec tente un assaut, avec 300 hommes, sur les premiers assaillants, mais il est repoussé. Le roi Edouard III d’Angleterre débarque à la mi-journée, fait chevalier plusieurs jeunes nobles, et reçoit l’hommage de Godefroi d’Harcourt pour ses terres normandes.

Crécy-en-Ponthieu. 80
Crécy-en-Ponthieu. 80. Sur le site de la bataille. Photo : 25/07/2014.

Édouard III débarque tranquillement, avec 15 000 hommes. Son fils, Edouard de Woodstock, le futur Prince Noir, l’accompagne. Il débute une chevauchée qui le mène jusque Calais début septembre.

Il dévaste la Normandie, menace Paris et, poursuivi par les armées du roi de France s’en retourne vers le nord.

13 juillet. La Hougue est brûlée, le roi d’Angleterre a du mal à empêcher ses hommes de commettre des destructions. Il place ses quartiers à Morsalines.

18 juillet. Édouard III nomme maréchaux Geoffroy d’Harcourt et le comte de Warwick, en l’église de Quettehou.

Saint-Sauveur-le-Vicomte. 50
Saint-Sauveur-le-Vicomte. 50 . Photo : 02/06/2006.

18 juillet. Les troupes d’Edouard sont entièrement à terre (19428 hommes), il se met en campagne : il pille et brûle Valognes.

19 juillet. L’armée anglaise atteint Saint-Côme-du-Mont. Toutes les forces françaises sont transférées vers l’Orne et Caen. La ville est ravagée.

20 juillet. Les Anglais passent la Douve et atteignent Carentan, qui est brûlée. 5

21 juillet. Les Anglais atteignent la Vire à Pont-Hebert.

21 juillet. Renault de Gobehen, sous la conduite de Geoffroy d’Harcourt, brûle les faubourgs d’Avranches.

22 juillet. Les troupes d’Edouard III prennent et dévastent Saint Lô.

La famille Bacon, d’ancienne noblesse, possède la terre du Molay. Le 23 juillet 1346, le château subit l’assaut d’un corps de l’armée anglaise sous le commandement de Geoffroy d’Harcourt. Après une défense héroïque, Jeanne, craignant de devenir prisonnière de son ancien prétendant, décide de s’échapper avec quelques-uns de ses gens, laissant le soin aux derniers défenseurs du château-fort de capituler à une heure fixée. Rejetant toute proposition, Geoffroy d’Harcourt prend le château par la force, le pille et le rase. Les vainqueurs ne trouvent pas trace de Jeanne dans ses appartements lors du pillage de château. 6

23 juillet. Les Anglais pillent Torigny-sur-Vire.

26 juillet. Prise de Caen. Le connétable Raoul II de Brienne est fait prisonnier par les forces anglaises menées par le comte de Kent, Thomas Holland. En automne 1350, il est autorisé à rentrer en France pour réunir la somme de 60 000 écus d’or et payer sa rançon. Au moins 2500 corps furent ensuite enterrés dans des charniers à l’extérieur de la ville. En tout, le nombre de morts dus à cette mise à sac s’élèverait à 5000. 7

Louis II de Sancerre aurait été à Harfleur et à Caen sous les ordres du connétable de France, Raoul d’Eu et de Guînes.

Caen. 14
Caen. 14. Le château. Photo : 22/10/2016.

31 juillet. Bulle du pape Clément VI consacrant la fondation de l’université de Valladolid en Espagne. 8

11 août. Mantes est prise et pillée. Elle reste entre les mains anglaises, avant de revenir à son propriétaire, Charles II de Navarre, dit le Mauvais. En raison de son emplacement stratégique sur la Seine et à la frontière de la Normandie, Mantes est très convoitée par les Anglais et les rois de France. La ville change de maîtres à de nombreuses reprises.

Mantes la Jolie. 78
Mantes la Jolie. 78. La Collégiale Notre-Dame, église gothique des 12 et 13èmes siècles. Photo : 24/01/2014.

Geoffroy d’Harcourt provoque le roi de France en allant brûler Saint-Cloud : « et là bouter le feu, qui est à deux bien petites lieux de Paris, afin que le roi Philippe en pût voir les lumières ». 9

24 août. Bataille du gué de Blanchetaque.

L’Anglais ébaucha donc une retraite vers le Ponthieu, qu’Édouard I avait possédé par mariage, mais qui venait d’être théoriquement saisi par la France en 1337. L’armée des Français gardant la Seine, l’ennemi fut contraint de la suivre jusqu’à’ Poissy avant de trouver un passage et de franchir le fleuve. Cela s’accomplit a la faveur d’une feinte sur Paris qui rejeta le roi de France, décidément facile a berner, dans la ville. Philippe reprit cependant la poursuite. Édouard, après avoir franchi, non sans combat, la Somme au gué de la Blanchetaque, le 23 août, résolut d’attendre son adversaire. Peut-être, jugeant le heurt désormais inévitable, préférait-il choisir en Ponthieu son terrain de résistance.

Crécy-en-Ponthieu. 80
Crécy-en-Ponthieu. 80. Sur le site de la bataille. Photo : 25/07/2014.

La faiblesse de ses effectifs - 9 000 hommes à peine contre 12 000 Français - lui commandait non l’attaque, mais la défensive. Il adossa ses troupes à un bois, sur un coteau près de Crécy, face au levant ; il entoura d’une palissade les chevaux et le charroi. 10

24 août. Les troupes anglaises pillent et brûlent les villages du Ponthieu sur leur passage, mettent à sac Ponthoile le jour de la Saint-Barthélemy, à peine deux jours avant la bataille de Crécy, 11 brûlant l’église du XIIème siècle.

26 août. Crécy. Le face-à-face a lieu aux abords de la forêt de Crécy. Le samedi 20 août, 12 à Crécy-en-Ponthieu, sur les bords de la Rue, l’ost des chevaliers français se heurte à l’armée anglaise. Ses archers, essentiellement composés de yeomen, font un carnage des Français lourdement cuirassés et c’est le désastre. 13

Les chevaliers français venant d’Abbeville attaquent en désordre et sont jetés à terre sous une pluie de flèches. C’est la défaite du roi de France, Philippe VI de Valois.

Les Français sont plus nombreux, ils comptent sur leur puissante chevalerie. Les archers et les fantassins sont plus mobiles.

1346.Crécy-en-Ponthieu. 80
1346.Crécy-en-Ponthieu. 80. Tour sur le site de la bataille. Photo : 25.07.2014

Dans l’après-midi du 26 août, les Anglais sont assis dans l’herbe, le bassinet posé devant eux, reposés, ragaillardis par les vins du Poitou qu’ils viennent de piller sur les vaisseaux rochelais ancrés dans le port du Crotoy. Ils regardent déboucher de la chaussée Brunehaut la grande cohue des féodaux français.

En l’absence du connétable de France, Philippe VI accumule les fautes, dont la première fut d’engager l’action sans avoir laissé reposer hommes ni chevaux. Mais n’y avait-il pas près de sept ans qu’on frustrait les chevaliers d’une bataille, par trêve pontificale ou autrement ? ils ne savaient plus attendre. Les arbalétriers génois furent en premier sacrifiés. « Tuez toute cette ribaudaille, car ilz nous empeschent la voie ! » cria le roi. Les hommes d’armes foncèrent alors aussi follement que l’aveugle roi de Bohème, qui s’était fait lier à ses compagnons ; ils trébuchèrent sur les corps des piétons, furent pris à revers par la grêle de flèches des archers, par les boulets de quelques bombardes, ou luttèrent vainement jusqu’à la nuit tombée. Jean de Hainaut arracha Philippe VI au champ de bataille. 14

Le roi Philippe VI de Valois n’a plus le charisme et la crédibilité nécessaire pour tenir ses troupes. Dès lors, chacun veut atteindre le plus vite possible l’ennemi anglais afin de se tailler la part du lion ; personne n’obéit aux ordres du roi Philippe VI qui, emporté par le mouvement, est contraint de se lancer à corps perdu dans la bataille. Gênés dans leur progression par leurs propres piétons et les arbalétriers mercenaires génois mis en déroute par la pluie de flèches anglaises, les chevaliers français sont obligés d’en découdre avec leurs propres hommes. C’est un désastre du côté français où Philippe VI de Valois s’illustre par son incompétence militaire. Les chevaliers français chargent par vagues successives le mont de Crécy, mais leurs montures (à l’époque non ou peu protégées) sont massacrées par les pluies de flèches décochées par les archers anglais abrités derrière des rangées de pieux. Peinant à se relever de leur chute, les chevaliers français, lourdement engoncés dans leurs armures, sont des proies faciles pour les fantassins qui n’ont plus qu’à les achever. 15

La victoire des Anglais à Crécy est une victoire de l’obéissance sur l’indiscipline, de l’organisation sur l’imprévoyance, de l’arc anglais sur l’arbalète génoise.

Ce serait la première utilisation de bombardes en Occident. Cette affirmation est controversée et n’est pas citée par tous les chroniqueurs de l’époque.

Louis II de Sancerre, marié à Béatrix de Roucy, et son beau-père, Jean de Roucy, sont tués le 26 août. Louis a de sa retenue quatre chevaliers. Louis aurait été parmi les capitaines français à être rentrés dans les lignes de la première division anglaise, commandée par le jeune prince de Galles, soutenue par la seconde division. Son corps ayant été relevé par ordre du roi Edouard, il aurait été inhumé au monastère de Maintenay près Crécy. 16

Sancerre. 18
Sancerre. 18. La tour des Fiefs, dernier vestige du château féodal. Photo : 30/07/2005.

Dans le camp français, sont morts lors de la bataille :

  • Jean de Luxembourg, dit l’Aveugle, roi de Bohême.
  • Charles II d’Alençon, comte d’Alençon, comte du Perche.
  • Louis Ier de Flandre né Louis de Dampierre, dit Louis de Nevers, comte de Flandre. Comte de Flandre, de Nevers et de Rethel à partir de 1322.
  • Raoul de Lorraine, dit le Vaillant, duc de Lorraine.
  • Louis Ier de Blois-Châtillon, comte de Blois, comte de Dunois, Seigneur de Soissons et de Beaumont.
  • Henri IV de Vaudémont, comte de Vaudémont.
  • Jean IV d’Harcourt, comte d’Harcourt, vicomte de Châtellerault.
  • Charles de Valois, comte d’Alençon, 1297-1346.

Louis Ier de Flandre dit Louis de Dampierre, Louis de Nevers ou Louis de Crécy, (vers 1304 - † Crécy, 26 août 1346), comte de Flandre (Louis Ier, de 1322 à 1346), de Nevers et de Rethel (Louis II, de 1322 à 1346), seigneur de Malines, fils de Louis Ier de Dampierre, comte de Nevers, et de Jeanne, comtesse de Rethel. Il Meurt à Crécy. 17

Robert IX Bertrand de Bricquebec, né en 1321, est tué à l’âge de 25 ans. Son frère, Guillaume, est marié à Jeanne Bacon. Il est tué à la bataille de Mauron en Bretagne le 14 août 1352. Ce sont les fils de Robert VIII Bertrand. 18

Le comte Jean IV d’Harcourt, gouverneur de Rouen, trouve la mort dans les rangs français. Geoffroy d’Harcourt, son frère, est l’un des auteurs de la victoire anglaise à la bataille de Crécy. Froissart raconte ainsi cet épisode dans ses chroniques :

« Il est bien vrai que messire Godefroi d’Harcourt, qui était de lès le prince et en sa bataille, eu volontiers mit peine et entendu à ce que le comte d’Harcourt, son frère, eut été sauvé ; car il avait ouï à aucuns anglais qu’on avait vu sa bannière, et qu’il était avec ses gens venu combattre aux anglais. Mais le dit messire Geoffroy n’y pu venir à temps, et fut la mort sur la place le dit comte, et aussi le comte d’Aumale, son neveu. »

Le soir de la bataille, Geoffroy d’Harcourt reconnut ainsi le corps de son frère tué dans les rangs français. Alors qu’il est l’un des principaux artisans de la victoire anglaise, le remords le pousse à rejoindre le camp de son frère et de son neveu. 19

Bernard V de Moreuil, maréchal de France, puis "Grand Queux" du roi Philippe VI après la bataille de Crécy, assure la défense de Boulogne-sur-Mer. 20

Le vicomte Jean Ier de Rochechouart participe à la bataille de Crécy.

Y a t-il des Bretons à Crécy ?

Edouard III n’a plus d’adversaire. Il se presse d’aller faire le siège de Calais, après avoir incendié Wissant et Wimille, extrêmement nuisible au roi et à son royaume, afin d’avoir une tête de pont qui est la clef pour le départ ultérieur de ses chevauchées en France. Le roi d’Angleterre commence l’investissement devant la place de Calais, le 4 septembre 1346. 21

Deux jours après un succès aussi éclatant qu’imprévu, Édouard III reprend sa fuite vers le nord. Il lui faut un port pour se rembarquer, peut-être aussi pour assurer les campagnes futures. Renonçant à Boulogne, il porte son effort sur Calais, qui semble plus vulnérable, mais qui, tenace, et sérieusement ravitaillé par la marine normande, résiste un an. Par terre, Philippe VI de Valois intervint trop tardivement et mollement. Se heurtant aux tranchées qu’ Édouard a creusées devant son campement de siège (Villeneuve la Hardie), il se retire. 22

Boulogne-sur-Mer. 62
Boulogne-sur-Mer. 62. Les remparts. Photo : 07/04/2018.

Une trêve avait été signée peu après Crécy entre Édouard III et Philippe de Valois et la Bretagne s’y trouvait comprise ; mais

« de nombreux chefs de bandes des deux partis n’en parcouraient pas moins la province, rançonnant les villes et faisant des conquêtes pour leur propre compte. Dageworth avait péri non loin d’Auray, et ses compatriotes, pour venger sa mort, faisaient retomber leur colère sur les marchands et sur les laboureurs. Sir Richard Bemborough était le plus acharné d’entre eux. Les champs et les routes se couvraient de cadavres. Une foule d’enfants et de vieillards expiraient dans les cachots et les jeunes gens qui échappaient au massacre étaient menés sur les marchés où on en trafiquait comme de vils animaux. Les populations en proie à la faim, à la misère et à la maladie, maudissaient à la fois Édouard III, Jean de France (qui venait de succéder à Philippe de Valois) et Charles de Blois lui-même. » 23

Pierre des Essarts, parfois dit Pierre des Essars, est l’un de ces riches bourgeois français du XIVe siècle, rendu indispensable au roi de France par ses importantes ressources pécuniaires et qui, de ce fait, devient un proche conseiller financier de Philippe V, Charles IV et Philippe VI. Lié aux très impopulaires « remuements de la monnaie », il est emprisonné en 1346 après la défaite de Crécy à laquelle il faut trouver des boucs émissaires. Il est gracié en 1347 mais meurt en 1349 de la peste bubonique qui ravage alors l’Europe. Il a des enfants :

  • Pierre II des Essarts (mort à la bataille de Crécy), chevalier, d’où un fils, Pierre III des Essarts,
  • Yolant, religieuse à Saint-Louis de Poissy ;
  • Marguerite, qui épouse Étienne Marcel. 24

20 août. Louis de Tarente épouse Jeanne de Naples. Jeanne 1ère de Naples est la fille de Charles, duc de Calabre, et de Marie de Valois, sœur du roi de France Philippe VI. Elle a 20 ans et c’est son 2ème mariage. Le roi Louis de Hongrie, furieux, intervient militairement (1347-1348). Jeanne quitte Naples pour la Provence, puis rejoint Avignon en 1348. 25

4 septembre. Début du siège de Calais par les Anglais.

Septembre et octobre. Au cours d’une chevauchée, Henry de Grosmond-Lancastre prend Saint-Jean-d’Angély, Lusignan, Poitiers, Montreuil-Bonnin, Saintes et les principales places du Poitou et de la Saintonge. Depuis l’avènement d’Édouard III au trône d’Angleterre en 1327, le Haut-Poitou avait pour ainsi dire toujours été en guerre. Poitiers tombe au pouvoir des Anglais commandé par Henri de Lancastre, comte de Derby.

17 octobre. Neville’s Cross. Philippe VI de Valois pousse le roi David II d’Écosse à envahir l’Angleterre par le nord, théoriquement peu défendue étant donné qu’Édouard III prépare au sud l’invasion de la France. Le 7 octobre, les Écossais entrent en Angleterre avec environ 12 000 hommes, David II d’Écosse est battu à Neville’s Cross et capturé jusqu’en 1357. 26

Bataille de Neville's Cross
Bataille de Neville’s Cross. Bataille de Neville’s Cross d’après le manuscrit du XVe siècle Jean Froissart (BN MS Fr. 2643).

25 novembre. Couronnement de l’empereur Charles IV du Saint-Empire à Bonn.

Mauvaises récoltes en Europe occidentale (Italie, France, Angleterre, 1346-1347).

Début de l’épidémie de la peste noire qui ravage Marseille et l’Europe et qui élimine près d’un tiers de la population française. Pas moins de 35 épidémies de peste sont dénombrées de 1346 à 1452.

Le 5 décembre. Les Anglais prennent Lannion.

Le 12 décembre 1345, les Anglais, commandés par Guillaume Bohun, comte de Northampton, tentent en vain de s’emparer de la ville de Lannion, 27 qui est du domaine de Charles de Blois.

Le 5 décembre 1346, les Anglais prennent la ville par surprise. En effet Richard Toussaints, capitaine anglais, parvient à corrompre à prix d’argent deux soldats de la garnison qui lui ouvrirent un matin l’une des portes de la ville. Richard s’y précipite avec toute sa troupe, surprend les habitants de Lannion pendant leur sommeil, et en fait un carnage affreux.

Geoffroy du Pontblanc donne l’alarme et combat vaillamment mais succombe sous le nombre. La ville de Lannion est pillée et la place démantelée. Les Anglais, après avoir fait main basse sur tout ce que Lannion renfermait de richesses, évacuèrent la ville et se retirèrent à la Roche-Derrien, alors au pouvoir de Northampton. 28

Lannion. 22
Lannion. 22. Plaque installée rue Geoffroy de Pontblanc. Photo : 15/11/2018.

De Coëtuhan, Rolland-Philippe (sénéchal de Bretagne) et Thibaud Méraud (docteur en droit) furent au nombre des prisonniers. Geoffroy de Kerimel et plusieurs autres chevaliers furent tués.

" Anglici qui villam de Lannion obsidebant, per proditionem (productionem) duorum armigerorum, videlicet Henrici Sciguit et Henrici Allouhe [Note : « Henri Quiguit et Pringuier Alloue » (Grandes Chroniques, t. V, p. 447)], illam circa auroram intraverunt, quod percipiens strenuus miles Gauffridus de Poy [Note : Le même personnage est appelé Geffroy de Pont-Blanc dans les Grandes Chroniques, dont plusieurs manuscrits donnent d’ailleurs comme variantes : Pyeblanc et Poyblanc (Grandes Chroniques, t. V, p. 447)], gladium arripiens et semiarmatus exiens cum Anglicis fortiter in vici medio preliando ex ipsis plures occidit sed tandem ab eis interemptus est. Armigerum suum etiam capientes, eidem fractis cum lapidibus dentibus, oculos eruerunt ac deinde dominum Gaufridum de Carmes [Note : « Geffroy de Kaermel » (Grandes Chroniques, t. V, p. 448)] et nonullos alios milites occidentes, dominos de castro Quiefret, Gauffridum de Conestran et Rollandum Philippi, Britannie senescallum, ceperunt [Note : « Ils pristrent aussi le seigneur du chastel de Qoettrec et monseigneur Geffroy de Quoettrevan, chevalier, et Rolant Phelippe, souverain seneschal de Bretaigne, et maistre Thibaut Meran ... » (Grandes Chroniques, t. V, p. 448)]. Ceperunt etiam Theobaldum Meron, doctorem in jure civili, quem ad ignominiam cleri exeuntes, super humeros ejus vini ponderosam sarcinam imposuerunt usque ad Rupem Deriani portandam et derisorie dicebant si sarcine bajulatio et legendi exercitatio unum erat. Villa vero spoliata, antequam ad Rupem redirent, rurales patrie, qui sub tributo Anglicorum vivebant, mox Gauffrido Tournemine cum multis pugilibus accersitis, ad succursum vicinorum accedere maturarunt, sed ab Anglicis in via victi protinus fuerunt, sed postmodum Lannion iterum inhabitare ceperunt " (Chroniques de Richard Lescot, religieux de Saint-Denis (1328-1344).

Geoffroy de Pontblanc et ses compagnons.

…on remarquait le manoir de Pontblanc, situé dans la section de Plouaret. 29 Elle avait son école presbytérale que Geoffroy de Pontblanc fréquentait. Il y complétait les premières notions que lui donnaient ses nobles parents. Il y avait pour condisciples Olivier et Alain de Keranrais, Geoffroy et Guillaume de Coëtmohan qui devaient par la suite ajouter de nouveaux fleurons à la couronne déjà si glorieuse de la Bretagne. Geoffroy de Coëtmohan devait illustrer les sièges épiscopaux de Quimper et de Dol ; Guillaume de Coëtmohan, fonder le célèbre collège de Tréguier, à Paris ; Alain et Olivier de Keranrais furent du nombre des vainqueurs au célèbre combat des Trente. Chaque manoir était tour à tour le rendez-vous des nobles chevaliers d’alentour. Que de fois les sires Jean de Kergorlay, Conan et Marc de Quélen, Alain de Kergrist, Roland de Kergariou, les chevaliers Alain de Kerimel, Olivier de Kermartin, neveu de saint Yves, le comte Brient de Lannion furent les hôtes du Pontblanc. Ils avaient assisté à maintes batailles, remporté de glorieuses victoires, guerroyé contre les impies sarrasins, et c’est au récit de leurs beaux gestes que fut bercée l’enfance de Geoffroy de Pontblanc. A la mort du duc Arthur II, son fils aîné et successeur Jean III se l’attacha d’une manière particulière ; Geoffroy accompagna son souverain à cette glorieuse campagne des Flandres à laquelle le roi de France avait invité les plus illustres chevaliers du royaume. 30

Geoffroy de Kerimel est un noble breton, né à une date incertaine, peut être à Kermaria-Sulard dans les Côtes d’Armor. Il est dit de lui qu’il « menait l’avant-garde de du Guesclin à la bataille de Cocherel et le suivit en Espagne, en Guyenne et ailleurs. » 31

Les seigneurs de Kérimel étaient seigneurs du dit-lieu (en Kermaria-Sulard), de Launay (paroisse de Brélévenez), de Coëtgoureden (paroisse de Pestivien), de Coëtfrec (paroisse de Ploubezre), de Coëtinizan (paroisse de Pluzunet, de Kérouzéré (paroisse de Sibéril). Geoffroy de Kerimel est maréchal de Bretagne. 32

Geoffroy et Guillaume de Coëtmohan. Il existe Coëtmohan sur la commune de Le Merzer, à l’est de Guingamp en Côtes d’Armor. C’est le berceau de la famille de Coëtmohan au 14ème siècle. Guillaume de Coëtmohan fonde le collège de Tréguier à Paris en 1325.

Rolland de Coatgourheden, le sénéchal de Charles de Blois, est capturé. 33

Guingamp. 22
Guingamp. 22 . Le fief de Coatgoureden est dans la paroisse de Pestivien, 22. Photo : 12/11/2005.

Le château de Lannion est fortifié en 1350. En 1351, Guyon de Pontblanc, fils de Geoffroy, prend part au célèbre combat des Trente. Vers la fin août 1356, le duc Charles de Blois fait relever les murailles de Lannion. 34

15 décembre. Lettres du duc de Bretagne (Charles de Blois) confirmant la fondation du Prieuré de Saint-Georges de Trédias. 35

2 décembre. Fin 1346, Eudes IV de Bourgogne et son épouse Jeanne de France font face à la défiance croissante des nobles et des bourgeois du comté d’Artois. Ceux-ci, accablés par les passages de l’armée anglaise et des impôts jugés trop lourds, sont déçus par leurs suzerains et demandent le rattachement du comté au domaine royal, et donc de se placer sous la protection de Philippe VI.

Celui-ci refuse l’annexion pure et simple afin de ne pas indemniser le duc de Bourgogne, mais le 2 décembre 1346 il met l’Artois « dans sa main », c’est-à-dire qu’il prend le gouvernement du comté sans toucher aux droits et à la propriété du duc. De plus, le roi assure que l’argent prélevé sur les Artésiens sera consacré à la défense de leur province, ce que ne faisaient pas Eudes et Jeanne.

Ces derniers sont contraints d’accepter la décision royale. En effet, le crédit du duc est alors bien entamé à la cour. Considéré comme un des responsables des défaites de 1346, Eudes IV tombe dans une semi-disgrâce.

Toutefois, Eudes IV ne se résout pas à la perte de l’Artois, et après maintes pressions sur le roi, obtient au bout de trois semaines la levée de la mainmise royale sur le comté. 36