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De la réalité aux légendes

L’archéologie exige une rigueur scientifique. L’imaginaire c’est autre chose.

Alors que la mémoire des hommes perdait l’histoire des mégalithes, face à ce phénomène hors de l’ordinaire, ceux-ci leur bâtissaient légendes et interprétations pseudo scientifiques.

Monteneuf. 56
Monteneuf. 56. Le brouillard épaissit le mystère des Pierres droites.

Pour expliquer l’extraordinaire de ces réalisations de pierre, on évoque un monde à sa mesure. Les menhirs, dolmens et allées couvertes sont alors l’œuvre des fées, des korrigans, des géants, du diable ou de Gargantua.

Pleucadeuc. 56
Pleucadeuc. 56 . Menhir en contact avec le ciel. Photo : 07/03/2007.

Gêné par certaines pratiques et coutumes venues d’un autre âge, le clergé modifiant ou rebaptisant certains sites les associe à Saint Michel, Saint Méen et Saint Cornely.

Embarqués dans le courant littéraire romantique du XIXème siècle, les mégalithes sont rattachés, sans garantie scientifique, aux cultes druidiques de la période celte. Image forte encore entretenue, Obélix aurait dû livrer des stèles gauloises plutôt que des menhirs dont lui et ses congénères avaient perdu la signification.

Plourin. 29
Plourin. 29. En lien avec les astres.

Magnétisme, tellurisme, nappes phréatiques et rivières souterraines sont-ils des axes conducteurs de l’implantation des mégalithes comme souhaiteraient nous en convaincre les balancements incertains des pendules et des baguettes de cuivre.

Ouvrant un espace de rêves, toutes ces approches restent en marge de la rigueur et des données scientifiques.

Saint-Jean-Brevelay. 56
Saint-Jean-Brevelay. 56. Dans une ambiance féérique ou diabolique. Photo : 15/04/2005.

Cependant, au cours des siècles, des érudits se sont attachés à la compréhension des cultures mégalithiques et de leurs réalisations.

On peut citer Cambry en 1805, Gaillard en 1897, Boudouin en 1926, Merley, Hawkins, Thom et bien d’autres. Tous, frappés par l’organisation et la concentration mégalithique des ensembles situés entre le Golfe du Morbihan et la rivière d’Etel, ont cherché à démontrer l’existence de relation entre le positionnement et groupement des réalisations mégalithiques avec le système astral. Ne prenant en considération que les structures apparentes sans discrimination des restaurations intempestives et parfois outrancières, oubliant que ces réalisations se sont étalées sur une séquence chronologique de plus de 2 500 ans, n’a-t-on pas trop forcé l’image pour s’approcher des séduisantes théories astrales ?

Présenter Stonehenge (U.K.) comme l’exemple d’un « observatoire astral mégalithique », sans expliquer que son plan a évolué du Néolithique jusqu’à l’Age du Bronze, c’est s’éloigner de la rigueur scientifique.

Oublier de mentionner que les grands alignements du sud du Morbihan suivent les lignées géologiques de l’anticlinal sud du Massif armoricain, pour souligner que cette orientation est-ouest est celle du rythme solaire, consiste à tronquer la réalité.

Ne pas se référer aux nombreux ensembles calés sur des lignes géologiques abandonnant cet axe est-ouest ne peut être assimilé à une simple omission.

Vouloir associer ensemble des monuments qui n’ont pas fonctionné, ni été construits dans le même moment, réduit le crédit de ces hypothèses.

L’interprétation des ensembles mégalithiques implique une rigueur scientifique absolue qui demande de longues investigations tant archéologiques que comparatives.