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1354. Bertrand du Guesclin a 34 ans

Charles de La Cerda est assassiné. Bertrand du Guesclin à Montmuran et capitaine de Pontorson. Bertrand du Guesclin prend le château de Fougeray.

La suite du traité de Westminster du 1er mars 1353

Édouard III obtient, par le traité de Westminster, qu’en contrepartie de la reconnaissance de Charles de Blois comme duc de Bretagne, la Bretagne signe un traité d’alliance perpétuelle avec l’Angleterre.

Début janvier, au moment où Charles de La Cerda part pour la Normandie, le roi a donné son accord au mariage de Jean, le fils de Jean de Montfort, avec la fille du roi Édouard III, Marie.

Charles le Mauvais décide de faire capoter les négociations et de se saisir de la personne de Charles de La Cerda, dans le but d’influer sur le cours des tractations. Charles de Navarre est soigneusement tenu à l’écart du conseil du roi et Charles de La Cerda, dit Charles d’Espagne, s’active à détricoter son réseau de fidèles. Évidemment, tout cela ne peut qu’en faire l’ennemi mortel du parti navarrais, qui répand des rumeurs calomnieuses d’homosexualité pour expliquer ses liens avec le roi.

Quand le roi de France accorde à son favori le comté d’Angoulême et la charge de connétable, Charles de Navarre, se voit écarté des affaires du royaume et son ressentiment contre Jean le Bon augmente d’autant que le connétable est d’un rang très inférieur au sien. Le roi n’avait toujours pas versé la dot promise un an auparavant lors du mariage et n’avait pas encore donné les possessions promises à son gendre (les chatellenies de Beaumont et de Pontoise). 1

8 janvier. L’assassinat du connétable de France, Charles de La Cerda

Il est assassiné par des hommes de Philippe de Navarre.

Philippe de Navarre se retire sur ses terres de Normandie. Il apprend, le 8 janvier 1354, que Charles d’Espagne est en Normandie et qu’il va passer la nuit à l’auberge de la « Truie-qui-File », à L’Aigle. 2

L'Aigle. 61
L’Aigle. 61. L’aigle bicéphale, comme Bertrand du Guesclin. Photo : 22/05/2014.

Il prévient alors son frère. Les hommes encerclent l’auberge pour se saisir de la personne du connétable. L’aventure tourne au carnage et Charles de La Cerda, agenouillé et suppliant les Navarrais de l’épargner, est lardé de coups d’épée par les hommes de Philippe de Navarre.

Charles de Navarre souhaitait la capture du connétable et non son assassinat mais en endosse la responsabilité pour couvrir son ombrageux et impulsif frère, Philippe de Navarre, qui fut l’exécutant.

Alors que Jean le Bon reste prostré quatre jours à l’annonce de la mort de Charles de La Cerda, montrant qu’il ne peut maîtriser son émotion, le Navarrais se pose en chef d’État et revendique pleinement le meurtre qu’il justifie comme étant une question d’honneur.

Charles de Navarre est fortement soutenu et les seigneurs normands se rangent derrière lui tandis que les châteaux normands sont réarmés.

Il envoie Jean de Fricamp, surnommé Friquet, emprunter de l’argent à Bruges pour lever une armée. Dès le 10 juillet 1354, la chancellerie navarraise envoie des courriers demandant une aide militaire à Édouard III, au Prince noir, à la reine Philippa de Hainaut, et au duc de Lancastre.

Allié aux Anglais, il a les moyens de contraindre le roi de France à accepter l’assassinat de son favori. 3

13 mars. A Metz, Charles IV du Saint-Empire érige le Luxembourg en duché en faveur de son frère Venceslas Ier. Il passera par héritage à la maison de Bourgogne.

Le traité de Mantes, favorable à Charles II de Navarre

Le 22 février, Jean le Bon doit accepter des concessions au traité de Mantes pour éviter une reprise de la guerre. Par ce traité, Charles II le Mauvais renonce à réclamer les châtellenies d’Asnières-sur-Oise, Pontoise et Beaumont que le roi ne lui avait toujours pas remises. En contrepartie, il reçoit le comté de Beaumont-le-Roger, les châteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer, le Clos du Cotentin avec la ville de Cherbourg, les vicomtés de Carentan, Coutances et Valognes, en Normandie.

Beaumont-le-Roger. 27
Beaumont-le-Roger. 27. Porche et couloir voûté. Photo : 31/05/2013.

Il peut recevoir l’hommage des seigneurs normands qui l’ont soutenu. Ce traité lui donne également la permission de tenir chaque année un échiquier, il pourra y rendre justice sans que des appels puissent être envoyés au parlement de Paris. Au total, il reçoit toutes les prérogatives du duc de Normandie sans en avoir le titre.

6 avril. Le Traité de Guînes

L’assassinat de Charles de La Cerda a compromis les accords de paix franco-anglais : ni la guerre de Cent Ans, ni la guerre de Succession de Bretagne ne sont réglées.

Charles le Mauvais est en position de force, il n’a jamais été aussi puissant. Pour faire bonne mesure il doit se rendre à Paris pour demander son pardon au roi. Louis d’Anjou, deuxième fils de Jean le Bon, est livré en otage pour garantir la sécurité du Navarrais.

Charles de Navarre se rend donc au palais de la Cité le 4 mars, et demande pardon sans contrition et sans reconnaître aucun tort en la grande chambre du Parlement.

Le duc de Lancastre peut s’estimer floué, mais les partisans de Charles étant revenus en force dans le Conseil du roi, les négociations de Guînes évoluent très favorablement pour les Anglais qui recevraient en toute souveraineté toute l’Aquitaine des Plantagenêt (le tiers du royaume de France), garderaient Calais contre le renoncement à la couronne de France.

Cet accord préfigure le traité de Brétigny. Le traité de Guînes doit être confirmé et solennisé à Avignon à l’automne et une trêve jusqu’au 1er avril 1355 est conclue.

Charles de Navarre est pardonné par Jean le Bon grâce au soutien de Blanche de Navarre 4 et Jeanne d’Evreux. 5

Mais le roi Jean le Bon ne digère pas la mort du connétable Charles de la Cerda et d’avoir dû céder face à Charles de Navarre au traité de Mantes. 6

Jean II le Bon cherche à supprimer Charles II de Navarre

En août, il cherche à éliminer physiquement son gendre : il invite les trois frères de Navarre à un dîner en son palais dans le but de les assassiner. Avertis, ils échappent de peu à la mort, quittent Paris pour Evreux puis se séparent : Charles se rend à Avignon, Philippe en Cotentin et Louis en Navarre.

En novembre 1354, Charles le Mauvais se trouve à Avignon lors des négociations de paix sous l’égide du pape. Pour lui, un traité de paix franco-anglais serait une catastrophe, surtout si Édouard III acceptait de renoncer à la couronne. Faisant semblant de quitter la ville, il revient en cachette et fait capoter les négociations.

En parallèle, il conclut donc avec le duc de Lancastre un pacte qui prévoit le démembrement de la France : Édouard recevra la couronne de France mais laissera à son cousin Charles de Navarre la Normandie, la Champagne, la Brie, le Languedoc et quelques autres fiefs.

Mais les Anglais, échaudés par les revirements incessants du Navarrais, se méfient et le débarquement promis n’aura jamais lieu. D’autre part, Jean le Bon ne peut accepter le traité de Guînes et refuse de le confirmer à Avignon. 7

Jean de Grailly à Conches-en-Ouche

Charles II de Navarre confie la ville de Conches-en-Ouche au captal de Buch, Jean de Grailly, qui la confie à son tour à son oncle Archambaud. Jean de Grailly et Bertrand du Guesclin se retrouvent face à face à Cocherel en 1364.

Conches. 27
Conches. 27. Photo : 05/12/2003.

Jacques Ier de Bourbon, Connétable de France

Il succède à Charles de La Cerda. C’est est un arrière-petit-fils du roi de France Louis IX et l’ancêtre par les mâles du roi Henri IV de France. Il est le fils de Louis Ier, duc de Bourbon et comte de la Marche, et de Marie d’Avesnes.

Jacques Ier de Bourbon est né en 1321. Il a 33 ans. Il combat en 1341 et 1342 pour Charles de Blois contre Jean de Montfort. Il est comte de la Marche de 1342 à 1361, comte de Ponthieu de 1351 à 1360 et connétable de France de 1354 à 1356. Il meurt à Lyon le 6 avril 1362.

Bertrand du Guesclin adoubé chevalier à Montmuran ?

Montmuran. Les Iffs. Ille-et-Vilaine.

Isabeau dame de Tinténiac, reçoit en son château de Montmuran, le maréchal d’Audrehem et Bertrand du Guesclin. 8

Les Iffs. 35
Les Iffs. 35. Montmuran. Photo : 01/12/2016.

En 1354, Huc de Caurelée, véritablement nommé Huc de Caverley, dont les Bretons avaient fait Caurelée, guerrier anglais, fameux dans notre histoire, battait la campagne et y causait mille ravages. Il s’approcha du château de Montmuran où se trouvait en ce moment du Guesclin, avec le seigneur d’Andrehan, plus tard maréchal de France. Du Guesclin fut fait chevalier le même jour par Aleastre du Marest, chevalier du pays de Caux, qui lui ceignit l’épée, avec tout le cérémonial alors en usage, dans la chapelle du château de Montmuran, C’est depuis ce temps que Bertrand du Guesclin, devenu chevalier, adopta le cri de guerre fameux « Notre-Dame-Guesclin ! ». 9

Le jour du Jeudi saint, le chevalier Alacres de Marès, (ou Elaste du Marais), normand du pays de Caux, adoube chevalier Bertrand Du Guesclin dans la chapelle du château, pour avoir, entre autres, héroïquement sauvé Montmuran des Anglais.

Ces derniers, arrivant par surprise de Bécherel, à moins de 10 kilomètres de là, furent stoppés net par Bertrand du Guesclin qui, ayant senti la chose, avait prévu leur venue en postant une trentaine d’archers le long d’un chemin qui porte aujourd’hui encore le surnom de « chemin sanglant ».

S’il se dit encore que le chemin rougit du sang des combattants chaque fois que la pluie tombe, il faut aussi savoir que le sol en ces lieux est en partie composé d’oxyde de fer, de couleur rougeâtre, perpétuant le symbole. 10

Bertrand du Guesclin capitaine de Pontorson et du Mont Saint-Michel.

Bertrand du Guesclin ayant gagné le respect de la noblesse à la pointe de son épée, le chevalier Alacres de Marès, dépendant du bailliage de Caux, l’adoube chevalier au château de Montmuran dans les Iffs en 1354 (il prend alors pour devise « Le courage donne ce que la beauté refuse ») et le nomme capitaine de Pontorson et du Mont Saint-Michel sur recommandation de Pierre de Villiers. Il « promet qu’il ne trouveroit jamais occasion qu’il ne chargeast les Anglois quelque part qu’il les renconstrat. » 11

Les Iffs. 35
Les Iffs. 35. Dans la chapelle de Montmuran. Photo : 04/09/2018.

Bertrand du Guesclin n’aurait pas été adoubé chevalier à Montmuran. Certains auteurs écrivent qu’il l’a été en 1356 ou 1357. Visité le 01.12.2016, la guide m’affirme « avoir des preuves de l’adoubement à Montmuran, de plus, me dit-elle, Georges Minois le confirme », Yves Jacob également, mais il y a un doute, voir 1356-1357. Sur le vitrail, 1889, de la chapelle, c’est Bertrand 1er de Saint-Pern, son parrain, qui l’adoube chevalier le Jeudi Saint 1354.

Bertrand du Guesclin et Arnoul d’Audrehem, capturent Hugues de Calveley. Tous trois se retrouvent régulièrement sur les champs de bataille durant les années suivantes.

Arnoul d’Audrehem, lieutenant du roi en Normandie prend la forteresse de Landal à Broualan par surprise et y capture Hugues de Calveley. 12

Les seigneurs de Landal et les Malesmains

Guillaume d’Aubigné, seigneur de Landal, né vers 1300, décédé après 1384, est marié à dame Philippa (nom inconnu), dont :

Mahaut d’Aubigné, dame de Landal, fille du précédent, marié en 1366 à Olivier de Montauban, seigneur de Queneville, né vers 1348, décédé vers 1389/1409, fils de Olivier de Montauban, seigneur de la Ferté (v.1325-1388) et de Jeanne Malesmains (v. 1328-1383), dont :

Guillaume de Montauban, seigneur de Montauban et de Landal, capitaine de Dinan, fils du précédent, né vers 1367, décédé en mai 1432, marié en premières noces en 1382 à Marguerite de La Roche-Bernard, fille d’Eudes, seigneur de la Roche-Bernard et de Béatrice de Craon. 13

Bertrand du Guesclin gère la garnison de Châteauneuf. 14

Bertrand du Guesclin prend le château de Fougeray.

Occupé par les Anglais jusqu’en 1350, le château est repris par Bertrand du Guesclin en 1354 15 par une ruse de guerre selon les chroniques médiévales de l’époque. 16

« Dans la région, les Anglais conquirent avant 1350, Fougeray, Blain, Château Blanc sur la Vilaine en Guipry » et installèrent une garnison à Fougeray.

Bertrand Du Guesclin, alors chef d’une petite bande armée cachée dans la forêt proche (la forêt de Teillay s’étendait alors jusqu’à Fougeray) entreprit en 1350 (ou 1354 selon les sources) de prendre, par ruse le château afin de « bouter » les Anglais hors de la forteresse. 17

En 1356 ou 1350, Du Guesclin s’empare de ce donjon, gardé par une garnison anglaise commandée par le capitaine Robert Bramboc ou Bembro. 18

En 1351, Richard Bemborough est capitaine de Ploërmel et participe au Combat des Trente. Est-ce que ce Robert Bramboc, ou Bembro, ou Bemborough, est de sa famille ?

Le château de Fougeray.

Les recherches effectuées dans les archives par des historiens locaux Jacques et Jean-Jacques Blain nous éclairent sur les faits historiques en rapport avec le château et sur l’architecture de ce dernier.

Il n’existe pas de preuves de l’existence d’un château avant le XIVème siècle, ni sur le site ni dans les textes. Il est pourtant vraisemblable qu’une famille Le Bœuf possédait au XIème siècle un premier château fort transmis par alliance aux Rieux en 1235.

Cette famille possédera la Châtellerie de Fougeray jusqu’en 1424. 19

Le château dont il ne reste aujourd’hui qu’un donjon, date sans doute de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle et sa construction est attribuée à Jean de Rieux, Maréchal de France.

Jean II, sire de Rieux et de Rochefort, chevalier, rendit de grands services au roi Charles VI, qui le pourvut de la charge de maréchal de France à la place de Louis de Sancerre, par lettres données le 19 décembre 1397. Cousin d’Olivier de Clisson, il l’accompagna en 1366 en Espagne, lorsque ce seigneur alla rejoindre l’armée du prince de Galles, et se trouva à la bataille de Navarette, où D. Henri de Transtamare, qui disputait la couronne de Castille à D. Pedro le Cruel, fut défait, et dans laquelle du Guesclin fut fait prisonnier. Il s’attacha ensuite à ce dernier, et le suivit dans plusieurs expéditions, entre autres an siège de Bécherel, en 1371. 20

Grand-Fougeray. 35
Grand-Fougeray. 35. Le donjon. Photo : 05/10/2018.

Il était l’une des plus importantes forteresses de Bretagne protégée par neuf tours et dotée de l’énorme donjon.

Il faisait surtout partie de toute une chaîne de places fortes s’étendant de la Manche à l’Atlantique (Fougères, St Aubin du Cormier, Vitré, La Guerche, Châteaubriant, Ancenis, Machecoul) et aurait donc un rôle stratégique plus large que la simple protection de la seigneurie de Fougeray.

En 1598, à la fin des guerres de religion, le château fût démantelé a la demande des Etats de Bretagne qui souhaitaient la démolition de plusieurs places fortes de la Province afin de favoriser la paix civile. 21

La plebs ou paroisse de Fulkeriac était au IXème siècle une condita, c’est-à-dire, selon M. de Courson, qu’elle devait sa naissance à un magasin d’approvisionnements, établi par les Romains sur les bords de leur voie de Blain à Rennes. Cette position de Fougeray, son importance sous les rois bretons, sa renaissance au XIème siècle sous le gouvernement des Le Boeuf, puînés des puissants barons de Châteaubriant, tout porte à croire qu’il existait dans cette petite ville une forteresse à une époque très reculée.

Le fait d’armes le plus important qui se soit accompli au château de Fougeray est aussi celui qui nous donne la première preuve écrite de son existence. C’était en 1354. Jean de Rieux, l’un des plus zélés partisans de Charles de Blois, en était alors le seigneur ; Fougeray lui fut enlevé, et une garnison anglaise y fut placée sous le commandement de Bembro. Bertrand du Guesclin, qui combattait sous le même drapeau que le seigneur de Fougeray, parvint à reprendre cette forteresse par une ruse de guerre racontée par tous les historiens bretons, en particulier par dom Lobineau, Hay du Chastelet et Bertrand d’Argentré.

Déguisé en bûcheron et accompagné de quelques soldats, le héros breton s’introduisit dans la place en l’absence de Bembro, s’en empara en combattant vaillamment, et défit le capitaine à son retour à Fougeray. On trouve dans les auteurs que je viens de nommer ce glorieux fait d’armes raconté avec d’intéressants détails. 22

Bertrand du Guesclin utilise la ruse.

Apprenant que le commandant de la garnison venait de quitter Fougeray pour une expédition, Du Guesclin se mit en embuscade avec ses gens. Il en choisit alors trois des plus braves avec lesquels il se travestit en bûcheron.

Ayant chargé un fardeau de bois, ils s’avancèrent dans cet équipage à la porte du château. Du Guesclin avertit alors le portier du château qu’il venait apporter du bois de chauffage. Le portier descendit leur ouvrir avec trois hommes mais le pont baissé, les quatre prétendus bûcherons jetèrent leurs charges de manière a bloquer la porte et choquèrent les soldats avec les armes qu’ils avaient cachés sous leurs habits.

Trois des quatre soldats ennemis furent neutralisés par Du Guesclin et ses compagnons, le quatrième s’échappant pour donner l’alarme au reste de la garnison.

Les troupes de Du Guesclin qui attendaient, cachées à l’extérieur, se précipitèrent et le combat continua à l’intérieur du château.

Du Guesclin fit d’ailleurs refermer le pont-levis afin que le commandant ne puisse secourir sa garnison. Le combat fût acharné et, bien que Du Guesclin eut été blessé à la tête, les Anglais cédèrent ».

Voici le récit de Bertrand d’Argentré (Histoire de Bretagne, édition de 1582) :

« Il advint que du Guesclin descouvrit que le château de Foulgeré, bonne place pour lors, estoit mal gardé car ayant prins un varlet sorty du châsteau en la forest de Teillay, il sceut que messire Robert Bembro, anglois capitaine du chasteau, estoit party d’iceluy pour battre la route de l’armée de Charles de Blois et qu’il estoit aux champs et n’avoit laissé au chasteau pas les meilleurs des siens. Sçachant ces nouvelles, du Guesclin monta à cheval avec ses compaignons, et à l’issue de la forest les fait mettre à pied et accoustrer de biaux de toille à chascun une hache en la main en forme de bucherons et les faict charger chascun un faix de fagots et de buches sur le col, laissant la moitié de sa compagnie en embusche dedans le bois au plus prés qu’il peut du chasteau, pour attendre le signal qui leur scroit donné à l’ouverture de la porte. Ceux qui étoient chargés sortirent de la forest et s’en vont devers le chasteau le col ployé soubs le faix avec, leurs haches et quelques courtes dagues cachées soubs leurs habits. Venus à la porte ils huchèrent au portier s’il falloir point de bois au seigneur qui estoit céans, qui respondit qu’ouy. On ouvre les portes à cest adveu, ils entrèrent trois ou quatre et entre iceux ledit Bertrand lequel commença à jetter son faix au devant de ladite porte pour l’empescher de fermer, et ses compagnons de mesme, conséquemment les autres, qui suivoient le dit du Guesclin, donnant le signal à leurs gens. Et quant à lui commença à charger le portier qu’il tua, et ceux qui étoient avec luy crioient Guesclin. A ce bruit accoururent tous les soldats du chasteau et commencèrent d’une et d’autre part à se charger à bon escient et combattre. Où du Guesclin fut tellement blessé, que le sang lui couvroit la veue et le visage ; mais, pour cela il ne recula, et se combatirent ceux de la maison fort vaillamment et en fut tué plusieurs : mais finalement furent deffaicts et la place gagnée, bien munie de vivres et armes. Bembro capitaine qui estoit absent, ayant faict une course, et chargé par gens de cheval de Charles de Blois qui le descouvrirent, délibéroit se retirer en sa place, mais il fut averty par le chemin qu’elle avoit été surprise ; chose qui l’estonna tant qu’il commença à tourner bride pour se sauver en quelque place de on party ; mais il fut suivy par du Guesclin, ayant recouvert quelques gens de cheval, qui se trouvèrent à son aide, lequel ledit du Guesclin attrapa par le chemin et le contraignit de tourner visage et faire teste : venant aux mains fut deffaict Bembro et demeura mort sur le lieu. Ce fut le premier exploit de marque de messire Bertrand du Guesclin et qui luy donna réputation d’homme de guerre ».
Grand-Fougeray. 35
Grand-Fougeray. 35. Le donjon. Photo : 05/10/2018.

Le souvenir de ce glorieux fait d’armes est resté très populaire dans le pays de Fougeray. Le château de Grand-Fougeray (XVIIIème siècle), est situé rue du Château, il est construit en 1747 par Charles Locquet de Grandville, seigneur de Fougeray. Ce dernier fit raser tout ce qui restait encore de l’antique forteresse, sauf le donjon et la tour du concierge. 23

Tréguier, La Roche-Derrien, droits d’entrée et de sortie du port

Pierre Morel, né à Guingamp et mort le 3 mai 1401, est un prélat breton du XIVe siècle. Pierre Morel est fait évêque de Tréguier. Charles de Blois, et, après lui, Jean de Montfort, ont donné à l’évêque et au chapitre de Tréguier les droits d’entrée et de sortie tant du port de cette ville que de celui de La Roche-Derrien, mais le duc Jean IV de Bretagne, veut que de nouveaux droits à son profit dans ces mêmes ports. Pierre y consentit, ainsi que son chapitre en 1354. 24

Bertrand du Guesclin en ambassade en Angleterre

Jean IV de Beaumanoir part en Angleterre négocier la mise en liberté de Charles de Blois.

Bonabes de Rougé est ambassadeur à Londres. 25

Bonabes de Derval-Rougé se trouve à Londres avec le vicomte de Rohan, Thibaud de Rochefort, Jean de Beaumanoir, Geoffroy de Dinan et Guillaume d’Avaugour, lorsqu’en 1354, Bertrand du Guesclin vient rendre visite à Charles de Blois. Charles de Blois obtient une courte permission de se rendre en Bretagne. 26

Mort de Bouchard VI de Vendôme

Bouchard VI de Vendôme († 1354), comte de Vendôme et seigneur de Castres, est l’époux d’ Alix de Bretagne, née en 1297, fille d’Arthur II, duc de Bretagne et de Yolande de Dreux. Ils ont des enfants :

  • Jean VI,
  • Bouchard, seigneur de Segré et de Feuillet,
  • Pierre, mort en 1356 à la Bataille de Poitiers.

Alix de Bretagne meurt en 1377. 27

Arnaud de Cervole, seigneur de Châteauneuf-sur-Charente

La guerre de Cent Ans permet à Arnaud de Cervole de s’enrichir et d’accumuler des titres.

Arnaud Regnaud de Cervole, ou Regnault de Cervole ou Arnaud de Cervole ou Arnaud de Servolle ou l’Archiprêtre, est né vers 1320, ou 1300 ? Cervole est dans l’actuelle commune de Cavarc, Lot-et-Garonne.

Le roi lui donne la seigneurie de Châteauneuf-sur-Charente en 1354, le nomme capitaine de Beaumont-le-Roger et chambellan de France. 28

Fils cadet de la famille des seigneurs de Cervole, il entre dans le clergé. Il n’avait comme seul patrimoine, quoique séculier, que l’archiprêtré de Vélines, Dordogne, (évêché de Périgueux) qui est possédé par Arnaud de Cervole à titre héréditaire.

Il en percevait les revenus, comme laïc au titre de l’inféodation, comme seigneur temporel des droits utiles d’un archiprêtré.

En 1347, reconnu clerc indigne, son bénéfice lui est retiré. Il commence alors une carrière de brigandage dans la région de Bordeaux.

On peut admettre que notre archiprêtre fut un brigand, mais seulement dans le sens médiéval du mot, c’est-à-dire en tant qu’homme de guerre, nous dirions aujourd’hui soldat (brigand venant de brigandine, sorte de plates ou armures du torse en cuir bouilli ou petites plaques de fer).

S’il fut, personne ne peut le nier, un "voleur pilleur et robleur", c’est à l’imitation de tous les gens de guerre de l’époque, tels Du Guesclin ou Jean Chandos.

Son ascension fulgurante, malgré son état de petite noblesse, a étonné ses contemporains ; ses succès étaient dû principalement à son état de chef de compagnie. 29

Arnaud de Cervole dit l’Archiprêtre (1300 - 1366) épouse, en 1362, Jeanne de Châteauvillain (? - 1389), dame de Châteauvillain, de Thil-en-Auxois, de Marigny et de Saint-Georges. C’est la quatrième noce de Jeanne de Châteauvillain.

Il portait les titres suivants au moment de sa mort en 1366) : Seigneur de Châteauvillain, Archiprêtre de Vélines, Sire de Châteauneuf-sur-Charente, Seigneur de Concressan et de Leuroux. Châteauvillain est en Haute-Marne. Vélines est en Dordogne. Châteauneuf-sur-Charente est en Charente. 30

Décembre. Echec des négociations de paix dans la guerre de Cent Ans