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De Notre-Dame-des-Gardes à Argenton-les-Vallées

24 avril 2015

Notre-Dame-des-Gardes (49), départ 7h30.

La bière trappiste de Rochefort bue hier soir est excellente. J’ai lu le passage de la Bible où Pilate confie Jésus aux Juifs. On parle de « tombeau » et de dalle de couverture, je croyais que son corps avait été déposé dans une grotte. Pas clair, à voir. Les cloches ont déjà sonné deux fois et le coq chante. Il a la voix un peu éraillée, il fume trop. Un copieux petit-déjeuner m’a été préparé, du chocolat tonique, des fruits, je suis seul, je dépose mon obole et un mot de remerciements. Je quitte ces Trappistes cisterciens pour le sud. La Tourlandry est à 4 kilomètres, je franchis mon 1er col, le col du Bois-Oger, altitude 214 mètres.

Mon premier col
Mon premier col.

Le ciel est couvert, il fait frais. La journée s’annonce bien. J’hésite à prendre le chemin des 13 croix. Est-ce qu’il va ensuite à Vezins ? Je crois que je quitte le Massif Armoricain. Beaucoup d’églises sont des constructions tardives, les Guerres de Vendée n’ont pas dû les arranger. Un petit café à La Tourlandry. Une pensée pour Bertrand du Guesclin qui a guerroyé à Auray avec un noble du coin, marié à une Rougé de Derval. Je constate que j’aurais pu prendre le chemin des 13 croix.

Quel courage et quelle foi
Quel courage et quelle foi.

A la sortie du bourg, un imposant calvaire constitué d’énormes blocs de granit empilés. Quel courage pour la destruction de probables sites mégalithiques ! Des pierres sataniques christianisées par nos bons curés. Des croix bénéfiques. Est-ce que ces pierres proviennent de monuments mégalithiques ? On en voit un peu partout dans les champs sous forme de boules érodées. Direction Vezins, à 3.5 kilomètres, je passe au-dessus de l’autoroute A 87 qui mène à Cholet. Les constructions sont en granit. Une roche rose ressemble à du poudingue. Il faut que je me renseigne. Un monsieur cueille un bouquet de muguet, totalement ouvert. Le 1er mai approche, jour férié, vais-je marcher ou faire une pause ? Il me dit que les blocs que j’ai vu sont appelés des « chirons ». C’est un beau village avec deux hôtels-restaurants, une boulangerie, une place agréable.

Pause et échange avec des figures locales
Pause et échange avec des figures locales.

Aux Acacias, petit café, je papote avec deux locaux qui me questionnent sur ma destination, l’un d’eux a fait de la photo, il a eu un Canon, me dit-il. J’en profite pour les prendre en photo, ils sont contents. Deux bonnes bouilles. Depuis que je suis parti, j’ai le sentiment qu’un véhicule jaune me suit. J’en arrête un et lui pose la question « Vous me suivez ? ». « Non monsieur, pourquoi vous me dites cela ? ». « Eh bien, je vous vois depuis plusieurs jours, vous me dépassez, vous me croisez, cela m’intrigue ».« C’est normal, monsieur, tous nos véhicules sont identiques et jaune, c’est la Poste ». Rassuré. Je vais donc voir la Poste tous les jours. Je pense à Nathalie qui travaille à la Poste et à sa devise « Kronenbourg à la Poste, Kronopost à la bourre ». Et Kronenbourg me rappelle que j’en vois dans les fossés, d’autres marques aussi, des canettes, des paquets de cigarettes, vides, des papiers d’emballage de gâteaux, Mac-Do est bien présent. Les nids de déchets des chasseurs se reconnaissent aux cartouches.

A la sortie de Chanteloup-les-Bois, une table et des bancs près d’un étang, pause, trois mandarines et une tablette de chocolat alpin. « Alpin » m’a motivé, je me suis dit qu’il m’aiderait à mieux grimper les coteaux. A la mairie, j’ai récupéré un petit journal local, le HOC, mon horoscope est d’actualité « Vous êtes dans l’air du temps, votre énergie sera contagieuse ». L’air du temps, oui, bien dans l’air, bien à l’air. Contagieux, on verra bien, à suivre.

Il est encore temps de le sauver
Il est encore temps de le sauver.

Un superbe moulin à vent est à vendre, la toiture est tombée. Il est temps de le restaurer. Une bande de perdreaux, ou perdrix, décolle sur mon passage. Une taupe est écrasée sur la route. Qu’est-ce-qu’elle faisait là au lieu de creuser le sous-sol ? Vers 11 heures le soleil , timide, arrive. Au lieu-dit Le Petit-Breil, une petite construction récente abrite un Saint-Hubert. Pas courant de le rencontrer celui-là. Je ne compte pas les croix, les calvaires qui jalonnent ma route, sinon elle deviendrait un chemin de croix et un vrai calvaire. Je repense à ce gamin de 14 ans, Joseph Bara, de Jallais. Est-ce que les élus ne veulent pas de « représentant » de la République dans leurs rues ? Ils les réservent aux royalistes, catholiques, aux héros des Guerres de Vendée. Je crois que dans les guerres il y a des héros des deux côtés ou même pas du tout. C’est vrai que la République n’a pas été très tolérante dans cette affaire. Elle a imposé ses vues par les armes. Peu glorieux ce massacre. Un génocide ?

Ma première fontaine, déjà le style Provence
Ma première fontaine, déjà le style Provence.

J’arrive à La Plaine. Dans La Plaine, morne plaine, le lion est mort ce soir. Je n’ai pas vu le lion. J’ai fait 15 à 16 kilomètres. Je m’offre un menu complet, rillettes, melon, œuf dur, taboulé, perche en sauce, compote de pomme, café. Je suis bien calé, un peu trop même. Quelques rots pendant les premiers kilomètres. Certainement la faute aux rillettes. Du trèfle incarnat en fleurs.

Belle tranchée mais pas un tesson de poterie
Belle tranchée mais pas un tesson de poterie.

Les frottements des jambières de mon jean me font penser à un métronome. J’entends mon rythme de marche. Tantôt je marche à gauche, tantôt à droite. C’est pour équilibrer la fatigue sur les jambes, les pieds, et les chaussures. Le dévers de la route est différent. Sur ces petites routes il n’y a pas de danger, mais il faut être en alerte et entendre le bruit des voitures qui arrivent devant et derrière. Que se passera-t-il avec les moteurs électriques, non bruyants, voire sans bruit du tout. Il faudra leur attribuer une façon de se signaler, sinon il y aura un véritable danger. De la musique, le chant des oiseaux ? On pourra, comme sur les portables, choisir sa musique. Je coupe certains virages trop longs ou dangereux pour gagner quelques mètres de distance à parcourir. Sur 950 kilomètres peut-être que je vais en grignoter 1 ou 2.

Somloire. La porte monumentale du château
Somloire. La porte monumentale du château.

J’arrive à Somloire, encore en Maine-et-Loire. Château de Marigny, église. Bar-restaurant fort sympathique. Vu la taille du patron, la cuisine doit être copieuse, voire bonne, à vérifier. Encore 7 kilomètres pour Argenton-les-Vallées, ex Argenton-le-Château. Derrière moi, un gars est venu sur la route et me crie « T’as soif ? ». Non, je le remercie. Je croise un pêcheur, il a pris position près d’un étang. On se dit une ou deux banalités. Je poursuis ma route, ça commence à tirer, j’ai dépassé les 30 kilomètres. Un véhicule s’arrête à mon niveau, c’est le pêcheur « Tu veux que je t’emmènes ? » . Il n’a pas eu de réponse que déjà mon sac était sur la banquette arrière et je sautais dans sa voiture. Il m’a avancé de 2 ou 3 kilomètres. Les plus difficiles. Ouf.

Au centre-ville
Au centre-ville.

Un arrêt au café Caliméro, une bière, une discussion avec des jeunes et je vais au camping municipal. Apparemment, je n’ai pas d’autre solution. A l’accueil, une dame fort avenante me montre où je peux m’installer, ensemble on recherche deux arbres, séparés de 4 mètres, la distance idéale pour parfaitement tendre le hamac. C’est la première fois qu’elle rencontre un hamaceur. Avant de nous quitter, elle me suggère qu’au cas où il pleuvrait, je peux m’installer dans la salle de ping-pong, baby-foot.

Un 4 étoiles pour passer une bonne nuit
Un 4 étoiles pour passer une bonne nuit.

C’est ce que je fais, le hamac suspendu entre deux poutres et c’est le top. Tables et chaises. Je finis mon fromage acheté à la boutique de l’Abbaye des Gardes, il commence à fumer, enfumer même. La nuit s’annonce bonne.


Voir et savoir

  • La Tourlandry,49 : Paroisse du 9e siècle. Geoffroi de La Tour Landry (1330-1402/1406), seigneur de la Tour Landry. En 1364, il fait partie des troupes de Charles de Blois à la bataille d’Auray, combat à Cherbourg en 1378 aux côtés du connétable Bertrand Du Guesclin. En 1353, il épouse Jeanne de Rougé, fille de Bonabes IV († 1377), sire de Rougé et de Derval, vicomte de La Guerche, conseiller du roi Jean. Menhirs. Calvaire monumental.
  • Etusson,79 : Est incendié, ses habitants massacrés par une des Colonnes infernales du général de brigade Louis Grignon qui note dans son compte rendu au Comité qu’il « a envoyé 112 rebelles par-dessus la haie ».
  • Argenton-les-Vallées : Limitée au nord par l’Ouère et à l’est par la Madoire, deux affluents de l’Argenton, ressemble à un éperon barré. Vestiges du château où vécut Philippe de Commynes (†1511). Louis XI y séjourne en novembre et décembre 1481. A proximité, Sanzay, vestiges du 13e.

Ma collection de tampons

  • Café de la Mairie : 37, rue Geoffroy de la Tourlandry. 49120. La Tourlandry.
  • Les Acacias : Bar, tabac, journaux. 49340. Vezins.
  • Mairie : 49340. Chanteloup-les-Bois.
  • La Boule d’or : Restaurant, bar, tabac. 44, rue du Commerce. 49360. La Plaine.
  • Le Relais de Somloire : Bar, restaurant. 4, Place du Souvenir. 49360. Somloire.