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1350. Bertrand du Guesclin a 30 ans

Décès de la mère de Bertrand du Guesclin. Charles de Valois épouse Jeanne de Bourbon. Mariage et mort de Philippe VI de Valois. Mariage et sacre de Jean le Bon. Bertrand du Guesclin prend le château de Fougeray.

Jeanne de Malesmains, dame de Sens, mère de Bertrand du Guesclin décède. Elle a environ 50 ans.

11 ou 29 janvier ? Philippe VI de Valois épouse Blanche de Navarre en secondes noces à Brie-Comte-Robert, dite Blanche d’Évreux, (v. 1333-1398) fille de Philippe III (1301-1343), comte d’Évreux (1319-1343) et roi de Navarre par mariage, et de Jeanne II (1311-1349), reine de Navarre (1328-1349) et comtesse de Champagne. Sa jeune cousine Blanche d’Évreux a 17 ans. Philippe a 57 ans. 1

Evreux. 27
Evreux. 27. Photo : 06/08/2009

30 janvier. Ordonnance royale réprimant le vagabondage et de la mendicité en France.

9 ou 19 février. Jean le Bon épouse Jeanne de Boulogne et d’Auvergne. Il a 31 ans. Elle a 24 ans.

En pleine épidémie de peste noire, son épouse Bonne de Luxembourg trouve la mort le 3 ou le 11 septembre 1349 à l’abbaye de Maubuisson. L’abbaye de Maubuisson, autrefois appelée Notre-Dame-la-Royale, est une abbaye royale cistercienne fondée en 1236 par Blanche de Castille. 2

Jean le Bon se remarie au château royal de Sainte-Gemme à Feucherolles 3 avec Jeanne de Boulogne et d’Auvergne (1326-1360), fille de Guillaume XII comte d’Auvergne, et de Marguerite d’Évreux, veuve de Philippe de Bourgogne. 4

Jean II le Bon
Jean II le Bon. Portrait de Jean II le Bon, anonyme vers 1350, dép. des Estampes de la BnF, en dépôt au musée du Louvre. Wikimedia Commons.

Philippe VI réalise une nouvelle manœuvre diplomatique qui accroît ses possessions vers l’est. Jeanne de Boulogne et d’Auvergne est héritière du duché de Bourgogne, qui, après son décès, serait rattaché à la couronne. Déjà comtesse de Boulogne et d’Auvergne, depuis la mort de son père, elle est à la tête du duché et du comté de Bourgogne ainsi que de l’Artois après la disparition de son mari, Philippe de Bourgogne, en 1346, et de son beau-père. En contrepartie de ces terres appartenant à son domaine, elle reçoit les seigneuries de Montargis, Lorris, Vitry-aux-Loges, Boiscommun, Châteauneuf-sur-Loire, Corbeil, Fontainebleau, Melun et Montreuil. 5

Boulogne-sur-Mer. 62
Boulogne-sur-Mer. 62. Sur la porte de la ville. Photo : 07/04/2018.

26 mars. Début du règne de Pierre le Cruel, roi de León et de Castille (1334-1369) . Il a 16 ans.

Le 26 mars, alors qu’il assiège Gibraltar, Alphonse XI meurt de la peste. Pierre est alors proclamé roi à Séville. Les diverses tentatives d’alliances venant de France et d’Angleterre sont principalement motivées par l’existence d’une puissante flotte castillane qui permettrait à celui des belligérants qui en obtiendrait l’appui, de contrôler la Manche.

8 avril : Charles, fils de Jean II le Bon, épouse Jeanne de Bourbon. 6 Jeanne de Bourbon, fille du duc Pierre Ier de Bourbon, naît au château de Vincennes quelques jours après son cousin le futur roi de France, Charles V. Les deux enfants sont baptisés à l’église de Montreuil le même jour. Le 8 avril 1350 à Tain-l’Hermitage, elle épouse le dauphin Charles, petit-fils du roi Philippe VI. Elle a 12 ans. 7

Vincennes. 94
Vincennes. 94 . Le donjon du château. Photo : 26.10.2016.

Dans la nuit du 22 au 23 août. Philippe VI de Valois meurt au château de Nogent-le-Roi 8 selon certains historiens ou, plus vraisemblablement, à l’abbaye Notre-Dame de Coulombs, voisine, selon d’autres. Il a 57 ans et a régné 22 ans. Philippe VI laisse un royaume désorganisé, entré dans une phase de révoltes qui tourne à la guerre civile avec la Grande Jacquerie de l’année 1358. 9

29 août. Édouard III est intercepté au large de Winchelsea.

L’escadre castillane, conduite par Charles de La Cerda, arrête le roi à L’Espagnols sur mer - Winchelsea. Il est suspecté de vouloir se rendre à Reims et se faire sacrer roi de France. La bataille navale tourne à l’avantage des Anglais, mais au prix de lourdes pertes et Édouard III ne peut s’opposer au sacre de Jean II le Bon. Le Prince Noir, fils d’Edouard III est présent. Charles de La Cerda a 24 ans. 10

30 août. Par lettre du roi, Guy II de Nesle est nommé Capitaine Général d’Artois, du Bourbonnais et des Flandres, Boulonnais, Poitou, Limousin, Saintonge, Périgord puis en Anjou, Bretagne et Maine. Il a 24 ans.

15 septembre. Jean II confirme à Guillaume III Roger de Beaufort sa vicomté de Turenne. 11 Puis généreusement, il lui remet la seigneurie de Caylus. 12

Turenne. 19
Turenne. 19. Vestiges du château. Photo : 13/07/2011.
Caylus. 82
Caylus. 82. Photo : 26/08/2002.

21 septembre. Miles IX de Noyers meurt à 79 ans.

Ce noble bourguignon est conseiller et proche de Philippe VI de Valois.

Philippe VI lui confie l’éducation du jeune Charles de La Cerda, futur favori et connétable de Jean II le Bon. Une certaine filiation s’effectue entre eux, et l’on peut voir par certains aspects une continuité entre l’équipe de Miles de Noyers et le parti royal du futur Jean le Bon, dont Charles de La Cerda est l’élément moteur.

Bien que son rôle soit réduit, Miles de Noyers apparaît épisodiquement au conseil jusqu’à sa mort, et conserve sa charge de Grand bouteiller.

Son fils Jean Ier, comte de Joigny en 1337, assure la succession. Il meurt en 1361. 13

26 ou 27 septembre. Jean le Bon est couronné.

Il prend de court les autres prétendants par son couronnement très rapide après la mort de son père. Il est sacré, en compagnie de son épouse, à Reims, par l’archevêque Jean II de Vienne.

Reims. 51
Reims. 51. Cathédrale. Photo : 22/01/2014.

Son couronnement et celui de son épouse Jeanne avait été prévu à Reims pour le 26 septembre. Le pape Clément VI ne veut pas que son neveu Guillaume manque un tel événement. Il se fait pressant et envoie cinquante-cinq brefs pour que, ce jour-là, il soit armé chevalier en même temps que le Dauphin Charles. Le nouveau roi obtempére. 14

Guy II de Nesle assiste au sacre.

17 octobre. Jean II le Bon et son épouse entrent solennellement à Paris.

19 novembre. Raoul II de Brienne est décapité à Paris.

Raoul II de Brienne est le fils de Raoul Ier de Brienne, comte d’Eu et de Guînes, seigneur de Jarnac et de Châteauneuf, et de Jeanne de Mello.

Il est comte de Guînes, quinzième et dernier comte de Guînes, connétable de France, et accusé de trahison après la prise de Caen par les Anglais. Les Anglais menés par le comte de Kent, Thomas Holland le font prisonnier à Caen en 1346. Il part en Angleterre. En automne 1350, il est autorisé à rentrer en France afin qu’il puisse réunir la somme de 60 000 moutons d’or pour payer sa rançon. 15

Guînes. 62
Guînes. 62. Restitution sur le site. Photo : 07/04/2018.

Raoul II de Brienne est un gentilhomme cosmopolite dont le domaine est partagé entre plusieurs royaumes ((en France, en Angleterre et en Irlande). Comme tous les seigneurs dont les possessions ont une façade maritime à l’ouest(sauf ceux dont les domaines sont dans le bassin de la Seine et qui peuvent facilement commercer avec Paris), il a intérêt à soutenir l’Angleterre pour des raisons économiques (le transport maritime étant à l’époque plus performant que le transport terrestre, la Manche constitue une intense zone d’échange).

Dès son arrivée à Paris, de mauvaises langues prétendent que le connétable aurait été libéré parce qu’il aurait rendu hommage au roi Édouard II d’Angleterre en lui cédant sa forteresse de Guînes, place forte donnant sur le Pas de Calais.

Il semble qu’il ait négocié sa libération contre l’engagement de reconnaître Édouard III comme roi de France et que le Jean le Bon en ait eu connaissance par l’interception de courriers à destination du souverain anglais. Le roi ne souhaite pas que cela s’ébruite car cela remettrait en avant les problèmes de droits d’Édouard à la couronne.

Le roi de France le fait arrêter et enfermer dans un cachot du Louvre. Le lendemain, 19 novembre 1350, il est emmené devant l’hôtel de Nesle où, sans avoir eu de procès, il est décapité et ses bien confisqués. Personne ne connaîtra jamais les vraies raisons de cette exécution. 16

L’opacité sur les raisons de cette exécution expéditive laisse place aux rumeurs : il se dit que le connétable a été exécuté parce qu’il avait entretenu une liaison avec feue la reine Bonne de Luxembourg (ce qui permet de discréditer les futurs Valois en instituant un doute sur leur hérédité et donc leur légitimité).

L’émotion est vive, Raoul de Brienne a de nombreux soutiens qui se rangent alors dans le camp navarrais : en particulier les seigneurs normands et la noblesse du nord-ouest (de Picardie, d’Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et de la Flandre dont l’économie dépend des importations de laine anglaise) qui pourraient passer côté anglais se sentent menacés et se rangent derrière Charles de Navarre ou les frères de Picquigny, fidèles alliés du connétable.

Au lendemain du meurtre du connétable, Charles le Mauvais écrit au duc de Lancastre : « Tous les nobles de Normandie sont passés avec moi à mort à vie ». Les proches du roi ont la réalité du pouvoir entre les mains au détriment du parti navarrais.

Le parti royal est structuré autour des Melun-Tancarville : Jean II, vicomte de Melun, qui a épousé Jeanne, seule héritière du comté de Tancarville, et qui est à la tête de l’un des deux grands partis normands, son Benjamin Adam, qui a récupéré la charge de chambellan de Normandie, habituellement donnée aux Tancarville, et son cadet Guillaume, qui est, lui, archevêque de Sens.

En 1350, Jean le Bon ramène dans ce parti les fils de Robert d’Artois en donnant le comté d’Eu à Jean d’Artois qui était privé des terres paternelles et emprisonné à Château-Gaillard avec ses deux frères et sa mère à la suite de la trahison de son père. Le roi avait récupéré le comté d’Eu après avoir fait exécuter le connétable Raoul de Brienne. Les Artois entrent de plain-pied dans le clan des Melun-Tancarville quand Jean épouse Isabelle de Melun, fille de Jean de Melun. Celui-ci est soutenu par ses cousins Bourbons. 17

Eu. 76
Eu. 76. Collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent. Photo : 04/06/2013.

Chizé, dans les Deux-Sèvres, appartient à la famille de Brienne. 18

En 1343, Philippe VI de Valois offre à son fils Jean, duc de Normandie, la châtellenie de Torcy. Devenu roi sous le nom de Jean II de France, il offre cette terre à son chambellan Robert de Lorris en 1350. 19

Bernard VI de Moreuil meurt vers 1350. Il a 65 ans.

Le roi Philippe VI de Valois en fait son lieutenant après la Bataille de Crécy,1346, à laquelle meurt son frère Thibaut de Moreuil, et l’envoie défendre Boulogne-sur-Mer contre les Anglais. Bernard VI de Moreuil est nommé gouverneur de Jean. Il est aussi Grand queux de France, ayant la charge de diriger les cuisines de la cour. 20

Charles II de Navarre défend les intérêts navarrais.

Avec l’institution des Cortes, l’Espagne est en avance sur la France au niveau de la représentation parlementaire. Habitué à ce type de pouvoir, Charles de Navarre sera un des principaux promoteurs de la réforme de la monarchie française. Après la mort de Philippe VI en 1350, Charles délègue à Louis, son deuxième frère, le gouvernement de la Navarre et se consacre pleinement aux intrigues de cour dans le but de défendre les intérêts navarrais.

Pampelune. Espagne
Pampelune. Espagne . Capitale de La Navarre. Photo : 20/06/2018.

À partir de 1350, n’ayant pu contester l’avènement de Jean le Bon qui est le successeur logique de son père Philippe VI, Charles consacre tous ses efforts à la récupération des terres de Brie et de Champagne, dont il est l’héritier le plus direct.

Le jeune roi de Navarre trouve alors ses plus fidèles soutiens au sein même de sa famille : il est l’aîné et le chef de la puissante famille d’Évreux, dotée de riches possessions en Normandie et dans la vallée de la Seine.

Sa tante maternelle, la reine Jeanne d’Évreux, veuve du dernier Capétien direct, Charles le Bel, le soutient inlassablement. Elle fera œuvre de diplomatie sa vie durant pour tenter d’apaiser Jean le Bon puis Charles V, excédés par les complots répétés de son neveu.

Philippe, son frère cadet, est impulsif et colérique mais il lui rend service en négociant des soutiens étrangers, notamment anglais.

Louis, son plus jeune frère, gouverne pour lui la Navarre, lui permettant de rester au contact des intrigues de cour. Ses parents ayant mené une active politique matrimoniale, ses sœurs sont mariées à de puissants partis.

Blanche vient de s’unir au vieux roi de France Philippe VI.

Marie est veuve du roi d’Aragon.

Quant à Agnès, elle est l’épouse du puissant comte de Foix, Gaston Phébus.

Charles de Navarre sait regrouper autour de lui les mécontents des règnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliés : la famille des comtes de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et leur parenté d’Auvergne qui, en 1350, se voient évincés de la gestion de la Bourgogne par le mariage de leur sœur avec Jean le Bon) ; les barons champenois fidèles à Jeanne de Navarre (la mère de Charles et dernière comtesse de Champagne) et les fidèles de Robert d’Artois, chassés du royaume par Philippe VI.

Il est soutenu par la puissante Université de Paris et les marchands du nord-ouest du royaume pour lesquels le commerce trans-Manche est vital (la Normandie et la Picardie exportent leur blé en Angleterre et le nord du royaume s’y procure de la laine).

En fait, une grande partie de la noblesse normande est attirée par le camp anglais. Économiquement, la Normandie dépend autant des échanges maritimes à travers la Manche que de ceux par transport fluvial sur la Seine. Surtout, le duché n’est plus anglais depuis 150 ans mais nombre de propriétaires fonciers ont des possessions de part et d’autre de la Manche. Dès lors, se ranger derrière l’un ou l’autre souverain entraînerait confiscation d’une partie des terres. C’est pourquoi la noblesse normande se regroupe en clans solidaires qui lui permettent de pouvoir faire front : c’est ainsi qu’elle a pu obtenir et maintenir des chartes garantissant au duché une grande autonomie. 21

Noirmoutier tombe aux mains de Raoul de Cahours, un chef de partisans à la solde de l’Angleterre, auquel Édouard accordait mille livres sterlings par an, à prendre sur les terres dont il s’emparerait au midi de la Loire. Mais bientôt, Raoul de Cahours s’étant brouillé avec le monarque anglais, pour n’avoir pas voulu rendre ses conquêtes à Jeanne de Belleville, dame de Clisson et de la Garnache, qui venait d’abandonner le parti français, passa au roi de France Jean II, moyennant 2.430 livres par an et la possession reconnue de Beauvoir, de Lampant, de Bouin et de l’île Chauvet, dont s’était emparé en 1349, Guillaume, dit le Galois de la Heuse, capitaine souverain pour le roi en Poitou. 22

Au cours de son histoire, l’île subit plusieurs tentatives d’invasions anglaises : 1342, 1360, 1386.

Naissance de Jacques Ier d’Harcourt (1350-1405), baron de Montgommery, auteur de la branche de Montgommery, conseiller et chambellan du roi Charles VI. C’est un fils de Jean V d’Harcourt, époux de Blanche de Ponthieu, comtesse d’Aumale, princesse de Castille, fille de Jean de Ponthieu, comte d’Aumale, et de Catherine d’Artois, princesse du sang de France.

Chanoinesses augustines de Saint-Pantaléon à Toulouse. Abbaye de chanoinesses régulières fondée en 1350 par l’archevêque Jean Raimond de Comminges pour 200 religieuses vénérant les reliques de saint Pantaléon. Il y reste 30 religieuses lors de sa fermeture en 1790.

Redon. L’enceinte fortifiée est élevée vers 1350, sous l’égide de l’Abbé Jean de Tréal.

Redon. 35
Redon. 35 . Abbaye Saint-Sauveur. Photo : 19/07/2003.

Ploërmel est occupée par les Anglais de 1350 à 1370.

Ploërmel. 56
Ploërmel. 56 . Saint-Armel. Photo : 24/03/2017.

Bertrand du Guesclin prend le château de Fougeray

Occupé par les Anglais jusqu’en 1350, le château est repris par Bertrand du Guesclin en 1354 23 par une ruse de guerre selon les chroniques médiévales de l’époque. 24

« Dans la région, les Anglais conquirent avant 1350, Fougeray, Blain, Château Blanc sur la Vilaine en Guipry » et installèrent une garnison à Fougeray.

Bertrand Du Guesclin, alors chef d’une petite bande armée cachée dans la forêt proche (la forêt de Teillay s’étendait alors jusqu’à Fougeray) entreprit en 1350 (ou 1354 selon les sources) de prendre, par ruse le château afin de « bouter » les Anglais hors de la forteresse. 25

En 1356 ou 1350, Du Guesclin s’empare de ce donjon, gardé par une garnison anglaise commandée par le capitaine Robert Bramboc ou Bembro. 26

Sa première grande victoire militaire est celle de Fougeray, en 1350. Elle a un grand retentissement : Monfort s’en plaint, tout le monde en parle et Charles de Blois « Et disoit à sa gent volentiers le verroit / Si le povoit tenir, grant bien il lui feroit » 27

En 1351, Richard Bemborough est capitaine de Ploërmel et participe au Combat des Trente. Est-ce que ce Robert Bramboc, ou Bembro, ou Bemborough, est de sa famille ?

Le château de Fougeray

Les recherches effectuées dans les archives par des historiens locaux Jacques et Jean-Jacques Blain nous éclairent sur les faits historiques en rapport avec le château et sur l’architecture de ce dernier.

Il n’existe pas de preuves de l’existence d’un château avant le XIVème siècle, ni sur le site ni dans les textes. Il est pourtant vraisemblable qu’une famille Le Bœuf possédait au XIème siècle un premier château fort transmis par alliance aux Rieux en 1235.

Cette famille possédera la Châtellerie de Fougeray jusqu’en 1424. 28

Le château dont il ne reste aujourd’hui qu’un donjon, date sans doute de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle et sa construction est attribuée à Jean de Rieux, Maréchal de France.

Jean II, sire de Rieux et de Rochefort, chevalier, rendit de grands services au roi Charles VI, qui le pourvut de la charge de maréchal de France à la place de Louis de Sancerre, par lettres données le 19 décembre 1397. Cousin d’Olivier de Clisson, il l’accompagna en 1366 en Espagne, lorsque ce seigneur alla rejoindre l’armée du prince de Galles, et se trouva à la bataille de Navarette, où D. Henri de Transtamare, qui disputait la couronne de Castille à D. Pedro le Cruel, fut défait, et dans laquelle du Guesclin fut fait prisonnier. Il s’attacha ensuite à ce dernier, et le suivit dans plusieurs expéditions, entre autres an siège de Bécherel, en 1371. 29

Grand-Fougeray. 35
Grand-Fougeray. 35. Le donjon. Photo : 05/10/2018.

Il était l’une des plus importantes forteresses de Bretagne protégée par neuf tours et dotée de l’énorme donjon.

Il faisait surtout partie de toute une chaîne de places fortes s’étendant de la Manche à l’Atlantique (Fougères, St Aubin du Cormier, Vitré, La Guerche, Châteaubriant, Ancenis, Machecoul) et aurait donc un rôle stratégique plus large que la simple protection de la seigneurie de Fougeray.

En 1598, à la fin des guerres de religion, le château fût démantelé a la demande des Etats de Bretagne qui souhaitaient la démolition de plusieurs places fortes de la Province afin de favoriser la paix civile. 30

La plebs ou paroisse de Fulkeriac était au IXème siècle une condita, c’est-à-dire, selon M. de Courson, qu’elle devait sa naissance à un magasin d’approvisionnements, établi par les Romains sur les bords de leur voie de Blain à Rennes. Cette position de Fougeray, son importance sous les rois bretons, sa renaissance au XIème siècle sous le gouvernement des Le Boeuf, puînés des puissants barons de Châteaubriant, tout porte à croire qu’il existait dans cette petite ville une forteresse à une époque très reculée.

Le fait d’armes le plus important qui se soit accompli au château de Fougeray est aussi celui qui nous donne la première preuve écrite de son existence. C’était en 1354. Jean de Rieux, l’un des plus zélés partisans de Charles de Blois, en était alors le seigneur ; Fougeray lui fut enlevé, et une garnison anglaise y fut placée sous le commandement de Bembro. Bertrand du Guesclin, qui combattait sous le même drapeau que le seigneur de Fougeray, parvint à reprendre cette forteresse par une ruse de guerre racontée par tous les historiens bretons, en particulier par dom Lobineau, Hay du Chastelet et Bertrand d’Argentré.

Déguisé en bûcheron et accompagné de quelques soldats, le héros breton s’introduisit dans la place en l’absence de Bembro, s’en empara en combattant vaillamment, et défit le capitaine à son retour à Fougeray. On trouve dans les auteurs que je viens de nommer ce glorieux fait d’armes raconté avec d’intéressants détails. 31

Bertrand du Guesclin utilise la ruse

Apprenant que le commandant de la garnison venait de quitter Fougeray pour une expédition, Du Guesclin se mit en embuscade avec ses gens. Il en choisit alors trois des plus braves avec lesquels il se travestit en bûcheron.

Ayant chargé un fardeau de bois, ils s’avancèrent dans cet équipage à la porte du château. Du Guesclin avertit alors le portier du château qu’il venait apporter du bois de chauffage. Le portier descendit leur ouvrir avec trois hommes mais le pont baissé, les quatre prétendus bûcherons jetèrent leurs charges de manière a bloquer la porte et choquèrent les soldats avec les armes qu’ils avaient cachés sous leurs habits.

Trois des quatre soldats ennemis furent neutralisés par Du Guesclin et ses compagnons, le quatrième s’échappant pour donner l’alarme au reste de la garnison.

Les troupes de Du Guesclin qui attendaient, cachées à l’extérieur, se précipitèrent et le combat continua à l’intérieur du château.

Du Guesclin fit d’ailleurs refermer le pont-levis afin que le commandant ne puisse secourir sa garnison. Le combat fût acharné et, bien que Du Guesclin eut été blessé à la tête, les Anglais cédèrent ».

Voici le récit de Bertrand d’Argentré (Histoire de Bretagne, édition de 1582) :

« Il advint que du Guesclin descouvrit que le château de Foulgeré, bonne place pour lors, estoit mal gardé car ayant prins un varlet sorty du châsteau en la forest de Teillay, il sceut que messire Robert Bembro, anglois capitaine du chasteau, estoit party d’iceluy pour battre la route de l’armée de Charles de Blois et qu’il estoit aux champs et n’avoit laissé au chasteau pas les meilleurs des siens. Sçachant ces nouvelles, du Guesclin monta à cheval avec ses compaignons, et à l’issue de la forest les fait mettre à pied et accoustrer de biaux de toille à chascun une hache en la main en forme de bucherons et les faict charger chascun un faix de fagots et de buches sur le col, laissant la moitié de sa compagnie en embusche dedans le bois au plus prés qu’il peut du chasteau, pour attendre le signal qui leur scroit donné à l’ouverture de la porte. Ceux qui étoient chargés sortirent de la forest et s’en vont devers le chasteau le col ployé soubs le faix avec, leurs haches et quelques courtes dagues cachées soubs leurs habits. Venus à la porte ils huchèrent au portier s’il falloir point de bois au seigneur qui estoit céans, qui respondit qu’ouy. On ouvre les portes à cest adveu, ils entrèrent trois ou quatre et entre iceux ledit Bertrand lequel commença à jetter son faix au devant de ladite porte pour l’empescher de fermer, et ses compagnons de mesme, conséquemment les autres, qui suivoient le dit du Guesclin, donnant le signal à leurs gens. Et quant à lui commença à charger le portier qu’il tua, et ceux qui étoient avec luy crioient Guesclin. A ce bruit accoururent tous les soldats du chasteau et commencèrent d’une et d’autre part à se charger à bon escient et combattre. Où du Guesclin fut tellement blessé, que le sang lui couvroit la veue et le visage ; mais, pour cela il ne recula, et se combatirent ceux de la maison fort vaillamment et en fut tué plusieurs : mais finalement furent deffaicts et la place gagnée, bien munie de vivres et armes. Bembro capitaine qui estoit absent, ayant faict une course, et chargé par gens de cheval de Charles de Blois qui le descouvrirent, délibéroit se retirer en sa place, mais il fut averty par le chemin qu’elle avoit été surprise ; chose qui l’estonna tant qu’il commença à tourner bride pour se sauver en quelque place de on party ; mais il fut suivy par du Guesclin, ayant recouvert quelques gens de cheval, qui se trouvèrent à son aide, lequel ledit du Guesclin attrapa par le chemin et le contraignit de tourner visage et faire teste : venant aux mains fut deffaict Bembro et demeura mort sur le lieu. Ce fut le premier exploit de marque de messire Bertrand du Guesclin et qui luy donna réputation d’homme de guerre ».
Grand-Fougeray. 35
Grand-Fougeray. 35. Le donjon. Photo : 05/10/2018.

Le souvenir de ce glorieux fait d’armes est resté très populaire dans le pays de Fougeray. Le château de Grand-Fougeray (XVIIIème siècle), est situé rue du Château, il est construit en 1747 par Charles Locquet de Grandville, seigneur de Fougeray. Ce dernier fit raser tout ce qui restait encore de l’antique forteresse, sauf le donjon et la tour du concierge. 32

Naissance Jeanne de Laval-Tinténiac ? Seconde épouse de Bertrand du Guesclin.

Olivier de Husson participe à l’ascension de sa famille. Vers 1350, il épouse Marguerite de Chalon, dame de Saint-Aignan, issue des comtes de Bourgogne et des comtes de Tonnerre, et est chambellan du roi Charles VII. Marguerite de Chalon est la fille de Louis Ier de Chalon, comte de Tonnerre, et de Marie de Parthenay. Grâce à cette alliance les Husson deviennent « comtes de Tonnerre » en 1463.

Vers 1341, Fraslin de Husson, Manche, épouse une sœur de Bertrand du Guesclin. Leur fille, Tiphaine, épouse Guy de Laval-Montmorency. 33

Jean Ier de Rieux, fils aîné de Guillaume et de Louise de Machecoul, épouse Isabeau de Clisson et commence avec elle l’établissement définitif des Trinitaires auprès de son château.

En 1341, il embrassa le parti de Charles de Blois, servit ensuite le roi de France dans le midi, et reçut en Languedoc des domaines qui furent remplacés par une somme d’argent en 1343. En cette même année, le 5 avril, il perdit sa femme, la fit inhumer dans l’église des Trinitaires et fixa en 1345 la dotation de ces religieux. 34

Il se remaria à Jeanne de Sion, veuve de Jean de Kergorlay, et en eut des enfants. Jean de Rieux était chevalier banneret ; il reçut du roi en 1350 le gouvernement de Redon et puis diverses gratifications. 35 Son sceau portait dix besants, rangés 4, 3, 2, 1. En 1352 il prit part à la bataille de Mauron, et contribua ensuite à envoyer une ambassade à Londres. 36 Il mourut à Paris le 11 août 1357 et fut inhumé chez les Trinitaires de Rieux, dans le tombeau de sa première femme. 37

Naissance de Jeanne Holland. Joan Holland en Angleterre, duchesse de Bretagne, est la fille de Thomas Holland et de Jeanne de Kent, comtesse de Kent. Par sa mère, elle est l’arrière-petite-fille du roi Édouard Ier d’Angleterre et de Marguerite de France. Son père devient en 1354 le lieutenant du roi Edouard III en Bretagne pendant la minorité de Jean IV, duc de Bretagne. On disait de Jeanne Holland qu’elle était « la plus belle femme d’Angleterre ». Elle meurt en octobre 1384.

Auray. Raoul Cahours tue Thomas Dagworth. C’est à 200 pas du château que, malgré la trêve, le transfuge Cahours tue, en 1350, le capitaine anglais Dagworth qui venait de capturer Charles de Blois à La Roche-Derrien, 1347. 38

Auray. 56
Auray. 56 . Vue du port de Saint-Goustan. Photo : 01/11/2015.

Année jubilaire. Les pèlerins affluent à Rome.

Boccace rencontre à Florence le poète et humaniste Pétrarque avec lequel il entretient une longue amitié jusqu’à ce que la mort de ce dernier les sépare, en 1374.