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La voie Angers-Carhaix

La voie relie Angers, Juliomagus, à Carhaix, Vorgium.

Le terme gallo-romain décrit la culture romanisée de la Gaule sous la domination de l’Empire romain.

Angers est relié à Lyon, Lugdunum, caput galliarum, capitale des Trois Gaules, tres galliae. En 27 avant J.C. Lyon devient la capitale de la province la Lyonnaise, qui s’étend des Alpes au Finistère, et le siège du pouvoir impérial pour les trois provinces gauloises. 1

Les voies romaines dans l'Ouest
Les voies romaines dans l’Ouest
D’après J. Y. Eveillard. Les voies romaines. Raymond Chevalier. Editions Picard. 1997. Olivier Henry.

La voie va d’Angers, Juliomagus, à Carhaix, Vorgium.

Juliomagus est le nom latin de la « capitale » du peuple gaulois puis gallo-romain des Andécaves. 2

Vorgium est le nom latin de la « capitale » du peuple gaulois puis gallo-romain des Osismes. 3

Elle se dirige vers Pouancé.

Peu des vestiges font paraître une occupation du territoire par les Celtes. Il est probable que le Haut-Anjou et Pouancé étaient recouverts de forêts qui formaient une frontière entre les Andécaves et les Namnètes - Nantes. Des morceaux de tuiles découverts au fond d’un fossé, près du Bois Verzée laissent supposer l’existence d’un four tuilier. À proximité, sur le site dit « des Ajeux », se serait tenu un habitat gallo-romain. Ces vestiges s’accordent avec la présence de la voie romaine allant d’Angers à Carhaix qui traversait le territoire de la commune d’est en ouest, en direction de Châteaubriant. 4

Elle rejoint Châteaubriand.

Béré - actuel quartier de Châteaubriant - serait un village d’origine gauloise, situé sur un sous-sol riche en fer, dont l’exploitation a laissé des traces très anciennes. Les coteaux de Béré auraient donc hébergé des gaulois, dont on ignore l’origine : la région se trouve en limite de peuplement des Andécaves, des Redones - Rennes - des Vénètes - Vannes - et des Namnètes - Nantes.

Le nom de Béré serait issu d’un mot celte signifiant « hauteur », latinisé en Bairacus, devenu Bereus puis Béré. Des vestiges de constructions romaines ont été découvertes en 1876 au champ de foire. Les voies romaines liant Condeium - Candé - et Condevicnum - Nantes- à Condate - Rennes - se croisent à ce niveau. Enfin, un atelier monétaire gallo-romain était très probablement actif à la fin de la fin du IIIe siècle. 5

La voie venant d’Angers se sépare, une voie part vers Rennes, l’autre vers Carentoir, au nord-ouest. 6

Sur la commune de Comblessac, la voie passe près du camp du Mur qui s’étale sur 5.5ha. Il était défendu par un puissant rempart qui avait au siècle dernier une hauteur de 10m et une largeur de 20m. On suppose qu’il s’agit d’un murus gallicus.
Au Camp du Mur, la voie franchit l’Aff puis suit la limite de Comblessac avec Quelneuc, puis celle des Brulais et de Maure-de-Bretagne. P. Banéat a publié trois coupes de la voie dressées par M. Ramé, à 150m de la route de Maure aux Brulais, à 1600m et à 1800m au nord de l’Aff, sur la Lande du But (près de la Ronceraye). A Monteneuf, une branche se détache vers le nord-est et passe près de Saint-Etienne à 1km à l’ouest de Guer. 7

Cette voie sépare les Vénètes, Vannes, Darioritum, au sud, des Coriosolites, Corseul, Coriosolis, au nord.

Corseul. 22
Corseul. 22
Fanum Martis, « capitale » des Coriosolites. Photo : 06/10/2002.

À Carentoir - Le Mur - elle croiserait la voie Rieux - Corseul. 8

Elle va vers le sud-ouest et arrive à Carentoir, passe à Monteneuf, Réminiac. Ensuite elle se divise pour rejoindre Malestroit et Crohenneuc, celle qui prend la direction de Sérent.

Une borne milliaire a été découverte en 1976 près de Crohenneuc, à 500m à l’est de l’Oust sur la commune de Caro. Elle porte le nom de Caius Pius Esuvius Tétricus le jeune ce qui indique qu’elle a été érigée entre 270 et 274 . A partir de là, le tracé de la voie semble bien assuré. Il suit la limite de Caro avec Missiriac et Ruffiac, puis celle de Réminiac avec Tréal, puis celles de Monteneuf et Guer avec Carentoir. 9

Avant le Bas-Empire, l’Oust tient lieu de frontière ouest au territoire des Coriosolites. Ensuite la limite devient la voie Aé.

Au-delà de la confluence avec l’Oust, la géographie politique héritée de l’époque de l’indépendance gauloise se complique quelque peu : aux premiers siècles de notre ère, le peuple des Coriosolites se sépare toujours des Vénètes sur l’Oust et des Namnètes sur la Vilaine, mais cette avancée coriosolite disparaît au bas Empire lorsque leur cité prend en charge le secteur littoral de la Manche jusque-là dévolu aux Riedones, en échange de quoi elle doit faire le sacrifice de sa terminaison sud-orientale aux Vénètes, territoire dont hérite le diocèse de Vannes. 10

A Sérent elle quitte la voie Rennes-Vannes pour se diriger vers l’ouest.

À Saint-Jean-Brévelay elle croise la voie Vannes-Corseul. 11

La voie Angers-Carhaix arrive à l’ouest de Saint-Jean-Brévelay. 12

Elle rejoint la voie Vannes-Carhaix.

Elle prend la direction nord-ouest passe à Moustoir-Ac, au nord de Guénin, à Saint-Nicolas-des-Eaux - au site de Castennec - au sud de Guern, à Langoëlan, au sud de Glomel, et atteint Carhaix. 15 voies partent de Carhaix !

Carhaix. 29
Carhaix. 29
Fouilles hypocauste. Photo : 09/09/2004.
Carhaix. 29
Carhaix. 29
Tessons et autres. Photo : 06/08/2002.

Cleden-Capsizun. Sur une colline, dans la presqu’Ile du Raz ; à 8 lieues et demie à l’Ouest de Quimper. On trouve, par intervalle, en cette Paroisse, les traces d’un chemin romain, appelé hent-ahes, de soixante-dix pieds de largeur, en pierres de taille, qui se continue jusqu’à la baie des Trépassés. 13

Entre Angers et Carhaix, la voie est coupée huit fois au moins par d’autres voies sud-nord.



↑ 1 • La carte ci-dessous vient de la revue Histoire antique et médiévale. Les voies romaines en Gaule. No 68. Juillet/Août 2013. Page 20. Éditions Faton

↑ 2 • Angers. Maine-et-Loire.

↑ 3 • Carhaix. Finistère.

↑ 6 • Voies romaines de Bretagne - La voie romaine de Vannes à Rennes (voies-romaines-bretagne.com)

↑ 8 • Entre l’Oyon et Paingrain à 5km au sud de Guer, L. Marsille semble avoir repéré la voie près des Grées Mareuc. Sur 1500m, il décrit une voie superbement empierrée de 20 à 25m de largeur. La description semble indiquer un passage par le Valescan, le Tertre Béchepy, Choiseul, Lémo, la Lantionnais et Paingrain. Cependant, L. Marsille indique aussi un passage au flanc de la côte 112 ce qui implique un tracé à priori différent passant plus à l’ouest. La voie pourrait aussi suivre la limite entre Guer et Monteneuf au nord-est des Grées Mareuc. Cette limite est appelée Avenue de la Grée Mareuc dans le cadastre de 1813 de Monteneuf (section D1). Plus au sud elle pourrait quitter la limite Monteneuf-Guer pour la rejoindre à 200m à l’ouest de Télian. Elle franchirait alors le Ruisseau de Saint-Nicolas à l’est des Prés du Gué (carte IGN).

Dans tous les cas, la voie devait arriver près de Lémo et se diriger vers la Lantionnais. L. Marsille appelle cette section de Lémo à la Lantionnais "Chemin du Roy ou Ancienne route de Redon à Guer" (Route de la Gacilly à Guer dans le cadastre de Guer de 1813, section S1).

L’évolution de la route de Redon à Guer apparaît nettement à cet endroit. La voie antique faisait une série de contournements, sans doute en raison de la topographie. Au niveau de la Lantionnais, on voit apparaître une première évolution de l’itinéraire pour rejoindre Guer plus directement en passant à 200m à l’ouest du château de Coëtbo. C’est le Chemin du Roy. Une seconde évolution fera passer la route de Guer à Redon à 200m à l’est du château de Coëtbo (Chemin de Guer à Redon dans le cadastre de Guer de 1813, section R1), et on arrivera finalement au tracé de l’actuelle D773.

Au sud de Paingrain, la voie devait couper l’actuelle D773 près de la Bréhauderie, traverser le bois de la Croix Guillemaud et passer à 400m à l’ouest du camp gallo-romain du Mur. L. Marsille a pu observer un vestige de cette section sous la forme d’un chemin de 12m de large avec fossés.

Du Camp du Mur (commune de Guer) au Temple (commune de Carentoir), L. Marsille signale une voie de 15 à 18m de large, restée intacte entre les longitudes de Marsac et du Bois Faux.

Au sud du Temple, la voie devait franchir l’Aff à gué, à l’est de la Mineraie. L’"Ancienne route de Malestroit à Rennes" franchissait également l’Aff à gué à cet endroit (cadastre de 1831 de Sixt-sur-Aff). L. Marsille indique que ce lieu était appelé indistinctement Pont Mabon ou Pont romain. Le Camp du Mur est en Carentoir-Comblessac. http://voies-romaines-bretagne.com/vrom2/rieux-corseul.html

↑ 10 • La basse Vilaine, une marche de guerre au haut Moyen Âge. Jean-Christophe Cassard. Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 110, n° 1, 2003. Page 32. https://journals.openedition.org/abpo/1465?file=1
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Christophe_Cassard