aller au contenu

1356. Bertrand du Guesclin a 36 ans

Nouaillé-Maupertuis, Jean II le Bon défait par Edouard de Woodstock. Bertrand du Guesclin au siège de Rennes. Charles, régent du royaume, a 18 ans. Etienne Marcel.

1er janvier. Montre à Dinan

Jamet du Hac figure comme archer, à la montre d’Olivier de Montauban. 1

Le Quiou. 22
Le Quiou. 22. Le Hac. Photo : 15/09/2018.

16 janvier. Renaud de Montauban est mentionné dans une montre, au nombre des chevaliers de la compagnie d’Olivier, sire de Montauban. 2

6 janvier. Le dauphin Charles devient duc de Normandie

20 janvier. Le roi d’Écosse Édouard Balliol abdique en faveur d’Édouard III d’Angleterre.

24 mars. Les États de langue d’oc, réunis à Toulouse, votent à leur tour, après les États généraux de langue d’oïl la Grande ordonnance limitant les pouvoirs royaux.

5 avril. Arrestation de Charles le Mauvais

Excédé de l’agitation suscitée par Charles de Navarre en Normandie, Jean le Bon décide de mettre le Navarrais hors d’état de nuire. Le 5 avril 1356, le dauphin et duc de Normandie a convié en son château de Rouen toute la noblesse de la province, à commencer par le comte d’Évreux, Charles le Mauvais.

La fête bat son plein lorsque surgit Jean II le Bon, coiffé d’un bassinet et l’épée à la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant : « Que nul ne bouge s’il ne veut être mort de cette épée ! ». À ses côtés, son frère Philippe d’Orléans, son fils cadet Louis d’Anjou, et ses cousins d’Artois forment une escorte menaçante.

À l’extérieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le château. Jean le Bon se dirige vers la table d’honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l’arrache violemment de son siège en hurlant : « Traître, tu n’es pas digne de t’asseoir à la table de mon fils ! ». Colin Doublet, écuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protéger son maître, et menace le souverain. Il est aussitôt appréhendé par l’escorte royale qui s’empare également du Navarrais. Excédé par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori, le connétable Charles de La Cerda.

Malgré les supplications de son fils qui, à genoux, implore de ne point le déshonorer ainsi, le roi se tourne vers Jean d’Harcourt, infatigable défenseur des libertés provinciales, mais qui a été mêlé à l’assassinat de Charles de La Cerda. Il lui assène un violent coup de masse d’arme sur l’épaule avant d’ordonner son arrestation.

Le soir même, le comte d’Harcourt, Jean V, et trois de ses compagnons, dont l’écuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En présence du roi, le bourreau, un criminel libéré pour la circonstance qui gagne ainsi sa grâce, leur tranche la tête. Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour célébrer la fête de Pâques.

Jean II de France fait arrêter puis exécuter sans aucune forme de procès son neveu Jean V d’Harcourt. Le roi était en effet excédé par l’amitié qui unissait le roi de Navarre, le dauphin et le comte d’Harcourt, alors que celui-ci s’élevait contre les nouveaux impôts qui frappaient la Normandie. Par sa prudence, Geoffroy d’Harcourt échappe de justesse au guet-apens tendu par le roi. Afin de venger son neveu, il s’allie à nouveau avec Édouard III dont il fait le légataire de sa forteresse de Saint-Sauveur 3 par une charte publiée le 18 juillet 1356. Dès le 1er août, le roi d’Angleterre donne sa protection à celui qu’il appelle son « cousin ».

Saint-Sauveur-le-Vicomte. 50
Saint-Sauveur-le-Vicomte. 50 . Photo : 02/06/2006.

Charles le Mauvais est emprisonné au Louvre, puis au Châtelet. Mais la capitale n’est pas sûre, aussi est-il finalement transféré à la forteresse d’Arleux, au sud de Douai, en terre d’empire. 4

Avril. Jean de France est fait comte apanagiste de Poitou

Troisième fils de Jean le Bon, Jean de France est fait comte apanagiste de Poitou, puis le 8 juin, lieutenant du roi « en tous les pays de par deça la rivière de Loire et par tout le Languedoc ». L’adolescent de quinze ans doit, d’urgence, comme ses deux frères aînés, Charles et Louis, assumer de lourdes responsabilités devant le péril anglais. 5

Poitiers. 86
Poitiers. 86. Photo : 20/09/2018.

9 mai. Le roi Jean II le Bon nomme Gauthier VI de Brienne, comte de Brienne, connétable de France.

28 mai. Philippe de Navarre défie le roi de France, Jean II le Bon

Incarcéré, Navarre gagne en popularité, ses partisans le plaignent et réclament sa liberté. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l’hommage prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d’Angleterre.

Pour eux, Jean le Bon a outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d’un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France.

Philippe de Navarre, le frère de Charles le Mauvais, envoie son défi au roi de France le 28 mai 1356. Les Navarrais, et particulièrement les seigneurs normands, passent en bloc du côté d’Édouard III qui, dès le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchées, en Normandie et en Guyenne.

Jean II le Bon, qui a levé une armée grâce aux impôts obtenus par les États généraux de 1355 et 1356 contre le contrôle des finances par les États, se doit de prouver que cet argent est bien utilisé.

Il doit rétablir le prestige des Valois en faisant montre de bravoure sur le champ de bataille. Quant aux villes, considérant qu’elles sont plus aptes à gérer les finances et même plus capables que la noblesse à vaincre les Anglais (les Flamands ont bien réussi à montrer lors de la bataille de Courtrai que des tisserands pouvaient vaincre l’ost royal), elles envoient des troupes pour se battre avec l’ost à Poitiers.

Mais l’enjeu étant de montrer que la noblesse reste capable d’assurer la mission protectrice qui est la sienne dans la société féodale, ces troupes sont renvoyées par Jean le Bon. 6

Juin. Opération du duc de Lancastre en Normandie

18 juin. Le duc de Lancastre arrive avec 2 500 hommes à Saint-Vaast-la-Hougue. 48 nefs, soit 340 hommes, partent de Southampton le 1er juin, et arrivent le lendemain en baie de La Hougue. Le reste arrive le 18, avec le duc de Lancastre qui place son Quartier général , le 22 juin, à l’abbaye de Montebourg, à 7,5 km à l’est de Valognes. Il dispose de quelques 1300 hommes, auxquels se joignent 800 Anglais de Robert Knolles, et 300 Navarrais de Philippe de Navarre. 7

Robert Knolles venu de Bretagne seconde Henri de Lancastre, dans sa chevauchée à travers la Normandie pour rejoindre le Prince Noir en Poitou. L’ost de Jean II les fait cependant reculer. Robert Knolles parvient à prendre Domfront. 8

Juin. Le château de Jean du Merle est conquis et pillé par le duc de Lancastre. Occupé à nouveau par les Anglais en 1359, il est repris en 1364 par les Français à l’issue de violents combats contre les troupes anglo-navarraises de Ferrando d’Ayens. 9

22 juin-13 juillet. L’armée du duc de Lancastre quitte Montebourg. Ils passent par Carentan, Saint-Lô, Thorigny, Corbon le 29 juin, Robert Houdetot fait lever le siège de Pont-Audemer, Lisieux, Pont-Audemer le 30, Bec-Hellouin, Conches le 3 juillet, Breteuil où une petite armée française est battue, Tillières, Verneuil est prise le 6 juillet après trois jours d’assauts, filent ensuite vers L’Aigle le 8 juillet, Jean II le Bon est alors à 3 km environ, à Tuboeuf, Argentan, Montebourg le 13 juillet.

Carentan. 50
Carentan. 50. Notre-Dame. Eglise romane du 11ème siècle détruite en 1443. Photo : 07/04/2017.
Conches-en-Ouche. 27
Conches-en-Ouche. 27. Vestiges du 11ème siècle. Photo : 12/07/2013.
Tillières. 27
Tillières. 27. Photo : 01/10/2015.

8 juillet. Les Anglais fuient durant la nuit. Jean le Bon met alors le siège devant Breteuil, qu’il prend après un long siège. 10

Breteuil-sur-Iton. 27
Breteuil-sur-Iton. 27. Photo : 22/05/2014.

13 juillet. Menacé par l’armée royale, le duc de Lancastre se replie à Montebourg. L’arrestation de Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais, fait basculer les Navarrais et une bonne partie de la noblesse normande dans le camp anglais. Philippe de Navarre et Geoffroy d’Harcourt font jonction avec les troupes du duc de Lancastre.

Août. Mathieu de Trie dit Lohier se trouve à l’ost de Breteuil. La famille de Trie tire son nom du village de Trie-en-Vexin. Mathieu de Trie sert en Bretagne dans la compagnie du comte de Dammartin sous le connétable Duguesclin. 11

La compagnie anglo-navarraise de Philippe La Chèze ravage les environs de Beaumont-sur-Sarthe. 12

Geoffroy d’Harcourt, dit « le Boiteux », vicomte de Saint-Sauveur, maréchal d’Angleterre, est tué au combat en novembre, près de Coutances. Il est l’instigateur de la première invasion anglaise de la Normandie lors de la guerre de Cent Ans. Il est l’un des plus puissants seigneurs de Normandie. Geoffroy d’Harcourt est le fils cadet de Jean III d’Harcourt. 13

3 juin. Le château de Pleugriffet passe par alliance à la famille Beaumanoir

Confisqué en 1284 par le Duc de Bretagne, le château devient la propriété d’Alain VI de Rohan qui le garde dans la famille jusqu’au 3 juin 1356, date à laquelle il passe par alliance à la famille Beaumanoir, suite au mariage de Marguerite de Rohan, sœur du vicomte Jean Ier de Rohan, avec Jean de Beaumanoir. 14

8 juillet. Le culte de la Vierge noire à Guingamp

Charles de Blois lui vouait une dévotion toute particulière. Il a été pour beaucoup dans le développement de son culte et de son pèlerinage dans les années 1350. Les origines du pardon de Notre Dame de Bon Secours se confondent avec celles de Frérie-Blanche. Cette dernière fut fondée le lundi 8 juillet 1356, elle se plaça sous le patronage de la Vierge et prit la fête de la Visitation pour fête patronale. Elle était composée de bourgeois, de membres du clergé et de la noblesse. Sa célèbre devise biblique (Ecclésiaste 4,12) « la corde à trois fils ne se rompt pas facilement » a traversé les âges et indiquait les liens de solidarité et d’assistance mutuelle qui devaient régner entre ses différents membres.

Guingamp. 22
Guingamp. 22. Statue de la Vierge noire de N.D. de Bon-Secours. Photo : 20/05/2017.

Les trois grands feux allumés chaque année aux angles de la place du Centre, à l’issue de la procession nocturne, nous proviennent de cette époque (XIVe siècle) et symbolisent les trois ordres de la frérie dont la réunion générale annuelle, sous le porche de la Vierge, coïncidait avec la date du pardon marial.

L’an 1356, c’est aussi le retour de captivité des geôles anglaises du duc de Bretagne, Charles de Blois. Ce dernier fit alors de nombreuses donations et fit bâtir deux hôpitaux, celui de Saint Martin à Guingamp intra-muros (« La délivrance » situé dans Porzh Maria avant la porte de Rennes, l’actuelle rue Notre-Dame) et celui de Toussaints de Nantes. L’hôpital guingampais avait pour objectif de servir d’asile aux malades pauvres et aux vieillards sans appui et le prince présida à la pose de première pierre. 15

Jean de Kermoysan négocie le retour de Charles de Blois

7 août. Jean de Kermoysan (kaermoysan) qui part en ambassade auprès du roi d’Angleterre Édouard III, apparaît dans un sauf-conduit pour Charles de Blois, le 7 août 1356, accordé pour revenir d’Angleterre en Bretagne. Jean participe en effet aux négociations avec le roi d’Angleterre, qui accorde à Charles de Blois des lettres de sauf-conduit pour revenir en Bretagne avec sa fille Marie, avant de lui accorder sa liberté (traité du 10 août 1356). Jean de Kermoysan est requis d’exécuter son mandement, en tant que chevalier et conseiller du duc Charles. 16

Que fait Bertrand du Guesclin ?

Est-ce qu’il rejoint les troupes de Jean II le Bon ? Pourquoi n’accompagne-t-il pas Jean II le Bon vers Poitiers ? Continue-t-il à combattre en Normandie ? Est-ce qu’il retrouve Charles de Blois à Guingamp ?

8 août. Le roi de Castille Pierre le Cruel déclare la guerre à Pierre IV d’Aragon à la suite d’une attaque aragonaise de navires marchands génois dans le port castillan de Sanlúcar de Barrameda. C’est le début de la Guerre des Deux Pierre, elle prend fin en 1369.

4 août. Edouard de Woodstock, le Prince noir quitte Bordeaux

A la tête d’une armée anglo-gasconne il se dirige vers le nord-est, il ravage le Périgord, le Limousin et le Berry. À Romorantin, cette troupe se dirige vers Tours avant de se replier au sud, à l’annonce de l’arrivée de l’armée française. 17

Romorantin-Lantenay. 41
Romorantin-Lantenay. 41. Photo : 23/09/2002.

Avec sa compagnie, John Chandos prend, pille et brûle Aubigny puis rejoint le gros de la troupe d’Édouard à Romorantin. 18

Le Prince Noir attaque Bourbon l’Archambault. 19

Les Anglais s’emparent de Château-Chervix.  20

Septembre. Après avoir traversé la Creuse le Prince noir arrive au très beau château appelé Chastel Heraud, 21 situé au-dessus de la Vienne et y passe 3 jours. 22

19 septembre. La poursuite aboutit à la bataille de Nouaillé-Maupertuis, près de Poitiers. Après la victoire anglaise et la capture du roi Jean II le Bon, Édouard de Woodstock redescend sur Bordeaux avec un énorme butin. 23

La bataille de Nouaillé-Maupertuis

Jean II le Bon a une armée de 12 000 hommes.

L’enjeu est plus que militaire : il faut redorer le blason de la noblesse. C’est dans cet esprit que Jean le Bon renvoie les troupes envoyées par les villes pour le soutenir à la bataille de Poitiers : c’est au roi et à la noblesse de vaincre. 24

Il est possible de voir le champ de la bataille, proche de Nouaillé-Maupertuis. Un bloc de pierre porte la mention : « À la mémoire des chevaliers, barons et hommes d’armes de France, de Gascogne et d’Angleterre, tombés en ces lieux le 19 septembre 1356. »

Situé dans un vallon boisé, Nouaillé-Maupertuis présente un intérêt exceptionnel par son abbaye fortifiée, fondée au 7ème siècle, et ses vestiges médiévaux.

L’abbaye est ceinte de douves et de remparts du 13ème siècle dont il reste des tours : deux encadrent encore le pont qui permet de traverser le Miosson ; ainsi que deux portes de part et d’autre de l’église. Au 12ème siècle, à l’extrémité occidentale de l’église, le clocher-donjon, avec son chemin de ronde, élevé sur un porche couvert d’une curieuse coupole sur trompes fut construit.

Sous le clocher porche, les vingt-quatre vieillards de l’apocalypse sont placés sous une des rainures. Dans un enfeu, derrière le maître-autel, se trouve un sarcophage du 8ème siècle, dit "châsse de Saint Junien". Saint Junien du Poitou est à distinguer du saint Junien vénéré dans le Limousin. Saint Junien du Poitou serait le premier bénédictin de la région, né en 510-515 et mort le 13 août 587. Les peintures du tombeau seraient de la fin du 8ème siècle/début du 9ème siècle. Celles de l’enfeu sont, quant à elles, du 17ème siècle. 25

Les Anglais font preuve de la supériorité tactique conférée par l’arc long. Cette supériorité oblige la chevalerie française, dont les montures ne sont pas protégées à l’époque, à charger à pied, mais elle est facilement balayée par une charge de cavalerie anglaise. Refusant de quitter le champ de bataille pour prouver sa légitimité, Jean le Bon se bat héroïquement avec ses plus proches fidèles. Il est cependant fait prisonnier par les Anglais, mais sauve sa couronne. 26

Dès le début de l’affrontement Jean le Bon demande à ses fils, sauf Philippe, de quitter bataille et de se mettre à l’abri.

Jean Chandos conseille et seconde le Prince Noir. Plus que le prince de Galles, médiocre militaire, il peut être considéré comme le vainqueur de la bataille de Poitiers. John Chandos († 1370) est considéré comme le plus grand capitaine anglais de la première phase de la guerre de Cent Ans. 27

Hugh Calveley se distingue à la tête des archers anglais.

Jean III de Grailly est aux côtés du Prince Noir, lors de sa chevauchée ainsi que le 26 septembre 1356 à la bataille de Poitiers. 28

De nombreux nobles français sont tués.

  • Gauthier VI de Brienne, comte de Brienne et duc titulaire d’Athènes, connétable de France depuis le 9 mai 1356. 29
  • Jean de Clermont, seigneur de Chantilly, maréchal depuis novembre 1352. Le 21 octobre, Jean Ier Le Meingre, dit Boucicaut, le Brave, lui succède. 30
  • Pierre Ier de Bourbon, duc de Bourbon, est tué en faisant au roi rempart de son corps, il a 43/45 ans. C’est le fils de Louis 1er. Louis II devient duc de Bourbon.
  • Geoffroi de Charny, porte-oriflamme.
Charny. 89
Charny. 89. Halles, vers 1830. Photo : 06/2001.
  • Olivier de Saint-Gilles, Olivier de Saint-Gilles, chevalier, serait fils d’un autre Olivier, tué à la bataille de Mauperthuis, près de Poitiers, en 1356. Il ratifie le traité le 20 avril à Rennes. 31
  • Le dernier des Chistré périt en 1356 à la bataille, il est enseveli dans la chapelle des Cordeliers à Poitiers. 32
  • Aubert d’Hangest, chambellan du roi Jean II le Bon. Il est l’époux d’Alix de Harcourt. 33
  • Jean de Brignac. 34
  • Jean Ier, vicomte de Rochechouart, oncle de Mille de Thouars. 35
  • Robert de Sicile-Duras, 1326 - 1356, prétendant au titre de prince de Morée, est seigneur de Cappacio, Muro, et Montalbano dans le royaume de Naples. 36
  • Pierre de Vendôme, troisième fils de Bouchard VI de Vendôme († 1354), comte de Vendôme et seigneur de Castres, et d’Alix de Bretagne. 37
Vendôme. 41
Vendôme. 41. Vestiges du château. Photo : 24/03/2010.
  • Robert VI de Montbron. 38
  • Parmi les morts, on distingue le sire de Parthenay, un sire de Brosse, Clérin de Cherves, de Beaulieu, de Linières, de Rocheservière, de Noirterre, du Retail, de Rézé, de Mirbeau, Jean des Herbiers, qui fut inhumé aux Cordeliers de Poitiers ; Gauthier, seigneur de Sainte-Hermine, aventurier célèbre, fait connétable de France par Jean II, le 6 mars 1356, 39 et beaucoup d’autres chevaliers ou écuyers dont les noms vivent encore dans notre pays. 40
  • Là, périrent encore bon nombre d’habitans du Berry dont les noms obscurs resteront à jamais perdus dans un éternel oubli. Avec eux tombèrent André de Chauvigny, vicomte de Brosse, seigneur du Chastelet ; Guillaume de Linières, Jean, seigneur de Milly ; Jean et Seguin de Cluis et Jean de Sancerre. D’autres prisonniers de grande noblesse figurent dans ce désastre, au nombre desquels je relève le nom toujours glorieux entre tous les noms glorieux du Berry, celui du comte de Sancerre. 41

Il y a de nombreux prisonniers.

  • Jean VI de Vendôme, comte de Vendôme et de Castres, de la Maison de Montoire, fils de Bouchard VI et d’Alix de Bretagne. Il vit surtout à Castres, qui devient comté en 1356. Il meurt en 1364. 42
  • Bouchard VIII de l’Île-Bouchard et son frère Barthélémy sont capturés.
  • Arnaud de Cervole est fait prisonnier et discrètement libéré.
  • Henri de Joinville, né en 1327, mort en 1365, est libéré contre rançon.
  • Bonabes IV de Rougé, sire de Rougé et de Derval, Vicomte de La Guerche, châtelain de Pontcallec (mort en 1377), gouverneur du Pays de La Mée et de Redon. 43
Derval. 44
Derval. 44 . La tour Saint-Clair. Après le nettoyage de janvier 2017. Photo : 19/02/2017.
  • Bernard 1er de Ventadour. IL est amené à Bordeaux puis à Londres. Le traité de Brétigny le délivre en mai 1360. 44

Jean II Le Bon est retenu prisonnier au château de Gençay. En 1356, Gençay appartient conjointement à Bouchard VIII de l’Île-Bouchard, à son frère Barthélémy et à sa sœur, alliés au roi de France. Le 19 septembre 1356, les deux frères connaissent le même sort que le roi Jean II Le Bon : ils sont capturés. Le prince de Galles donne le château de Gençay et sa châtellenie composée de vingt-huit fiefs à un de ses fidèles compagnon, le Gallois Gregory Sais, dénommé Adam Chel, sieur d’Agorisses. Ennemi du roi de France, Adam Chel se charge de fortifier les lieux. Durant cette période trouble marquée par les affrontements entre les royaumes de France et d’Angleterre, Adam Chel et Radegonde de Morthemer rançonnent et pillent les terres poitevines et angevines du roi de France. Jean II Le Bon est même retenu prisonnier au château après sa défaite de Nouillé-Maupertuis. 45

Gençay. 86
Gençay. 86 . Photo : 06/10/2013.

Jean le Bon est prisonnier avec son fils Philippe dit le Hardi. Le sacrifice du roi sauve sa couronne car il est perçu comme héroïque dans tout le royaume et même par Édouard III ou son fils le Prince Noir. Jean le Bon est incarcéré à Bordeaux avec tous les honneurs ; il peut librement y organiser une cour. Cependant, malgré cette trêve dite « de Bordeaux », il doit négocier directement sa rançon avec Édouard III. Il est transféré à Londres. 46

A l’issue de la bataille de Nouaillé-Maupertuis où ils sont présents, les princes Charles, Jean, et Louis, sont emmenés à l’abri à Chauvigny. 47

Chauvigny. 86
Chauvigny. 86 . Photo : 15/06/2003.

Philippe dit le Hardi. La bravoure dont il fait preuve alors qu’il est tout juste âgé de quatorze ans, lui vaut le surnom de « Hardi ». Philippe II de Bourgogne, dit Philippe le Hardi, est né le 17 janvier 1342 à Pontoise et mort le 27 avril 1404 à Hal (Pays-Bas bourguignons). Il est le quatrième et dernier fils du roi Jean II le Bon. 48

Bonabes de Derval est fait prisonnier avec Jean II le Bon et conduit en Angleterre. Bonabes de Derval est choisi par Jean le Bon pour aller en France et négocier un traité. Edouard III exige des otages contre cette liberté temporaire et garantir son retour. Les otages sont Philippe, fils du roi, le comte de Longueville, prince de sang, Amauri de Craon, Jean de Joigny, le comte de Sarebruche et Tancarville, le comte de Dampmartin, le comte de Sancerre, Arnou de Dedechan, et Régnault d’Aubigny. Un acte est rédigé à Londres le 7 juillet 1356, en présence du roi de France, du Cardinal de Rouen, et de l’Archevêque de Sens. 49

Mathieu de Roye († 1386) est chargé de la défense de la ville de Poitiers après la défaite française. 50

Début de la régence du dauphin Charles, elle prend fin en 1364.

1er octobre. Robert de Fiennes devient connétable de France

Après le désastre de Nouaillé, où périt le connétable Gautier VI de Brienne, Robert de Fiennes reçoit la dignité de connétable de France. Il est le 28ème connétable de France. Robert de Fiennes, dit Moreau, est né vers 1308 au château de Fiennes, dans le Boulonnais, et mort vers 1385. Il est fils de Jean, baron de Fiennes et de Tingry, et d’Isabelle de Flandres, la plus jeune fille de Gui de Dampierre comte de Flandre. 51

Charles de Blois-Penthièvre est libéré

Il s’est mis au service du roi de France. Cependant son fils Jean Ier de Châtillon est prisonnier-otage au château de Gloucester, sous la garde de Robert de Vère, comte d’Oxford et duc d’Irlande. Son frère Gui, également prisonnier-otage, mourra en Angleterre. 52

3 octobre. Début du siège de Rennes par le duc de Lancastre

D’avril à mi-mai 1341, Rennes est assiégée par Jean de Montfort, qui finit par s’en emparer. La ville est reprise l’année suivante par les troupes blésistes après quelques jours de siège. Entre les deux événements, Rennes s’était tenue à l’écart des agitations, jusqu’à ce qu’après la bataille de Poitiers, Henry de Grosmont, duc de Lancastre, 53 vienne l’assiéger, espérant ainsi précipiter la fin de la guerre de Succession. Il prend fin le 5 juillet 1357. 54

Rennes. 35
Rennes. 35. Vestiges des remparts. Photo : 08/03/2005.

Guy XII de Laval, le vicomte de Rohan et d’autres seigneurs, défendent Rennes. Cette opération est sans doute effectuée pour Couanier de Launay sur la demande de son oncle Pierre de Laval, alors évêque de Rennes.

La défense de Rennes est assurée par Guillaume de Penhoët, surnommé de Tors Boiteux, qui réside au château, assisté par Bertrand de Saint-Pern, commandant dans la ville et parrain de Bertrand du Guesclin.

Guillaume de Penhoët est l’époux de Jeanne de Fronsac, dame de la Marche et de la Boëssière. 55

Le siège traîne en longueur, du fait de la méthode employée par les assiégeants, sans action militaire d’éclat. S’il est resté célèbre, c’est surtout pour les ruses déployées par les défenseurs.

Bertrand du Guesclin est au siège de Rennes

Le siège durait depuis neuf mois déjà et la ville, encerclée par les Anglais, ne pouvant recevoir de vivres, en était réduite à la plus affreuse disette. Le duc de Lancastre qui le savait, usa d’un stratagème pour s’en emparer.

Par son ordre un immense troupeau de porcs (2.000, dit-on) qu’il tenait en réserve pour le ravitaillement de son camp, fut poussé dans les prairies qui environnaient la ville de Rennes. Il pensait que la vue de ces animaux déterminerait les assiégés, pressés par la faim, à tenter une sortie pour s’en emparer, qu’il les battrait alors facilement et se rendrait maître de la ville. Mais à ce stratagème, le gouverneur de Rennes, Guillaume de Penhouët, dit le Tors ou le Boiteux, en opposa un autre.

Par ses hommes, il fit prendre une truie qu’il suspendit par les quatre pattes à l’une des portes de la ville. On sait que les porcs accourent toujours du côté où ils entendent crier un de leurs congénères. Les cris poussés par la truie attirèrent de son côté le troupeau de Lancastre ; le pont-levis fut abaissé, les pourceaux s’y engagèrent. La truie fut alors délivrée et poussée vers la ville, où elle attira à sa suite la plus grande partie du troupeau et Rennes se trouva ainsi ravitaillée pour quelque temps.

Profitant de l’ouverture de cette porte, un des assiégés de Rennes était sorti de la ville. Il se rendit au camp de Lancastre et, se faisant passer pour un grand admirateur des Anglais et un grand ennemi de Charles de Blois, il donna au duc de faux renseignements sur la situation de la ville de Rennes. Traité avec amitié, laissé en liberté, cet homme en profita pour marcher dans la campagne en direction de Nantes.

Il savait y rencontrer Duguesclin, qui errait avec ses compagnons entre cette ville et Rennes. Arrêté par ceux-ci, pris pour un espion, il n’eut pas de peine à se faire reconnaître pour ce qu’il était réellement, un ennemi des Anglais et un ardent partisan de Charles de Blois.

Il mit Duguesclin au courant de la situation exacte de la ville de Rennes et lui apprit qu’il venait de rencontrer en chemin un énorme convoi de vivres qui se rendait, au camp de Lancastre. Marcher vers ce camp, l’attaquer à la faveur de la nuit, en bouleverser lentes les tentes, y mettre le feu, s’emparer du convoi de vivres et obliger les convoyeurs, sous la menace, à le conduire à Rennes fut un jeu pour Bertrand. L’affaire fut menée avec une telle vigueur, que les Anglais se crurent attaqués par 20.000 hommes. Or Duguesclin n’avait à ses côtés qu’une poignée de braves.

Lorsque le convoi fut arrivé à Rennes, Bertrand se fît reconnaître  : on lui ouvrit les portes, il fit entrer le convoi puis, en loyal chevalier, il paya largement aux convoyeurs le prix de leurs denrées et les renvoya avec leurs chevaux et leurs charrettes vides au camp de Lancastre avec ordre de lui dire : « Messire Bertrand vous salue et vous fait dire qu’il vous verra aussitôt qu’il le pourra, qu’il a tant de vivres pour lui et pour ses gens que, s’il vous plaît de vins a la ville, il vous en donnera tant que vous voudrez et de l’hypocras aussi pour adoucir votre cœur. »

Le duc de Lancastre, loin de s’offenser de la hardiesse de Bertrand, manifesta le désir de le connaître. « Par saint Dunstan, lui dit le comte de Pembroke, c’est un gentil jeune homme. Monseigneur, et un vaillant chevalier, envoyez-lui un héraut avec un sauf-conduit, et Dieu me damne s’il ne vient pas vous voir ! »

Le sauf-conduit fut envoyé à Bertrand qui récompensa magnifiquement le héraut, sauta à cheval et se rendit au camp de Lancastre. Le duc l’accueillit avec politesse, lui fit force compliments, essaya de le détacher du parti de Blois, pour l’attacher à celui de Montfort, et le remercia d’être venu le voir, ainsi qu’il l’en avait prié. « Mais, lui répondit Duguesclin, je serai toujours prêt à faire tout ce que vous voudrez, hormis la paix, tant que vous combattrez Monseigneur Charles de Blois qui est le seul maître en Bretagne. » « Son droit est contestable, lui dit le duc, et avant qu’il n’en soit décidé, il en coûtera encore la vie à plus de 100.000 hommes ». « Eh bien ! tant mieux ! répondit Duguesclin avec brusquerie, ceux qui demeureront n’en seront que plus riches. »

Cette boutade fit rire le duc. À ce moment survint Guillaume Bamboche, Guillaume Bamboche ou Bambrolle, Bembro, Bemborough. Voir l’année 1354, Fougeray. gentilhomme anglais dont Duguesclin avait tué le cousin au siège de Fongeray. Désireux de venger la mort de son parent, Bambrolle vint à Duguesclin et lui proposa un duel à « trois fers de glaive, trois fers de hache et trois coups de dague ». C’était ce qu’on appelait alors le combat à outrance, combat qui ne devait se terminer que par la mort d’un des deux combattants.

Duguesclin vint à l’Anglais, lui serra vigoureusement la main et lui dit : « Si trois fers de glaive, trois fers de hache et trois coups de dague ne te suffisent pas, je t’en offre six, et me donnerait-on ton pesant d’or que je ne renoncerais pas à ce combat ! » La rencontre fut fixée au lendemain. En vain s’efforça-t-on dans l’entourage de Bertrand de le dissuader d’exposer inutilement sa vie. « J’ai donné ma parole, dit-il, je la tiendrai. »

Le lendemain donc de grand matin, Duguesclin revêtit sa plus belle armure, omettant toutefois, dans sa folle témérité, de se garantir de sa cuirasse. Et ainsi accoutré, il alla entendre la messe dans l’église voisine et recommander son âme à Dieu. Comme il sortait de l’église, une de ses vieilles parentes qui l’aimait beaucoup, vint à lui et le supplia d’ôter son casque, afin qu’elle pût l’embrasser une dernière fois. Mais Bertrand, sautant sur son cheval, lui cria, en s’enfuyant au galop : « Ma tante, retournez dans votre maison, allez embrasser votre mari, et faites préparer le dîner : je serai de retour pour l’heure du bénédicité. »

En effet, non seulement il vainquit Bambrolle et ne le tua pas, comme il en avait le droit dans cette sorte de combat, mais il ne le fil pas même prisonnier ; il se contenta de prendre son cheval qu’il donna au héraut de Lancastre, et, à l’heure dite, Bertrand arriva tout joyeux chez sa tante pour se mettre à table et manger d’un fort bel appétit.

L’entrevue de Lancastre et de Duguesclin n’avait modifié en rien la situation de Rennes. Le siège, bien qu’une trêve eût été conclue antérieurement durait toujours et ceci parce que le duc de Lancastre s’était juré sur les Évangiles, de ne quitter cette ville avant d’y avoir fait flotter le drapeau anglais.

Les vivres procurés par Duguesclin étaient épuisés ; la famine se faisait de nouveau cruellement sentir et Bertrand, qui n’avait aucun moyen de ravitailler Rennes une seconde fois, voyait avec angoisse qu’il allait falloir se rendre.

Rennes. 35
Rennes. 35. Les portes mordelaises. Photo : 04/09/2018.

Le Pape, ayant appris par son légat, qu’au mépris de la trêve le siège durait toujours, écrivit au roi d’Angleterre pour lui en faire le reproche, Édouard donna aussitôt au duc de Lancastre l’ordre de lever le siège. Terrible perplexité pour le duc ; il se voyait dans l’alternative de désobéir à son roi ou d’être infidèle à son serment.

Duguesclin, qui le savait, lui fit dire que s’il consentait à venir à Rennes avec une escorte de dix hommes seulement, et s’il s’engageait par serment à en lever ensuite le siège, on lui en ouvrirait les portes et lui permettrait d’y planter son drapeau. Ravi d’une offre inespérée, qui lui permettait de concilier honorablement l’obéissance due au roi et son propre serment, Lancastre s’empressa de l’accepter.

Duguesclin donna aussitôt l’ordre à tous les bouchers, charcutiers et marchands de comestibles de la ville, de réunir tout ce qui y restait de victuailles et d’en faire un large étalage dans la rue que devait parcourir le duc, afin qu’il ne sût pas que la ville était réduite à une extrême disette et à la veille de se rendre.

Au jour fixé, Lancastre vint ; on lui offrit un vin d’honneur et on le conduisit sur les remparts, où il planta fièrement son drapeau au-dessus de la porte qui donnait du côté de son camp. Mais à peine fut-il sorti de la ville, que ce drapeau fut arraché, foulé aux pieds, souillé de boue et mis en lambeaux.

Furieux, mais lié par l’ordre du roi et par le serment fait de quitter Rennes, après y avoir vu flotter le drapeau anglais, Lancastre leva le siège et se retira à Auray, avec son allié Montfort.

Bertrand du Guesclin, seigneur de la Roche-Derrien

Et, une question se pose ici tout naturellement : « Qu’est venu faire ce siège de Rennes dans l’histoire de la Roche-Derrien ? »

II a avec elle un corrélation très étroite, car ce fut pour avoir ravitaillé Rennes, lui avoir permis de tenir si longtemps et en avoir ensuite fait lever le siège, que Duguesclin reçut de Charles de Blois, en récompense de ses services, la seigneurie de la Roche-Derrien, avec le titre de vicomte de cette ville et que nous eûmes l’honneur de le compter au nombre de nos concitoyens. 56

La Roche-Derrien. 22
La Roche-Derrien. 22 . Vue de l’emplacement du château détruit. Photo : 28.01.2017

Plutôt que tenter de prendre la ville par force, et malgré sa grande supériorité numérique, le duc de Lancastre préfère établir un blocus visant à affamer les habitants. À cette époque, les remparts n’ont pas encore été étendus aux faubourgs qui s’étaient développés hors de la zone de l’enceinte gallo-romaine, et c’est celle-ci, renouvelée au siècle précédent, qui est assiégée. Les faubourgs se retrouvent largement ruinés.

Charles de Dinan, fils de Rolland IV de Dinan seigneur de Montafilant et de Jeanne de Craon, est le membre le plus illustre de ce rameau cadet de la maison de Dinan. Son activité s’étend sur plus de 60 ans. Il fait partie des défenseurs de Rennes assiégée par le duc de Lancastre. 57

Olivier de Mauny gagne sous les murs de Rennes un combat singulier contre un chevalier anglais nommé Jean de Bolleton qui l’avait défié. 58

Jean Ier d’Orange combat en 1356 sous l’enseigne de Bertrand du Guesclin et le suit en Espagne en 1366. 59

Olivier V de Montauban, écuyer

Fils aîné de Olivier IV et de Jeanne de Malesmains, il devient chevalier banneret et seigneur de Montauban, de La Gacilly, de Gouneville, de Romilly, de Quinéville, de Marigny, de Tuboeuf, de Craon, de Brisolette, de la Bréchardière, puis, de par son mariage, vers 1360, avec Mahaud d’Aubigné, de Landal et d’Aubigné. Il paraît comme écuyer à la montre de son père en 1356. C’est lui qui commence à restaurer le château de La Gacilly, les travaux seront continués par sa veuve. 60

La seigneurie de Trogoff est une importante châtellenie. En 1356, Jean de Montfort confisque le domaine à Pierre de Trogoff. Le roi d’Angleterre y installe une garnison commandée par Olivier Thomelin qui terrorise la région. En 1363, Bertrand du Guesclin s’empare du château et le détruit.

17 octobre. Ouverture à Paris des États généraux

Les mercenaires démobilisés après la bataille de Nouaillé se regroupent en Grandes compagnies et pillent le pays. Il faut financer une armée permanente pour éviter ces pillages qui entrainent un fort mécontentement populaire.

Charles, régent, n’a que 18 ans, peu de prestige personnel, d’autant qu’il a quitté le champ de bataille, contrairement à son père et son frère Philippe le Hardi, peu d’expérience et doit porter sur ses épaules le discrédit des Valois. Il s’entoure des membres du Conseil de son père, qui sont très décriés.

Les Etats généraux des pays du langue d’oïl sont convoqués par le régent, le dauphin Charles, dans le couvent des Cordeliers. Cette assemblée est constituée de 800 personnes, dont 400 députés des villes. Après la capture de son père Jean II le Bon par les Anglais, les délégués de la bourgeoisie en profitent pour se démarquer un peu plus du pouvoir royal.

C’est le début de la révolte communale d’Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris et de Robert le Coq, évêque de Laon, allié avec les amis de Charles de Navarre.

Les Etats décident de créer une commission de 80 membres qui élabore un programme de revendications, notamment l’épuration du Conseil du dauphin Charles.

Les États généraux déclarent le dauphin Lieutenant général et défenseur du royaume en l’absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze représentants de chaque ordre.

Les États exigent la destitution des conseillers les plus compromis (honnis pour avoir brutalement dévalué la monnaie à plusieurs reprises), la capacité à élire un Conseil qui assiste le roi ainsi que la libération de Charles de Navarre.

Le dauphin, proche des idées réformatrices, n’est pas contre l’octroi d’un rôle plus important des États dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au règne des Valois.

Pas assez puissant pour pouvoir refuser d’emblée ces propositions, le dauphin ajourne sa réponse (prétextant l’arrivée de messagers de son père), congédie les États généraux et quitte Paris, son frère Louis, futur duc d’Anjou, réglant les affaires courantes.

Les États généraux sont prorogés et sont convoqués de nouveau le 3 février 1357. Cette opposition s’achève en 1358. 61

Jean 1er le Meingre, est nommé maréchal de France

21 Octobre. Surnommé Boucicaut, le Brave, il succède à Jean de Clermont, seigneur de Chantilly, tué à la bataille de Poitiers. 62

Nicolas Oresme précepteur puis conseiller du Dauphin Charles

Nicole Oresme (ou Nicolas Oresme), né à Allemagnes (ancien nom de Fleury-sur-Orne) vers 1320-1322 et mort à Lisieux le 11 juillet 1382, est un philosophe, astronome, mathématicien, économiste, musicologue, physicien, traducteur et théologien français.

Il obtient son doctorat en 1356 et devient, la même année, grand-maître du collège de Navarre. La plupart de ses traités latins les plus intéressants datent d’avant 1360 et prouvent que c’est déjà un universitaire établi à la réputation la plus élevée, qui attire l’attention de la famille royale et le met en contact intime avec le futur Charles V en 1356.

Le roi Jean II le nomme précepteur du Dauphin. Son envoi en mission par le Dauphin en 1356, puis en 1360 pour solliciter un prêt auprès des autorités municipales rouennaises prouve la confiance royale dans ses capacités. 63

Amiens. 80
Amiens. 80. Au fond, la cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Photo : 05/04/2018.

15 novembre. Montre à Paris. La seigneurie du Péern appartenait, au XVème siècle, à Raoul de Tréhiou. Perrot et Yvonnet de Tréhiou étaient à la montre (à Paris, le 15 novembre 1356) de Foulques de Laval, capitaine-général et souverain pour le roi et le duc de Normandie. 64

Les nouvelles taxes et redevances

Au delà des redevances traditionnelles : les cens payés au propriétaire du sol ou de la maison, les dîmes pour le clergé, les aides féodales aux quatre cas, les devoirs en travail ou en argent, les péages et les minages dûs au seigneur du lieu, les Saumurois n’étaient pas encore accoutumés à verser des sommes régulières à leur souverain. Ils vont devoir s’y habituer au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, où se multiplient les nouvelles charges et où s’alourdissent d’anciennes taxes, tout cela en rapport direct avec la guerre.

Versés trimestriellement par chaque feu pour soutenir l’effort militaire, les fouages apparaissent dans le Languedoc à partir de 1349 ; ils sont généralisés en 1356, mais seulement pour un an. Ensuite, ils changent de nom, devenant les tailles royales. Cet impôt est payé vers cette époque par les Saumurois, qui ne sont pas alors sous le régime de l’apanage.

En mars 1372, apparaît Ernaut Pourceau, nommé pour cinq ans receveur particulier des fouages « en la ville et ressort de Saumur », mais la perception de la taxe est plus ancienne, car le nouveau collecteur doit récupérer des arrérages ( Ordonnances des Rois de France, t. V, p. 603 ).

Un devoir féodal oblige les vassaux à payer la rançon de leur seigneur quand il est fait prisonnier. Ainsi, quand Jean le Bon est capturé à Poitiers en 1356, tous les sujets du royaume ont dû se cotiser pour réunir sa rançon qui s’élevait à trois millions d’écus d’or. Un receveur spécial a séjourné en Anjou pendant trois ans afin de percevoir la quote-part locale. Les historiens oublient trop souvent cette charge très lourde qui a pris une grande extension au cours de la Guerre de Cent Ans.

Les seigneurs français, trop sûrs de leur valeur, rêvant d’exploits individuels et méprisant leur propre piétaille, se révèlent incapables d’appliquer une tactique collective dans les combats. Ils sont régulièrement battus par des Anglais trois fois moins nombreux et sont capturés en grand nombre.

La liste de ces nouvelles charges, apparues coup sur coup en fort peu de temps, est tout même bien fournie. Il n’est guère besoin de compulser des documents pour savoir ce qu’en pense le bon peuple, d’autant plus qu’il est le seul à payer. La noblesse est dispensée de tout paiement, car elle verse « l’impôt du sang », ce qui est bien réel à l’époque.

Les clercs sont seulement soumis à quelques aides. On peut aussi avancer que les services de recouvrement, pléthoriques, bien rétribués et souvent brutaux, ne doivent pas être franchement populaires. De violentes réactions locales contre ces impôts éclatent dans de nombreuses villes, comme Paris et Rouen, ou comme la célèbre Tricotterie d’Angers. 65

L’Auvergne après le passage du Prince Noir

Cet état florissant de la province est attesté par Froissart. Parlant de l’expédition que conduisit dans l’Auvergne le prince Noir en 1356, il nous dit que les ennemis « chevauchoient à leur aise, trouvant le pays moult gras et rempli de tous biens ». Cette expéditions qui devait être suivie de bien d’autres fit sentir à l’Auvergne la nécessité de prendre des mesures de défense.

Le 29 décembre, les Etats provinciaux se réunirent à Clermont. Ils répartirent la taxe votée par les Etats-Généraux et la même année votèrent et répartirent en outre une seconde taxe spéciale à la province et consacrée à sa défense. De plus, ils choisirent un « capitaine et gouverneur du pays et des troupes qui seraient levées par l’ordre des Etats. »

Ce chef militaire fut Jean de Boulogne, comte de Montfort, lieutenant du roi en Auvergne, que le bailli d’Auvergne fut chargé provisoirement de remplacer. Les Etats choisirent en outre dans chaque ordre deux personnes chargées d’assister ces deux personnages et peut-être de les surveiller. Les événements qui suivirent montrèrent la sagesse de ces prévisions. 66

Le Berry après la défaite de Nouaillé

Avec la captivité du roi Jean, en Angleterre, l’histoire de la province reste comme interrompue, disparaissant sous les désastres qui s’abattent sur elle. Au nom du Prince Noir, les Anglais occupent Vierzon, qui ne revint définitivement à la France qu’en 1370 ; la ville d’Aubigny, dans le Cher, de l’apanage de la maison d’Évreux, est prise par escalade ; il en est ainsi du château de Gordon sur la Loire et de la riche abbaye de Saint-Satur ; l’Anglais occupe Pallnau, Buzançais, Chabris, Briantes, les châteaux de Mont-rond, du Chassin, du Lys-Saint-Georges et bien d’autres.

Lys-Saint-Georges. 36
Lys-Saint-Georges. 36. Le château avec ses parties anciennes, ses douves. Photo : 30/12/2012.

On fait la guerre dans ce qui est toujours appelé le Berry, soit au nom du prince de Galles, soit au nom du roi de France. Les seigneurs se battent pour leur propre compte, sans distinction de bannière, et l’on voit un Guillaume de Barbançon, seigneur de Sarzay, s’emparer de La Châtre à la tête de quarante lances, et y commettre mille infamies. Les paysans, que leurs seigneurs ne protègent plus, se réunissent en bandes, créent ce qu’on appelle la Jacquerie, et pillent, tuant tout ce qui n’est pas assez fort pour se défendre. 67

Entre 1356 et 1412, la seigneurie d’Aubeterre change sept fois de mains entre les Anglais et les Français.

Gardrad Raymond, seigneur d’Aubeterre, fut un grand recruteur et chef de bandes des compagnies anglo-gasconnes, avant d’être engagé par Du Guesclin pour aller guerroyer en Espagne en 1366. 68

Aubeterre-sur-Dronne. 16
Aubeterre-sur-Dronne. 16. L’église Saint-Jacques, reconstruite à partir de 1710, façade de style roman saintongeais du 12ème siècle. Photo : 12/10/2007.