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1357. Bertrand du Guesclin a 37 ans

Fin du siège de Rennes. Le tournois de Dinan. Charles de France a 19 ans. Charles II de Navarre a 25 ans. Tiphaine Raguenel a 22 ans.

Rennes, le duc de Lancastre lève le siège

En février, des habitants de Rennes entendent des bruits souterrains qui leur font comprendre que le duc de Lancastre a ordonné le percement d’une galerie sous les remparts, espérant pouvoir faire discrètement déboucher des troupes au cœur de la ville.

Guillaume Penhoët, mis au courant, ordonne aux habitants des maisons proches des remparts de suspendre chez eux des bassines de cuivre contenant des boules métalliques, afin de déterminer l’emplacement exact de la galerie grâce aux vibrations causées par le travail de mine. Une fois l’emplacement déterminé, une contre-mine est creusée, et une troupe de soldats commandée par Bertrand de Saint-Pern massacre les sapeurs avant de mettre le feu aux poutres soutenant le boyau. 1

Rennes. Le « miracle » de l’église Saint-Sauveur

L’endroit de la contre-mine est à l’intérieur de l’église Saint-Sauveur, juste sous le crucifix. Une légende apparue plus tard, affirme que la statue d’une Vierge à l’Enfant située dans une chapelle de l’église se serait miraculeusement animée, montrant du doigt l’endroit où il fallait creuser. Un culte est depuis rendu à cette statue, nommée Notre-Dame des Miracles et des Vertus. 2

Rennes. Le siège est levé en février ou mars 1357 par des secours commandés par un certain Thibaud de Rochefort, selon Michel de Mauny. Les autres sources s’accordent à dire que la ville est rançonnée par Lancastre. Elles divergent cependant sur la conclusion à en tirer.

L’Histoire de Bretagne d’Henri Poisson et Jean-Pierre le Mat précise que le siège est levé à la suite d’un traité entre la France et l’Angleterre, mais n’indique ni date, ni le montant pris par le duc aux habitants.

Jean-Pierre Leguay précise quant à lui l’un et l’autre : le 5 juillet 1357, le siège est levé au prix d’une rançon de 100 000 écus dont 20 000 comptant. Il indique également qu’il s’agit là d’un compromis entre Lancastre et les Rennais.

L’Histoire de Rennes parue en 2006 y voit en revanche une capitulation pure et simple, seule sa défense honorable lui épargnant un pillage en règle.

Après avoir fait lever le siège de Rennes (5 juillet 1357), Bertrand du Guesclin reçoit en remerciement de Charles de Blois la ville et la châtellenie de la Roche-Derrien, Côtes-d’Armor. 3

L’annonce du départ des anglais a bientôt fait le tour de Bretagne et de Normandie, mais aussi de la France. Et chacun d’admirer le courage des Rennais, mais surtout celui de Bertrand du Guesclin, qui gravit ainsi la première marche de l’escalier qui le mènera à la gloire. Sa renommée va parvenir jusqu’au Dauphin.

Le futur Charles V ordonne à ses trésoriers de verser une rente annuelle et viagère de 200 livres tournois à messire Bertrand du Guesclin, chevalier et sire de Broons, pour le remercier de sa vaillance durant le siège de Rennes. 4

Olivier de Mauny s’illustre au siège de Rennes en 1357 aux côtés de son cousin germain Bertrand du Guesclin. 5

Guillaume Poulart est évêque de Rennes de 1357 à 1359 puis évêque de Saint-Malo de 1360 à 1374. Il est né vers 1329 et mort le 17 septembre 1384. 6

Le siège de Dinan et le combat avec Thomas de Cantorbéry

Dès le 8 janvier 1357, Thibaud sire de Rochefort arrive à Dinan, où se trouve Bertrand du Guesclin, avec son armée française de 1 500 personnes. En février ou mars 1357, le duc de Lancastre vient mettre le siège devant la ville de Dinan. Le siège est levé à la suite de la trêve du 23 mars 1357. 7

Bertrand du Guesclin et son frère Olivier défendent avec succès la ville assiégée par les troupes anglaises et les Bretons fidèles à Jean de Montfort. Lors d’une trêve, Thomas de Cantorbéry prend Olivier en otage. Bertrand affronte Thomas de Cantorbery en combat singulier et en sort vainqueur. 8

Dinan. 22
Dinan. 22. Saint-Sauveur. Photo : 08/01/2016.

Février-mars. Lors du célèbre duel de Bertrand du Guesclin contre Thomas de Cantorbéry on connaît le nom du capitaine de la place : Hervé de Penhouet qui commande le ban et l’arrière ban du Poudouvre. A cette époque les deux places, « Duguesclin et Champ-Clos », n’en forment qu’une : Le Champ es Chevaux. 9

Nous sommes en février 1357. Une foule immense a envahi le cœur de la cité médiévale de Dinan. Sur la place du marché, un champ clos a été délimité : seuls en lice, Bertrand Du Guesclin et Thomas de Cantorbery vont s’affronter en combat singulier... 10

Bertrand du Guesclin rencontre Tiphaine Raguenel

C’est la fille de Robin III Raguenel, seigneur de Châtel-Oger, héros du combat des Trente, et de Jeanne de Dinan, vicomtesse de La Bellière. 11 Elle est née vers 1335. Elle a la réputation d’une femme savante, l’astrologie est une de ses passions. Elle prédit sa victoire contre Thomas de Cantorbéry. 12

Elle aurait vue en songe un aigle noir déchirer les entrailles et arracher les yeux à un léopard terrassé. On rapporte à Bertrand les paroles de la vision de Tiphaine, celui ci aurait répondu, avec l’humour caustique qui le caractérise " fol est celui qui se fie à paroles de femmes, il n’est guère plus subtil et n’a pas plus de sens qu’une brebis ". 13

Guillaume Raguenel, frère de Tiphaine, lutte pour Charles de Blois et périt en 1364 à la bataille d’Auray. Il épouse Jeanne de Montfort.

Bertrand du Guesclin capitaine de Pontorson

Auteur d’une Vie du vaillant Du Guesclin, un trouvère du XIVe siècle, Cuvelier, nous rappelle en ces termes que le fils de Jeanne Malemains est institué capitaine de Pontorson en 1357 par le duc d’Orléans :

- Li ducs fist moult grant joie à Bertrand, ce dit-on,
- Capitaine le fist adonc de Pontorson. 14

Bertrand du Guesclin chevalier

Dans le volume qu’il a consacré à la Jeunesse de Bertrand, M. Luce, s’appuyant sur une tradition rapportée par un historien breton du XVIe siècle, d’Argentré, a cru devoir fixer cette date au 10 avril 1354. D’ailleurs, s’il fallait absolument fournir une explication de la légende à laquelle d’Argentré a prêté l’autorité de son nom, on la trouverait peut-être dans ce fait que, du Guesclin ayant plus tard épousé Jeanne de Laval, héritière de Montmuran, la famille de Laval aurait trouvé flatteur de rattacher à ce château l’entrée de Bertrand dans la chevalerie.

Le duc de Lancastre, qui a déjà eu plus d’une fois à souffrir des attaques et des ruses de du Guesclin et qui ne peut s’empêcher d’admirer son courage, s’efforce de l’attirer dans son parti. Or, entre autres promesses qu’il lui fait, il lui propose de le faire chevalier :

« Bertran, se demourer volez avec mi,
Bien vous porriez vanter, pour certain le vous di,
Qu’en moi ariez trouvé.i. bon loial ami ;
Chevalier vous ferai et vous donrai ausi
Terres et grant avoir du tout a vostre otri. »

Ainsi donc, à la fin de 1356 ou au commencement de 1357, du Guesclin n’était pas encore chevalier.

Charles de Blois, qui suivait avec un vif intérêt les péripéties de la lutte, mais ne pouvait y prendre part à cause de ses engagements avec le roi d’Angleterre, vint à Rennes peu de temps après le départ du duc de Lancastre et, pour témoigner à Bertrand sa reconnaissance, lui confia la garde de la Roche-Derrien et le fit chevalier.

« En Bretaigne regna Bertran li posteiz
Tant pour Charles de Bloiz à qui il fu subgiz
Qui le fist chevalier, ce nous dit li escrips. »

… du Guesclin doit attendre jusqu’en 1362 pour abandonner le pennon de simple chevalier et devenir banneret.

Les lettres du 6 décembre 1357, par lesquelles le dauphin Charles accorde à Bertrand du Guesclin une rente de deux cents livres tournois pour les services par lui rendus au siège de Rennes, sont le premier acte authentique connu jusqu’ici où le futur connétable de Charles V soit qualifié de chevalier. 15

Bertrand du Guesclin capitaine de Sacey

Le château de Charuel, 16 disparu, élevé face au territoire breton par le duc de Normandie Robert le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant, se situait sur une crête dominant la rivière, à l’ouest du bourg. 17

Bertrand du Guesclin, 27ème Grand Maître du Temple

Il l’aurait été jusqu’à sa mort. Jean d’Armagnac lui succède en 1381, selon cette source. 18
Y a t-il vraiment eu des successeurs à la tête de l’Ordre du Temple ? Pourquoi Bertrand du Guesclin qui n’est pas très connu en 1357 ? 19

Nicolas Bouchart est nommé amiral de Bretagne

Nicolas Bouchart soutient le parti de Jean de Montfort. 20

3 février. Les États généraux sont prorogés et seront convoqués de nouveau le 3 février 1357

A Paris, le dauphin doit accepter de composer avec les États généraux qui lui imposent la Grande Ordonnance de 1357. Cette ordonnance instaure une monarchie contrôlée. Proche de longue date des milieux réformateurs il parvient cependant à rester à la tête de l’État.

Deux conseils cohabitent : celui du Dauphin et celui des États. Mais pour les réformateurs et particulièrement les Navarrais cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin à cet essai institutionnel. D’autre part, le Dauphin prend de l’aplomb et n’hésite pas en août à rappeler les conseillers sacrifiés et à demander au prévôt des Marchands de ne se préoccuper que des seules affaires municipales. 21

Paris
Paris. Notre-Dame. Photo : 21/04/2003.

A Metz, le dauphin rend hommage à son oncle l’empereur Charles IV pour le Dauphiné

Cela lui permet d’obtenir son soutien diplomatique. À son retour en mars 1357, il accepte la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse d’une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en captivité de Charles de Navarre. Une commission d’épuration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d’impôts indélicats) et confisquer leurs biens.

Neuf conseillers du dauphin sont révoqués : Étienne Marcel tient sa vengeance contre Robert de Lorris. Six représentants des États entrent au conseil du roi, qui devient un conseil de tutelle. L’administration royale est surveillée de près : les finances, et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, sont contrôlées par les États. 22

Charles II de Navarre, libéré, est à Paris

Un gouvernement de régence contrôlé par les États est mis en place. Deux conseils cohabitent : celui du dauphin et celui des États. Mais, pour les réformateurs, et particulièrement les Navarrais, cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin à cet essai institutionnel.

Les États organisent donc la libération de Charles de Navarre, qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé dans la forteresse d’Arleux. Cependant, pour se dédouaner face au dauphin, on fournit à cette libération un caractère spontané, lui donnant l’aspect d’un coup de main de fidèles navarrais (les frères de Picquigny).

Le retour de Charles de Navarre est méticuleusement organisé : il est libéré le 9 novembre, il est reçu avec le protocole réservé au roi dans les villes qu’il traverse, accueilli par les notables et la foule réunie par les États. Le même cérémonial se reproduit dans chaque ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il entre avec une magnifique escorte, est reçu par le clergé et les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a été spolié et injustement incarcéré par Jean le Bon alors qu’il est de droite lignée royale.

Mis devant le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert le Coq. Il signe donc des lettres de rémissions pour le Navarrais, qui effectue tranquillement son triomphal retour. Le 30 novembre, il harangue 10 000 Parisiens réunis par Étienne Marcel au Pré-aux-Clercs. Le 3 décembre, Étienne Marcel s’invite avec un fort parti bourgeois au Conseil qui doit décider de la réhabilitation de Charles de Navarre, sous prétexte d’annoncer que les États réunis aux Cordeliers ont consenti à lever l’impôt demandé par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse (qui se réunit séparément des autres États) à obtenir. Le dauphin ne peut encore qu’acquiescer et réhabiliter Charles le Mauvais. 23

Un coup de main combiné par le prévôt des marchands fit sortir le roi de Navarre du château d’Ailleux où il était détenu, et le dauphin, revenu à Paris sans argent, dut une fois encore convoquer les états pour le 7 novembre ; sous la pression des chefs populaires, il accorda à son beau-frère un sauf-conduit et l’autorisation de rentrer à Paris. Ailleux est située dans le département de la Loire. Charles II de Navarre était-il à Arleux ou Ailleux ? A t-il été libéré par Jean de Picquigny ou par un sauf-conduit du Dauphin ? 24

9 novembre. Il arrive à Amiens. Accueilli favorablement par le maïeur Firmin de Cocquerel et le capitaine de la ville, Jean de Saint-Fuscien, il demeure quinze jours dans la ville. Les échevins d’Amiens lui décernent même le titre de « bourgeois d’Amiens », ce qui ne s’était jamais vu pour un prince de sang royal, ils proclament le roi de Navarre, capitaine de la ville et de ses faubourgs. Charles le Mauvais peut ensuite regagner Paris et comploter avec le prévôt des marchands, Étienne Marcel. 25

Amiens. 80
Amiens. 80. Au fond, la cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Photo : 05/04/2018.

Jean de Picquigny

Jean de Picquigny est un noble picard, de la Maison de Picquigny, il joue un rôle au service du roi de France puis du roi de Navarre. 26

C’est le fils de Robert de Picquigny, conseiller du roi, et de Jeanne de Fluy. Il sert dans l’armée du roi en 1346 et partage, avec Jean de Gonnelieu, le gouvernement de l’Artois pour le compte du roi Jean le Bon.

Jean de Picquigny, seigneur de Fluy, est député de la noblesse du bailliage d’Amiens, aux Etats généraux de 1355 et 1356. En mars 1357, il entre au Grand Conseil.

Son frère Mathieu, chanoine d’Amiens, devient collecteur de subsides ordonnés par les états.

En 1356, Jean de Picquigny, agit de concert avec Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Profitant de la défaite de Poitiers et de la captivité du roi de France, Jean de Picquigny, à la demande la noblesse partisane de réforme, délivre avec l’aide de ses frères Robert et Philippe, le roi de Navarre, Charles le Mauvais.

Il emmène Charles le Mauvais à Amiens où il est désigné « bourgeois d’Amiens » par les échevins, ce qui était incongru pour un prince de sang royal. Il accompagne ensuite le roi de Navarre à Paris. Mahy, frère de Jean, prit une part active à ces événements. 27

Étienne Marcel et la crise des institutions

Il se retrouve à la tête du mouvement réformateur qui cherche à instaurer une monarchie française contrôlée, en affrontant le pouvoir royal exercé par le dauphin. Délégué du Tiers-Etat, il joue un rôle considérable au cours des états généraux tenus en pleine guerre : ceux de 1355 avaient pour objectif le contrôle de la fiscalité, ceux de 1356 demandaient le prélèvement de nouveaux impôts et ceux de 1357 devaient régler le paiement de la rançon du roi Jean.

Étienne Marcel est une personnalité issue du grand patriciat urbain proche du pouvoir qui s’est illustrée par la défense des petits artisans et compagnons qui forment le gros des citadins. Le grand patriciat commerçant possède des ressources financières très abondantes qu’il prête aux princes et aux ecclésiastiques : il devient un acteur incontournable.

Pour obtenir le rôle politique que leur importance croissante dans la société devrait leur donner, de nombreux bourgeois tentent d’être anoblis. C’est la voie que choisit par exemple Robert de Lorris qui, devenu proche conseiller de Jean le Bon, use de son soutien ou d’alliances matrimoniales judicieuses pour promouvoir ses proches.

La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers ; la guerre en est un excellent moyen : par les rançons perçues après capture d’un adversaire, le pillage et l’augmentation des impôts justifiée par la guerre. C’est ainsi que la noblesse pousse à la guerre.

Édouard III et Charles de Navarre voient donc l’occasion de faire valoir leurs revendications respectives à la couronne de France et en profitent pour séduire les villes en laissant espérer l’institution d’une monarchie contrôlée.

Le pays rechigne à payer les taxes nécessaires au fonctionnement de l’État : depuis Philippe le Bel les souverains recourent à des mutations monétaires qui affaiblissent le cours de la monnaie et entraînent une forte inflation mais qui permettent d’importantes recettes. Dans les villes naît le sentiment que le royaume serait mieux géré par les Etats généraux.

Charles de Navarre, auréolé de son sang royal, est un brillant orateur et sait se faire le champion du parti réformateur. Paris est à la fois le siège de la Cour et de l’administration (palais de la Cité), de l’université en même temps qu’un énorme centre marchand et artisanal. L’essentiel des représentants des trois ordres y vit. 28

Étienne Marcel prévôt des marchands de Paris

Étienne Marcel, né entre 1302 et 1310 et mort à Paris le 31 juillet 1358, est prévôt des marchands de Paris sous le règne de Jean le Bon.

La famille Marcel est l’une des plus puissantes de la bourgeoisie parisienne. Cette famille de drapiers, très étendue, forme un réseau solidaire. Cependant, Étienne, s’il n’est pas issu de la branche la plus aisée de la famille, est « rejeton par sa mère d’une lignée d’officiers de l’hôtel royal et par son père de fournisseurs de la cour. » Il se marie avec Jeanne de Dammartin, fille d’un riche échevin parisien, puis avec Marguerite des Essarts, fille du banquier Pierre des Essarts († 1349), dont les relations lui permettent d’entrer en politique et de créer de nouveaux liens avec les riches marchands des communes flamandes. Propriétaire dans Paris de nombreux bâtiments, il habite rue de la Vieille-Draperie, dans l’île de la Cité.

Ses alliés, Pierre des Essarts, son beau-père, ou Jean Poilevillain, sont régulièrement employés par le roi pour des mutations monétaires. En 1346, à la suite de la bataille de Crécy, ils sont rendus responsables du mauvais gouvernement et sont jetés en prison. Étienne Marcel aurait intercédé auprès du comte de Flandre Louis de Male pour faire libérer Pierre des Essarts.

Robert de Lorris, un autre puissant bourgeois, est lui aussi l’un des gendres de Pierre des Essarts. Il a su revenir dans l’entourage royal dès 1347, à tel point qu’il est l’un des proches conseillers de Jean le Bon, dont il obtient le 7 février 1352 la réhabilitation de Pierre des Essarts. Ce grand patriciat, proche du pouvoir et associé aux diverses spéculations monétaires et immobilières, est honni par la rue et Étienne Marcel, en rupture avec son milieu d’origine choisit en 1357 de devenir le champion du petit peuple urbain.

Étienne Marcel appartient aux deux plus prestigieuses confréries parisiennes : la grande Confrérie de Notre-Dame aux prêtres et bourgeois de Paris et la Confrérie Saint-Jacques-aux-Pèlerins. Charles le Mauvais, est aussi membre de cette confrérie. Étienne Marcel prend un rôle prééminent dans ces confréries et, en 1350, il est cité comme prévôt de la Grande Confrérie de Notre-Dame.

Fort de son influence grandissante, il succède en 1354 à Jean de Pacy comme prévôt des marchands de Paris. La compétence du prévôt des marchands est théoriquement limitée aux affaires commerciales, mais la charge acquiert vite un rôle politique. Le prévôt peut même avoir un rôle militaire : les villes doivent pouvoir se défendre et peuvent, le cas échéant, lever des troupes pour le service du roi. Ainsi, en novembre 1355, Étienne Marcel conduit en Picardie le contingent parisien de l’ost royal lancé à la poursuite de la chevauchée du duc de Lancastre. En 1356, à la reprise du conflit, Étienne Marcel est en mesure de faire réparer les fortifications de Paris et construire un nouveau mur rive droite. 29

Robert de Lorris beau-frère d’Étienne Marcel

En 1343, Philippe de Valois offre à son fils Jean, duc de Normandie, la chatellenie de Torcy. Étant devenu roi sous le nom de Jean II de France, il offre cette terre à son chambellan Robert de Lorris en 1350.

Par son mariage avec Pernelle des Essarts, fille de Pierre des Essarts, il devient beau-frère d’Étienne Marcel, dont il se fait un ennemi mortel en restaurant la mémoire et la fortune de son beau-père, alors qu’Étienne Marcel avait renoncé à tout droit sur l’héritage. Anobli, lors de la Jacquerie, il dut "renier gentilesse". Il se retire du service après le décès du roi Jean II le Bon pendant sa captivité à Londres. 30

Robert Le Coq se range aux côtés de Charles II de Navarre

Robert Le Coq (v. 1310 à Montdidier - 1373) est évêque de Laon de 1351 à 1358. Fils d’un officier royal anobli, il fait des études de droit à l’Université d’Orléans, puis il entre au Parlement, devient membre du Grand Conseil de Jean le Bon qu’il accompagne à Avignon.

Il se range aux côtés de Charles II de Navarre contre Pierre de la Forêt dont il convoite le poste de chancelier de Normandie. Assimilé au parti navarrais, il est l’objet en 1356 des articles contre Robert Le Coq. Lors de la réunion des états généraux de 1356 et de 1357, il joue un rôle très important ainsi que dans le soulèvement parisien provoqué par Étienne Marcel. Il contribue avec ce dernier à imposer au régent (futur Charles V de France) la grande ordonnance de 1357. 31

Pierre de Villiers, seigneur de L’Isle-Adam

À Paris, sous les ordres, notamment, d’Étienne Marcel, il échoue à contenir une bande de pillards aux portes de la capitale. En 1357, il prend les forteresses de Chartres et d’Étampes.

Pierre de Villiers et Bertrand du Guesclin se connaissent

Pierre de Villiers est en 1352 aux côtés de Guy II de Nesle, maréchal de France, en Bretagne, lors de la bataille de Mauron. Fait prisonnier, sa rançon est payée par Jean II le Bon qui le nomme capitaine des places-fortes de Pontorson et du Mont-Saint-Michel.

En compagnie d’Arnoul d’Audrehem, maréchal de France, il est sauvé d’une embuscade par Bertrand du Guesclin. Pierre de Villiers le prend alors sous son aile et lui fournit des troupes. Avant d’être rappelé par le dauphin et régent Charles en tant que chevalier du Guet à Paris, il laisse à Bertrand du Guesclin son poste à Pontorson. 32

Arnaud de Cervole lève plusieurs compagnies de Routiers

Il ravage la Provence en 1357-1358, rançonne le pape à Avignon et pille la Bourgogne. L’année suivante, le Conseil du Roi lui confie la garde du Berry. Il devient administrateur de la baronnie de Graçay, seigneur de Levroux. Les bandes de Routiers, conduites par Arnaud de Cervola dit l’Archiprêtre sont appelées par les comtes des Baux.

Elles franchissent le Rhône le 13 juillet 1357 et ne repartent de Provence qu’en octobre 1358. Dès le 1er octobre 1357, pour lutter contre ces Routiers, le sénéchal de Provence fait appel au comte d’Armagnac qui amène mille sergents entre Arles et Tarascon. Leur intervention est aussi terrible que celle des Routiers. 33

Juillet. Arnaud de Cervol (dit l’Archiprêtre) sillonne les terres du Comtat avec 16 000 hommes . Ils prennent Pont Saint Esprit, mettent le siège devant Carpentras, détruisent Loriol, Serres, Durban et Velorgues. 34

Les Anglais qui occupent Brioude viennent piller Murat

Murat est située au pied des contreforts orientaux des monts du Cantal, dans la vallée de l’Alagnon, qui est le principal lieu de passage au travers du Massif central. La vicomté de Murat est très vaste et dépend de la vicomté de Carlat. Les Anglais, venus piller Murat en 1357, essaient en vain de prendre le château. 35

Brioude. 43
Brioude. 43. La basilique Saint-Julien. Photo : 06/07/2009.
Murat. 15
Murat. 15. Orgues du rocher de Bonnevie. Photo : 11/05/2015.

Mouton de Blainville est à Honfleur

Jean IV de Mauquenchy (vers 1322 - 1391), appelé aussi Mouton de Blainville, est sire de Blainville et maréchal de France en 1368. Il participe au siège de Honfleur. Il devient, avec Bertrand du Guesclin, un des premiers proches du futur roi Charles V. 36