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1358. Bertrand du Guesclin a 38 ans

Le premier traité de Londres. Emeute à Paris. Meurtre des maréchaux. Les Jacques. Bertrand du Guesclin détroussé dans le Bois de Boulogne.

Le premier Traité de Londres

Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec le Navarrais à sa tête, Jean II le Bon décide de précipiter les négociations quitte à céder beaucoup de terrain à Édouard III. Les négociations doivent avoir lieu de roi à roi : il est donc transféré de Bordeaux à Londres.

Janvier. Le premier Traité de Londres est signé par Édouard III d’Angleterre et Jean II de France. Il concerne la libération du roi de France.

Les conditions d’incarcération de Jean II sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et d’autres venus de leur plein gré), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’Hôtel de Savoie. Il accepte le premier traité de Londres qui prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une rançon de 4 millions d’écus sans renonciation à la couronne de France. 1

Édouard III obtient : les anciennes possessions d’Aquitaine des Plantagenêts : la Guyenne (qui a été confisquée par Philippe VI en début de conflit), la Saintonge, le Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre.

La nouvelle de ce traité provoque un tollé et fait sombrer le royaume de France dans la guerre civile.

Charles de Navarre est libéré

Janvier 1358, Étienne Marcel et Robert Le Coq organisent donc la libération de Charles de Navarre qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé. 2 Cependant pour se dédouaner face au Dauphin, on donne à cette libération l’apparence d’un coup de main de fidèles Navarrais. Charles de Navarre libéré est en mesure de prendre le pouvoir : héritier direct de la couronne par les femmes, il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l’ennemi anglais et plus légitime que le chétif Dauphin.

Etienne Marcel déclenche une émeute

22 février. Étienne Marcel, le Prévôt des marchands de Paris déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en armes et prend le pouvoir par la force à Paris.

Il essaye de propager le mouvement aux villes de provinces et s’allie aux Jacques. Mais le Dauphin retourne la situation : il laisse Charles le Mauvais écraser les Jacques et rallie la noblesse outrée par l’assassinat des maréchaux lors de la prise de pouvoir par Étienne Marcel.

Paris, cernée par les armées du Dauphin se désolidarise du Prévôt des marchands car il vient de renouer alliance avec Charles de Navarre et ses mercenaires anglais qui viennent de mener une violente répression contre leurs alliés les Jacques.

Paris. 75
Paris. 75. Muraille d’époque Charles V sous le Louvre. Photo : 20/10/2009.

Étienne Marcel est assassiné et Charles le mauvais discrédité : le Dauphin reprend le pouvoir. Le traité de Londres refusé dans la violence n’est pas mis en application. 3

14 janvier. Les États doivent trancher la question dynastique

La couronne des Valois est menacée. Charles de Navarre exploite le mois d’attente pour faire campagne.

Le 11 janvier, à Rouen, il organise une cérémonie expiatoire réhabilitant les seigneurs normands décapités lors de son arrestation, ce qu’il fait en grande pompe pour séduire la noblesse et la bourgeoisie normandes. D’autre part, craignant le retour de Jean le Bon, il monte une armée en Normandie.

Rouen. 76
Rouen. 76. La cathédrale. Photo : 08/04/2017.

Le Dauphin, de son côté organise la défense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les maréchaux de Normandie, de Champagne et de Bourgogne se rendent à sa cour.

Il fait monter sur Paris une armée de 2 000 hommes venus du Dauphiné sous prétexte de protéger Paris des exactions des Compagnies. Cela met aussi sous pression la ville. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens aux Halles, expliquant pourquoi il lève une armée et demandant aux États pourquoi la défense du pays n’est pas assurée malgré l’argent prélevé lors des levées d’impôts : c’est un succès et Étienne Marcel doit organiser d’autre réunions noyautées par ses partisans pour le mettre en difficulté.

Le 14 janvier, les États n’arrivent pas à s’entendre sur la question dynastique, ni sur la levée d’un nouvel impôt et, pour renflouer les caisses de l’État, on décide d’une nouvelle mutation monétaire. Les esprits s’échauffent contre les États, pour le plus grand bénéfice du Dauphin. 4

Au final, l’exécution de l’ordonnance de 1357 est vite bloquée. La commission d’épuration est désignée mais ne fonctionne que cinq mois. Les collecteurs d’impôts nommés par les États rencontrent l’hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les six députés entrés au Conseil de tutelle sont en minorité et les États généraux manquent d’expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du Dauphin qui, en acquérant du savoir-faire, retrouve l’appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l’époque, découragent les députés de province et les États sont de moins en moins représentatifs.

Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, désavoue le Dauphin et, depuis sa prison, interdit l’application de l’ordonnance de 1357.

Étienne Marcel, constatant l’échec de l’instauration d’une monarchie contrôlée par voie législative, essaie de la faire proclamer par la force. Il est à noter qu’il ne remet pas en cause la nécessité d’avoir un souverain, mais il doit composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposée du Dauphin et la cupidité de Charles de Navarre.

22 février. Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en armes. Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régent.

Meurtre des maréchaux. Le maréchal de Champagne, Jean de Conflans, et le maréchal de Normandie, Robert de Clermont, dont les armées stationnent devant Paris, sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée.

Assassinat des maréchaux

Ils sont égorgés sous ses yeux dans la galerie du Palais royal (La Conciergerie et l’actuel palais de Justice).

Étienne Marcel l’oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui-même revêt le chapeau du Dauphin et demande à renouveler l’ordonnance de 1357.

Étienne Marcel épargne l’héritier car il le sous-estime et pense pouvoir le contrôler aisément : c’est une lourde erreur. Fort de l’ascendant qu’il estime avoir sur le Dauphin qu’il va faire nommer régent, il pense pouvoir se passer de Charles de Navarre, qu’il pousse à quitter Paris.

Étienne Marcel se dirige ensuite vers la place de Grève où il remercie la foule et l’encourage à éliminer « les traîtres du royaume ». Il écrit aux villes de provinces pour justifier son geste, mais seules Amiens et Arras donnent des signes de soutien. Il force ensuite le dauphin qui, tant qu’il est à Paris, reste sous la pression éventuelle de la rue, à ratifier le meurtre de ses conseillers.

Le Dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel : son conseil est épuré (quatre bourgeois y rentrent), le gouvernement et les finances sont aux mains des États, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes.

Le Dauphin obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il est en captivité.

17 mars. Le Dauphin quitte Paris

Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et, en particulier, valider son contenu fiscal, il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier Champenois et Bourguignons scandalisés par l’assassinat des maréchaux).

La noblesse doit se réunir à Senlis  : c’est l’occasion qu’attendait le Dauphin pour quitter Paris (ce qu’il fait le 17 mars). Étienne Marcel, pensant le contrôler, lui adjoint dix bourgeois pour le représenter et surveiller le Dauphin.

9 avril. Provins. Le Dauphin participe aux États de Champagne, qui ont lieu le 9 avril à Provins. Là, il est soutenu par la noblesse de l’est du royaume et les délégués parisiens sont mis en difficulté. Fort de ce soutien, le Dauphin s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux.

Provins. 77
Provins. 77. Les remparts. Photo : 20/01/2008.

L’accès de Paris par l’est est bloqué. Au sud et à l’ouest, les Compagnies écument le pays. Il ne reste que la voie du nord qui préserve l’accès de Paris aux villes des Flandres. Les accès fluviaux ayant été bloqués, Étienne Marcel doit réagir pour empêcher l’asphyxie économique de la capitale.

Le 18 avril, Étienne Marcel envoie son défi au Dauphin. La ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblai constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des États.

4 mai. Le Dauphin réunit alors les États généraux à Compiègne. Ceux-ci décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les États et un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359). Ils abandonnent par contre la volonté de contrôler le Conseil du Dauphin. 5

1er mai : décès de Jean de Parthenay, gouverneur de Saintonge.

Jean Ier Le Meingre et Guillaume VII nommés maréchaux

22 mai. Par lettres données à Meaux, le Dauphin Charles, nomme le maréchal de France Jean Ier Le Meingre, dit Boucicaut lieutenant-général du Poitou, de Touraine, de Saintonge conjointement avec Guillaume VII, sire de Parthenay. 6

Guillaume Carle occupe le nord et l’est de Paris

28 mai. Les paysans de Saint-Leu-d’Esserent, près de Creil, dans l’Oise, excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellent. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du Dauphin. 7

Début de la Grande Jacquerie dans le Beauvaisis et dans la Brie.

5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, plus connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. 8 Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le Dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres

L’alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s’emparent du château d’Ermenonville.

Etienne Marcel attaque Meaux

Le 9 juin, les hommes du Prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly. Ces derniers revenaient d’une croisade contre les idolâtres de Prusse, ils avaient appris à Châlons le péril des belles dames enfermées dans l’île de Meaux, et ils étaient accourus suivis d’une troupe de chevaliers. 9

Meaux. 77
Meaux. 77. La cathédrale Saint-Étienne. Photo : 23/01/2014.

Après avoir saccagé et brûlé plus de soixante forteresses et bonnes maisons, ils vinrent devant Meaux, où s’étaient réfugiées les duchesses d’Orléans et de Normandie avec plus de trois cents nobles dames et demoiselles.

Quand la troupe se présente devant les portes de Meaux, les nobles se cachent. Les habitants de Meaux ouvrent alors les portes de la ville aux émeutiers et le maire, Jean Soulas, les guida lui-même à la cachette des nobles. En punition, la ville fut livrée aux flammes pendant quinze jours tandis que son maire fut pendu. 10

Melun prise par Charles de Navarre

À la mort du roi Philippe VI, sa veuve Blanche de Navarre, vient se fixer dans la ville comme douairière du comté de Melun. Sous le règne de Jean le Bon, la ville fut de nouveau accablée d’impôts que les Melunais refusèrent de payer.

Ils réclamèrent des fortifications plus sûres et obtinrent satisfaction et restèrent fidèles au roi de France et au régent Charles. La ville fut prise, en 1358, par Charles le Mauvais grâce à la complicité de sa sœur Blanche de Navarre.

Le roi de Navarre fait alors de la ville son quartier général contre le régent. Toutefois certains quartiers ne sont pas pris par les Navarrais tel le quartier Saint-Aspais. Les troupes de Charles le Mauvais enfermées dans l’île Saint-Étienne s’opposaient au passage des denrées devant approvisionner Paris, ou bien soumettaient les marchandises à des droits et taxes exorbitants.

Melun. 77
Melun. 77. Le château était en arrière-plan, à droite. Photo : 26/10/2016.

Le Dauphin Charles fit alors monter des troupes sur des bateaux pour protéger le passage des marchands. Les débris d’armes, datant de cette époque, trouvés dans le fleuve vis-à-vis du château laissent à penser que des luttes assez vives devaient se produire à chaque passage. 11

Charles II de Navarre s’empare de Guillaume Carle

9 ou 10 juin. Le massacre de Mello. Le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis. Les chevaliers, conduits par Charles le Mauvais, écrasent l’armée de paysans, mal équipée et mal commandée, de la Jacquerie, à la bataille de Mello près de Clermont-en-Beauvaisis, tuant environ 7 000 paysans et matant la révolte. Guillaume Carle est tué. Des représailles féroces sont exercées sur la paysannerie dans la période qui suit : selon certaines sources, près de 20 000 insurgés sont exécutés en deux semaines. 12

Clermont joue un rôle important pendant la Jacquerie La dernière rencontre entre les jacques et les seigneurs eut lieu entre Nointel et Catenoy, au lieu-dit le Champ de Bataille - d’après Froissart - Guillaume Cale aurait eu la tête tranchée sur la grand-place de Clermont ; trois bourgeois, Pierre le Cirier, Jean Alliaume et Henri du Breuil reçurent des lettres de rémission pour avoir pillé pendant cette période le château d’Ermenonville. En 1359, le captal de Buch s’empare de Clermont. 13

Écarté du pouvoir par Étienne Marcel, qui a trop vite cru contrôler le régent après l’assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au Prévôt de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d’en devenir le chef. D’autre part, les marchands pourraient voir d’un bon œil que l’on sécurise les axes commerciaux.

Charles II de Navarre prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare, par ruse, de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s’ensuit est très dure : quiconque est convaincu d’avoir été de la compagnie des Jacques est pendu sans jugement.

Charles de Navarre fait exécuter 4 boucs émissaires dans chaque village, dont les maisons sont incendiées. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le Dauphin a su garder les mains propres. 14

Le Dauphin Charles assiège Paris

14 juin. Charles de Navarre, qui a ramené l’ordre, rentre à Paris et s’y pose en chef. Mais une grande partie de la noblesse qui était à ses côtés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche : elle est trop scandalisée par l’assassinat des maréchaux pour s’allier aux Parisiens et reste derrière le régent qui a su gagner sa confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel ».

Saint-Denis. 93
Saint-Denis. 93. La basilique. Photo : 25/10/2016.

L’objectif est de créer une grande ligue urbaine et d’opérer un changement dynastique en faveur du Navarrais. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et qui, avec le Dauphin, assiègent Paris à partir du 29 juin.

Le Dauphin est encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaire. Le Dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation se débloque. 15

Les Parisiens lâchent Etienne Marcel

Les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens.

21 juillet. A la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue, trente-quatre archers anglais sont massacrés. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon.

21 juillet. Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la populace place de grève pour calmer les esprits, mais les choses leur échappent et la foule leur demande de la débarrasser des Anglais. Pour amadouer les Parisiens (8 000 piétons et 1 600 cavaliers en arme), les trois hommes les mènent par groupes distincts aux mercenaires stationnés à Saint-Denis. Ces derniers, prévenus, taillent les Parisiens en pièces et 600 à 700 meurent dans ces affrontements.

Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la populace, les Parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frère Philippe qui doit arriver avec des renforts anglais.

Le bruit court que Philippe de Navarre arrive avec 10 000 Anglais et les Parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. Étienne Marcel doit leur ouvrir les portes. 16

Le Dauphin entre triomphalement dans Paris

L’échevin Jean Maillard et Pépin des Essart convainquent les bourgeois de demander l’aide du régent.

31 juillet. A l’aube, Étienne Marcel est surpris, devant la Porte Saint-Antoine, alors qu’il s’assure des accès à la capitale et est mis à mort sur place. 17 Le dauphin n’y croyant plus était en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apporte la nouvelle.

Il entre triomphalement dans Paris le 2 août : il a les mains propres et a donné son pardon aux Parisiens. Il n’y a que très peu de répression, seuls quinze personnes sont exécutées pour trahison (Étienne Marcel compris).

Paris. 75
Paris. 75. Le Louvre. Photo : 09/12/2003.

L’héritier du trône veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés (par exemple, des mariages avec les veuves sont organisés qui permettent de concilier les intérêts des uns et des autres). 18

Charles de Navarre négocie avec le Dauphin Charles

Charles de Navarre, qui était stationné avec ses hommes à Saint Denis, échappe au revirement des Parisiens. Il reçoit les renforts anglais amenés par son frère. Mais les mercenaires n’ont pas été soldés et les deux princes ont du mal à les tenir.

3 août. Ils les laissent donc piller Saint-Denis. Navarrais et mercenaires se replient ensuite sur leurs possessions de la vallée de la Seine où les capitaines anglais s’installent, rançonnant les campagnes et le trafic fluvial. Les troupes anglo-navarraises tentent d’asphyxier Paris en s’emparant de Melun, qui contrôle la Seine en amont de la capitale, de Creil sur l’Oise et de la Ferté-sous-Jouarre sur la Marne.

Plus de 60 places en Île-de-France sont sous contrôle anglo-navarrais ou de mercenaires bretons qui rançonnent la population. Le Dauphin n’a pas les moyens de tous les déloger, mais il assiège Melun.

Charles le Mauvais s’empare de Nemours, Montereau, Lagny. Melun lui est livré par sa sœur, veuve de Philippe VI de Valois ; le régent Charles essaie, à plusieurs reprises, de prendre la place. Ce n’est qu’en 1364 qu’elle se rend à Bertrand du Guesclin, qui commençait alors à s’illustrer. 19

Nemours. 77
Nemours. 77. Forteresse bâtie au 12ème siècle sur la rive gauche du Loing. Photo : 29/04/2004.
Montereau. 77
Montereau. 77. Au confluent de l’Yonne et de la Seine. Photo : 27/10/2016.

19 août. Charles de Navarre s’en tire par un revirement  : il rencontre le Dauphin à Pontoise et annonce qu’il se retire. Cependant, ses troupes ne quittent pas les places fortes qu’elles contrôlent, continuant à rançonner le pays pour leur compte comme les autres compagnies qui mettent à cette époque le pays à feu et à sang.

Faute des ressources nécessaires, le conflit tourne à la guerre froide, le Dauphin essaie de neutraliser Charles de Navarre qui reste un dangereux prétendant à la couronne, ou qui à défaut pourrait instaurer une puissante principauté susceptible de s’allier aux Anglais. 20

Septembre. Pour détourner les Amiénois du Navarrais, le Dauphin promit, dans la première quinzaine de septembre, aux habitants de la ville, l’oubli du passé.

Jean de Picquigny et la bataille d’Amiens

16 septembre. Jean de Picquigny pouvait compter sur trois puissants alliés, le maïeur d’Amiens, le capitaine de la ville et l’abbé du Gard. Au petit matin du 16 septembre 1358, avec les sires de Gauville, de Fricamp et de Béthisy, Jean de Picquigny pénétra dans le faubourg à l’extérieur de l’ancienne muraille du XIIe siècle, avec près de 800 hommes d’armes au cri de : « Navarre ! Navarre ! »

Les Amiénois fidèles au Dauphin purent prévenir le connétable Robert de Fiennes et le comte de Saint-Pol à Corbie. L’échec des assaillants évita qu’Amiens ne bascule, à nouveau, dans le camp de Charles le Mauvais, la ville resta fidèle au roi de France. 21

17 septembre. Le parti du roi de Navarre à Amiens est anéanti. Dix-sept notables furent décapités en place publique, dont le maïeur, Firmin de Coquerel, le capitaine de la ville, Jacques de Saint-Fuscien, l’abbé du Gard, et plusieurs échevins. Plusieurs autres notables furent bannis de la ville selon le chroniqueur Jean Froissart. 22

Jacquerie en Champagne

Henri de Joinville, né en 1327, mort en 1365, héritier de la charge de sénéchal de Champagne de 1342 à 1365, est chargé en 1358 de réprimer une Jacquerie en Champagne. 23

Joinville. 52
Joinville. 52. Photo : 11/05/2004.

Septembre. En juillet 1357, Arnaud de Cervol (dit l’Archiprêtre) sillonna les terres du Comtat avec 16 000 hommes. Ils prirent Pont Saint Esprit, mirent le siège devant Carpentras, détruisirent Loriol, Serres, Durban et Velorgues. En septembre 1358, le Pape acheta leur départ (contre 1 000 florins d’or). 24

Novembre. Inondations catastrophiques du Rhône.

Bertrand du Guesclin détroussé

En 1358, Bertrand Duguesclin revenant de Bretagne est détroussé dans le Bois de Boulogne (Paris) par des Anglais embusqués. 25 Que fait-il à Paris ? Est-il venu soutenir Pierre de Villiers, seigneur de L’Isle-Adam ? En 1359, il est à Melun. A t-il passé 1358 et 1359 dans la région parisienne, en Brie et Champagne ?

Notre-Dame de Boulogne. Une émotion toute particulière nous saisit lorsque l’on sait quels immenses personnages de l’histoire de France s’y sont arrêtés, Bertrand Du Guesclin, le "Chevalier sans peur et sans reproche" Bayard, mais aussi Jeanne d’Arc, dont le dallage de l’église porte encore les armes. 26

Les villes organisent leur défense

Le Conseil de ville rémois est né de la guerre franco-anglaise. Après la défaite de Crécy en 1346 et surtout après celle de Poitiers en 1356, à la nouvelle de la capture du roi Jean II le Bon, la consternation est générale sur toute la France. Toutes les bonnes villes du royaume prises d’effroi, s’attèlent à leur propre défense. Pour assurer leur protection, elles se dotent d’une institution. À Troyes, les habitants ont en 1358 un gouvernement municipal unifié. Le 9 septembre 1358, une lettre du régent du royaume confirme cet acte et reconnaît les administrateurs élus du peuple :

« … lesdits habitans […] aient entre eulz, du commun consentement de tous les habitans […] esleu six bonnes et convenables personnes pour prendre garde des ouvrages et nécessitez, seurté et tuition de la ville… » 27
Reims. 51
Reims. 51 . Porte de Mars. 3èmesiècle. Photo : 02/01/1999.

Gilbert de Domme sénéchal de Périgord

Gilbert de Domme, seigneur du château de Domme-Vieille, et de Vitrac, est capitaine du chastel royal du mont de Domme. Il devient sénéchal de Périgord pour le roi de France. Une dispute avec les consuls de Sarlat va l’amener à participer à un complot contre la ville ce qui lui a valu d’être révoqué de sa charge de sénéchal le 7 juillet 1360. 28

Mort d’Isabelle de France. Fille de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre, épouse Edouard II d’Angleterre en 1308. Jeanne 1ère est sœur des trois princes qui deviennent rois de France à la suite de leur père (Louis, Philippe et Charles). Reine d’Angleterre, née en 1292/1295 à Paris, et morte emprisonnée le 22 août 1358.

Jean de La Grange abbé de Fécamp

Il est né vers 1325 et mort le 25 avril 1402, c’est un prélat et un homme politique français, actif sous les règne des rois Charles V et Charles VI. Tout d’abord moine bénédictin, il est successivement prieur d’Élancourt, puis de Gigny et enfin procureur de l’ordre clunisien. Il devient abbé de Fécamp en 1358. Il rejoint le Conseil du roi Charles V après avoir été dans l’entourage de Charles le Mauvais, en 1358. 29

Richard Lescot redécouvre la loi salique

Un moine, l’historiographe chroniqueur Richard Lescot, redécouvre la loi salique : elle est utilisée a posteriori pour justifier la légitimité des Valois.

La mort de Salaün Ar Foll

Salaün Ar Foll est né en 1310 près de Lesneven dans le Finistère. C’est un saint breton. Salaün Ar Foll est considéré comme simple d’esprit par ses contemporains, mendiant son pain de ferme en ferme en répétant inlassablement "Ave Maria, itroun guerhès Maria (Oh ! madame Vierge Marie !)".

Il vit dans une clairière de la forêt près de Lesneven. Il est appelé "Le fou du bois" (Fol ar c’hoad), car selon la légende, il habite dans le creux d’un arbre, dans la forêt. Il passe toutes ses journées à mendier, après avoir assisté à la messe du matin. Salaün Ar Fol meurt dans l’indifférence en 1358.

Peu après, on découvre sur sa tombe un lys sur lequel est écrit en lettres d’or : « AVE MARIA ». En ouvrant sa tombe, on constate que le lys prend racine dans sa bouche. Le miracle attire rapidement les foules.

On bâtit une chapelle Basilique Notre-Dame du Folgoët au lieu désormais appelé Le Folgoët, qui sera érigée en collégiale par le duc Jean V en 1423. 30 Cette chapelle aurait été construite entre 1358 et 1360. 31

Le Folgoët. 29
Le Folgoët. 29. Basilique Notre-Dame. Photo : 20/08/2005.

Geoffroy de Kermoysan évêque de Cornouaille

Geoffroy de Kermoysan est né à Pommerit-Le-Vicomte en 1310. Il était entré dans l’ordre savant de Saint Benoît et devint abbé de la Couture (abbaye fondée fin VIe siècle au Mans par Saint Bernard), puis fut nommé évêque de Cornouaille (Quimper) en 1358 et de Dol (12 août 1369).

Il est présent sur un acte d’Avignon, de 1372, traitant de la fondation de la chapellenie du château de Pont-l’Abbé, en tant qu’évêque de Quimper, et il assiste en 1375 au Parlement tenu à Paris pour fixer la majorité des rois à 14 ans. Il meurt en 1380.