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1358. Bertrand du Guesclin a 38 ans

Le premier traité de Londres. Émeute à Paris. Meurtre des maréchaux. Les Jacques. Charles devient Régent. Bertrand du Guesclin détroussé dans le Bois de Boulogne.

Janvier. Le premier Traité de Londres

Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec le Navarrais à sa tête, Jean II le Bon décide de précipiter les négociations quitte à céder beaucoup de terrain à Édouard III. Les négociations doivent avoir lieu de roi à roi : il est donc transféré de Bordeaux à Londres.

Le premier Traité de Londres est signé par Édouard III d’Angleterre et Jean II de France. Il concerne la libération du roi de France.

Les conditions d’incarcération de Jean II sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et d’autres venus de leur plein gré), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’Hôtel de Savoie. Il accepte le premier traité de Londres qui prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une rançon de 4 millions d’écus sans renonciation à la couronne de France. 1

Édouard III obtient : les anciennes possessions d’Aquitaine des Plantagenêts : la Guyenne (qui a été confisquée par Philippe VI en début de conflit), la Saintonge, le Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre.

La nouvelle de ce traité provoque un tollé et fait sombrer le royaume de France dans la guerre civile.

Jean II le Bon signe deux traités à Londres en 1358 et 1359. 2

13 janvier 1358. Les États s’assemblent de nouveau

Mais presque aucun noble et très peu de gens d’église s’y rendirent. Les députés se quittèrent sans avoir pu se mettre d’accord sur les moyens à trouver des subsides.

23 janvier. Le dauphin prescrit une ordonnance

Elle l’autorise à dévaluer la monnaie. Étienne Marcel, constatant l’échec de l’instauration d’une monarchie contrôlée par voie législative, va essayer de la faire proclamer par la force. Il ne remet pas en cause la nécessité d’avoir un souverain, mais il doit composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscillera entre la faiblesse supposée du dauphin et la cupidité de Charles le Mauvais. 3

27 janvier. L’abbé Nicolas Le Vitrier capitaine du Mont-Saint-Michel

Charles, alors seulement duc de Normandie, voulant récompenser la valeur avec laquelle cet abbé défendait ce point important dans un pays ravagé par l’ennemi, l’en nomma capitaine par lettres du 27 janvier 1358, ratifiées le 25 décembre suivant. D’autres lettres, qu’il obtint plus tard des rois de France, assujettirent les habitants des paroisses de Huisnes, de Beauvoir, d’Ardevon et des Pas, à venir faire le guet sur le Mont-Saint-Michel, et affranchirent, en conséquence, ces populations de la réquisition des capitaines de Pontorson, de Beuvron et autres lieux. 4

Charles de Navarre est libéré

Janvier. Étienne Marcel et Robert Le Coq organisent donc la libération de Charles de Navarre qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé. 5 Cependant pour se dédouaner face au Dauphin, on donne à cette libération l’apparence d’un coup de main de fidèles Navarrais. Charles de Navarre libéré est en mesure de prendre le pouvoir : héritier direct de la couronne par les femmes, il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l’ennemi anglais et plus légitime que le chétif Dauphin. 6

Robert Knolles au service de Charles II de Navarre

Après la bataille de Poitiers, Knolles met ses hommes, environ 1 000 Anglo-Gascons, au service de Charles II de Navarre lors de la tentative de prise du pouvoir de ce dernier en 1358. Il s’empare de Châteauneuf-Val-de-Bargis et ravage la vallée de la Loire. Puis suivant le chemin du sel entre Loire et Yonne, il investit Malicorne à la fin de 1358 d’où même les 2 000 hommes d’Arnaud de Cervole ne peuvent le déloger. 7

18 février. Le Bâtard de Mareuil incendie Pontorson

21 février. La nouvelle ordonnance n’arrange rien

Les États se réunissent une dernière fois. Les revendications de l’ordonnance de 1357 sont réitérées. Mais de nouvelles injonctions sont ajoutées. 8

Etienne Marcel déclenche une émeute

22 février. Étienne Marcel, le Prévôt des marchands de Paris déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en armes et prend le pouvoir par la force à Paris.

Il essaye de propager le mouvement aux villes de provinces et s’allie aux Jacques. Mais le Dauphin retourne la situation : il laisse Charles le Mauvais écraser les Jacques et rallie la noblesse outrée par l’assassinat des maréchaux lors de la prise de pouvoir par Étienne Marcel.

Paris, cernée par les armées du Dauphin se désolidarise du Prévôt des marchands car il vient de renouer alliance avec Charles de Navarre et ses mercenaires anglais qui viennent de mener une violente répression contre leurs alliés les Jacques.

Du Guesclin. Paris. 75
Du Guesclin. Paris. 75
Muraille d’époque Charles V sous le Louvre. Photo : 20/10/2009.

Étienne Marcel est assassiné et Charles le mauvais discrédité : le Dauphin reprend le pouvoir. Le traité de Londres refusé dans la violence n’est pas mis en application. 9

14 janvier. Les États doivent trancher la question dynastique

La couronne des Valois est menacée. Charles de Navarre exploite le mois d’attente pour faire campagne.

Le 11 janvier, à Rouen, il organise une cérémonie expiatoire réhabilitant les seigneurs normands décapités lors de son arrestation, ce qu’il fait en grande pompe pour séduire la noblesse et la bourgeoisie normandes. D’autre part, craignant le retour de Jean le Bon, il monte une armée en Normandie.

Du Guesclin. Rouen. 76
Du Guesclin. Rouen. 76
La cathédrale. Photo : 08/04/2017.

Le Dauphin, de son côté organise la défense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les maréchaux de Normandie, de Champagne et de Bourgogne se rendent à sa cour.

Il fait monter sur Paris une armée de 2 000 hommes venus du Dauphiné sous prétexte de protéger Paris des exactions des Compagnies. Cela met aussi sous pression la ville. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens aux Halles, expliquant pourquoi il lève une armée et demandant aux États pourquoi la défense du pays n’est pas assurée malgré l’argent prélevé lors des levées d’impôts : c’est un succès et Étienne Marcel doit organiser d’autre réunions noyautées par ses partisans pour le mettre en difficulté.

Le 14 janvier, les États n’arrivent pas à s’entendre sur la question dynastique, ni sur la levée d’un nouvel impôt et, pour renflouer les caisses de l’État, on décide d’une nouvelle mutation monétaire. Les esprits s’échauffent contre les États, pour le plus grand bénéfice du Dauphin. 10

Au final, l’exécution de l’ordonnance de 1357 est vite bloquée. La commission d’épuration est désignée mais ne fonctionne que cinq mois. Les collecteurs d’impôts nommés par les États rencontrent l’hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les six députés entrés au Conseil de tutelle sont en minorité et les États généraux manquent d’expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du Dauphin qui, en acquérant du savoir-faire, retrouve l’appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l’époque, découragent les députés de province et les États sont de moins en moins représentatifs.

Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, désavoue le Dauphin et, depuis sa prison, interdit l’application de l’ordonnance de 1357.

Étienne Marcel, constatant l’échec de l’instauration d’une monarchie contrôlée par voie législative, essaie de la faire proclamer par la force. Il est à noter qu’il ne remet pas en cause la nécessité d’avoir un souverain, mais il doit composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposée du Dauphin et la cupidité de Charles de Navarre.

22 février. Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en armes. Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régent.

Meurtre des maréchaux. Le maréchal de Champagne, Jean de Conflans, et le maréchal de Normandie, Robert de Clermont, dont les armées stationnent devant Paris, sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée.

Assassinat des maréchaux
Assassinat des maréchaux
Étienne Marcel coiffe le Dauphin Charles du chaperon bleu et rouge des émeutiers. Grandes Chroniques de France. XIVe siècle. Paris, BNF.

Ils sont égorgés sous ses yeux dans la galerie du Palais royal (La Conciergerie et l’actuel palais de Justice).

Étienne Marcel l’oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui-même revêt le chapeau du Dauphin et demande à renouveler l’ordonnance de 1357.

Étienne Marcel épargne l’héritier car il le sous-estime et pense pouvoir le contrôler aisément : c’est une lourde erreur. Fort de l’ascendant qu’il estime avoir sur le Dauphin qu’il va faire nommer régent, il pense pouvoir se passer de Charles de Navarre, qu’il pousse à quitter Paris.

Étienne Marcel se dirige ensuite vers la place de Grève où il remercie la foule et l’encourage à éliminer « les traîtres du royaume ». Il écrit aux villes de provinces pour justifier son geste, mais seules Amiens et Arras donnent des signes de soutien. Il force ensuite le dauphin qui, tant qu’il est à Paris, reste sous la pression éventuelle de la rue, à ratifier le meurtre de ses conseillers.

Le Dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel : son conseil est épuré (quatre bourgeois y rentrent), le gouvernement et les finances sont aux mains des États, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes.

14 mars. Charles devient Régent

Malgré cette situation le Grand Conseil avec des prélats, des barons et des bourgeois délibère. Charles devient officiellement Régent de France et se substitue désormais à son père Jean II à la tête du royaume. Charles perd ce titre lors du retour de captivité de son père. 11

17 mars. Le Régent tient l’est de Paris

Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et, en particulier, valider son contenu fiscal, il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier Champenois et Bourguignons scandalisés par l’assassinat des maréchaux).

La noblesse doit se réunir à Senlis  : c’est l’occasion qu’attendait le Dauphin pour quitter Paris (ce qu’il fait le 17 mars). Étienne Marcel, pensant le contrôler, lui adjoint dix bourgeois pour le représenter et surveiller le Dauphin.

9 avril. Provins. Le Dauphin participe aux États de Champagne, qui ont lieu le 9 avril à Provins. 12Là, il est soutenu par la noblesse de l’est du royaume et les délégués parisiens sont mis en difficulté.

12 avril. Le Dauphin s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux 13

Du Guesclin. Provins. 77
Du Guesclin. Provins. 77
Les remparts. Photo : 20/01/2008.

L’accès de Paris par l’est est bloqué. Au sud et à l’ouest, les Compagnies écument le pays. Il ne reste que la voie du nord qui préserve l’accès de Paris aux villes des Flandres. Les accès fluviaux ayant été bloqués, Étienne Marcel doit réagir pour empêcher l’asphyxie économique de la capitale.

Le 18 avril, Étienne Marcel envoie son défi au Dauphin. La ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblai constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des États.

Avril. Le dauphin Charles, qui gardait dans Amiens des partisans, se rendit à Corbie et demanda à s’entretenir avec le maïeur et les échevins d’Amiens. En avril 1358, le maïeur et les notables d’Amiens refusèrent de se rendre à Corbie. On voulut bien recevoir le dauphin à Amiens mais sans escorte, ce qui ne pouvait se faire. Il fallait donc, sans attendre, que les Navarrais passassent à l’action, s’il voulaient rétablir leur position. Jean de Picquigny, réfugié dans son château de La Hérelle, au sud-est de Breteuil-sur-Noye, décida de s’introduire dans Amiens pour y libérer son épouse emprisonnée par les hommes du dauphin. 14

4 mai. Le Dauphin réunit alors les États généraux à Compiègne. Ceux-ci décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les États et un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359). Ils abandonnent par contre la volonté de contrôler le Conseil du Dauphin. 15

1er mai : décès de Jean de Parthenay, gouverneur de Saintonge

Jean Ier Le Meingre et Guillaume VII de Parthenay

22 mai. Par lettres données à Meaux, le Dauphin Charles, nomme le maréchal de France Jean Ier Le Meingre, dit Boucicaut, lieutenant-général du Poitou, de Touraine, de Saintonge conjointement avec Guillaume VII, sire de Parthenay. 16

Guillaume VII de Parthenay

Dès 1351, il se trouve temporairement à la tête de la baronnie de Parthenay à cause de la captivité de son père.

Il hérite en 1358, et devient rapidement un baron influent du Poitou. Bélisaire Ledain dira de lui qu’il était l’homme le plus distingué de sa race depuis Josselin II. Dès son arrivée à la tête de la baronnie, le dauphin Charles régent du royaume, nomme Guillaume son lieutenant général en Poitou, Touraine et Saintonge.

Le traité de Brétigny place le Poitou sous la coupe du roi d’Angleterre. Dès lors, hommage oblige, le seigneur de Parthenay sert avec dévouement le prince noir. Il prend bientôt part à l’expédition d’Espagne, pour remettre Pierre le Cruel sur le trône de Castille.

Après la mort de Jean Chandos, il fait partit des poitevins qui sont nommés gouverneurs du Poitou. A l’issue du siège de Thouars par Duguesclin en 1372, il rend hommage au roi de France, puis participe à l’éradication anglaise en Poitou et en Saintonge. Il est ensuite nommé lieutenant du roi et se voit confier la garde de certaines places fortes. En 1384, le roi de France le charge de maintenir la paix en Poitou.

Il décède le 17 mai 1401, et est inhumé dans l’église collégiale Sainte-Croix, où son gisant et celui de son épouse Jeanne de Mathefelon sont visibles. Il avait épousé cette dernière en 1347 dont il eut Marie, Jeanne et Jean. Amoureux de la poésie, il commandera à son chapelain Coudrette, un ouvrage dont le titre est : " Le roman de Mélusine ou histoire des Lusignan ". 17

Guillaume Carle occupe le nord et l’est de Paris

28 mai. Les paysans de Saint-Leu-d’Esserent, près de Creil, dans l’Oise, excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellent. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du Dauphin. 18

Une révolte éclate avec le meurtre de neuf gentilshommes à Saint-Leu. Menée par Guillaume Carle (connu aussi sous le nom de Jacques Bonhomme) elle s’étend dans une grande partie de l’actuelle Île-de-France, en Champagne, dans l’Amiénois et dans une partie de la Normandie et sera connue sous le nom de « Grande Jacquerie ». 19

Les Jacques prennent le château de Moreuil

Bernard VI de Moreuil, maréchal de France puis « Grand Queux » du roi Philippe VI, après la bataille de Crécy en 1346, assura la défense de Boulogne-sur-Mer. En 1358, les Jacques prirent le château et le pillèrent. 20

Le bourg de Crécy fut brûlé pendant la Grande Jacquerie. 21

Venette est brûlée par les Navarrais. Jean de Venette est né à Venette vers 1307 et mort après 1368, c’est un chroniqueur. Ses Chroniques latines, couvrent les années 1340 à 1368. 22

Début de la Grande Jacquerie dans le Beauvaisis et dans la Brie.

5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, plus connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. 23 Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le Dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres

L’alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s’emparent du château d’Ermenonville.

Juin. Le Grand Ferré

Il se distingue lors de la jacquerie du Beauvaisis et dans la lutte contre les Anglais en 1358 comme défenseur du château de Longueil-Sainte-Marie. 24

Émile Coët indiquait en 1883 : le château fut, en 1358, le théâtre de faits militaires, à l’époque où les Anglais et les Navarrais, retranchés dans le fort de Creil, ravageaient les environs. 25

Etienne Marcel attaque Meaux

Le 9 juin, les hommes du Prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly. Ces derniers revenaient d’une croisade contre les idolâtres de Prusse, ils avaient appris à Châlons le péril des belles dames enfermées dans l’île de Meaux, et ils étaient accourus suivis d’une troupe de chevaliers. 26

Du Guesclin. Meaux. 77
Du Guesclin. Meaux. 77
La cathédrale Saint-Étienne. Photo : 23/01/2014.

Après avoir saccagé et brûlé plus de soixante forteresses et bonnes maisons, ils vinrent devant Meaux, où s’étaient réfugiées les duchesses d’Orléans et de Normandie avec plus de trois cents nobles dames et demoiselles.

Quand la troupe se présente devant les portes de Meaux, les nobles se cachent. Les habitants de Meaux ouvrent alors les portes de la ville aux émeutiers et le maire, Jean Soulas, les guida lui-même à la cachette des nobles. En punition, la ville fut livrée aux flammes pendant quinze jours tandis que son maire fut pendu. 27

Matthieu de Roye, dit Le Flamand († 1380), grand maître des arbalétriers de France de 1346 à 1349, est capitaine de Compiègne et des forts de Choisy. 28

Henri de Joinville réprime la Jacquerie en Champagne

Il hérite de la terre de Joinville à la mort de son père en 1343 et du comté de Vaudémont à la mort de son grand-père maternel. En 1348 il était aussi l’héritier de la charge de sénéchal de Champagne, de 1342 à 1365. Il se battit souvent contre les Anglais et notamment à la bataille de Poitiers (1356) où il fut fait prisonnier. Libéré contre rançon, il est chargé en 1358 de réprimer une Jacquerie en Champagne, puis combat les grandes compagnies. 29

Juin. Les Rémois entrent dans l’illégalité

Pour Pierre Varin, une nouvelle période de leur histoire s’est ouverte puisqu’un second corps, le conseil de ville, est apparu à côté de l’échevinage. Pour Pierre Desportes « … la crise de 1358 a seulement consolidé des éléments apparus antérieurement. […] L’innovation […] réside dans cette émergence progressive à partir de 1346 d’un organisme commun à toute la ville chargé de régler les problèmes de défense. En 1358, l’archevêque principal seigneur de Reims a perdu définitivement tout contrôle sur ce corps naissant ».

En juin 1358, les Rémois sont entrés dans l’illégalité en portant à leur tête six notables qui ont prétendu gouverner la ville.

Le 9 septembre 1358, une lettre du régent du royaume confirme cet acte et reconnaît les administrateurs élus du peuple :

« … lesdits habitans […] aient entre eulz, du commun consentement de tous les habitans […] esleu six bonnes et convenables personnes pour prendre garde des ouvrages et nécessitez, seurté et tuition de la ville… ».

Il leur permettait de forcer tous les habitants de quelques conditions qu’ils fussent à payer des taxes imposées. Surtout, il les autorisait à changer un ou plusieurs de leurs membres s’il venait à ne plus pouvoir assumer sa fonction. Cet acte érigeait le conseil de ville en institution permanente et urbaine. Il est certain que le régent s’appuya sur les villes, en particulier Reims car la guerre ayant obligé les ruraux à se réfugier dans les villes, ces dernières possédaient « le commerce et toutes les richesses ».

La guerre a permis la pérennité du conseil de ville en le rendant indispensable, d’où sa présence encore à notre époque. Les prérogatives du conseil de ville concernaient à ses débuts uniquement la défense. À cette date le processus de formation du conseil est loin d’être arrivé à son terme et c’est durant la guerre de Cent Ans que les institutions urbaines connaissent un nouveau progrès : elles s’imposent. 30

Melun prise par Charles de Navarre

À la mort du roi Philippe VI, sa veuve Blanche de Navarre, vient se fixer dans la ville comme douairière du comté de Melun. Sous le règne de Jean le Bon, la ville fut de nouveau accablée d’impôts que les Melunais refusèrent de payer.

Ils réclamèrent des fortifications plus sûres et obtinrent satisfaction et restèrent fidèles au roi de France et au régent Charles. La ville fut prise, en 1358, par Charles le Mauvais grâce à la complicité de sa sœur Blanche de Navarre.

Le roi de Navarre fait alors de la ville son quartier général contre le régent. Toutefois certains quartiers ne sont pas pris par les Navarrais tel le quartier Saint-Aspais. Les troupes de Charles le Mauvais enfermées dans l’île Saint-Étienne s’opposaient au passage des denrées devant approvisionner Paris, ou bien soumettaient les marchandises à des droits et taxes exorbitants.

Du Guesclin. Melun. 77
Du Guesclin. Melun. 77
Le château était en arrière-plan, à droite. Photo : 26/10/2016.

Le Dauphin Charles fit alors monter des troupes sur des bateaux pour protéger le passage des marchands. Les débris d’armes, datant de cette époque, trouvés dans le fleuve vis-à-vis du château laissent à penser que des luttes assez vives devaient se produire à chaque passage. 31

Blanche de Navarre ou Blanche d’Évreux

Elle est devenue brièvement reine de France en 1350 par son mariage avec le roi Philippe VI de Valois. Mais leur union fut de courte durée puisque le roi mourut un an après son mariage, le 22 août 1350. Enceinte au moment du décès de son époux, Blanche accoucha d’une fille posthume, Jeanne, en mai 1351. Une fois veuve, Blanche se retire à Neaufles-Saint-Martin près de Gisors. Elle joue un rôle politique en tentant de rapprocher son frère, Charles le Mauvais, du roi de France. 32

Charles II de Navarre s’empare de Guillaume Carle

9 ou 10 juin. Le massacre de Mello. Le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis. Les chevaliers, conduits par Charles le Mauvais, écrasent l’armée de paysans, mal équipée et mal commandée, de la Jacquerie, à la bataille de Mello près de Clermont-en-Beauvaisis, tuant environ 7 000 paysans et matant la révolte. Guillaume Carle est tué. Des représailles féroces sont exercées sur la paysannerie dans la période qui suit : selon certaines sources, près de 20 000 insurgés sont exécutés en deux semaines. 33

Clermont joue un rôle important pendant la Jacquerie La dernière rencontre entre les jacques et les seigneurs eut lieu entre Nointel et Catenoy, au lieu-dit le Champ de Bataille - d’après Froissart - Guillaume Cale aurait eu la tête tranchée sur la grand-place de Clermont ; trois bourgeois, Pierre le Cirier, Jean Alliaume et Henri du Breuil reçurent des lettres de rémission pour avoir pillé pendant cette période le château d’Ermenonville. En 1359, le captal de Buch s’empare de Clermont. 34

Écarté du pouvoir par Étienne Marcel, qui a trop vite cru contrôler le régent après l’assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au Prévôt de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d’en devenir le chef. D’autre part, les marchands pourraient voir d’un bon œil que l’on sécurise les axes commerciaux.

Charles II de Navarre prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare, par ruse, de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s’ensuit est très dure : quiconque est convaincu d’avoir été de la compagnie des Jacques est pendu sans jugement.

Charles de Navarre fait exécuter 4 boucs émissaires dans chaque village, dont les maisons sont incendiées. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le Dauphin a su garder les mains propres. 35

Le Dauphin Charles assiège Paris

14 juin. Charles de Navarre, qui a ramené l’ordre, rentre à Paris et s’y pose en chef. Mais une grande partie de la noblesse qui était à ses côtés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche : elle est trop scandalisée par l’assassinat des maréchaux pour s’allier aux Parisiens et reste derrière le régent qui a su gagner sa confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel ».

Du Guesclin. Saint-Denis. 93
Du Guesclin. Saint-Denis. 93
La basilique. Photo : 25/10/2016.

L’objectif est de créer une grande ligue urbaine et d’opérer un changement dynastique en faveur du Navarrais. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et qui, avec le Dauphin, assiègent Paris à partir du 29 juin.

Le Dauphin est encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaire. Le Dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation se débloque. 36

13 juillet. Combat de Pont-des-Carrières. 37

Les Parisiens lâchent Etienne Marcel

Les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens.

21 juillet. A la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue, trente-quatre archers anglais sont massacrés. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon.

21 juillet. Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la populace place de grève pour calmer les esprits, mais les choses leur échappent et la foule leur demande de la débarrasser des Anglais. Pour amadouer les Parisiens (8 000 piétons et 1 600 cavaliers en arme), les trois hommes les mènent par groupes distincts aux mercenaires stationnés à Saint-Denis. Ces derniers, prévenus, taillent les Parisiens en pièces et 600 à 700 meurent dans ces affrontements.

Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la populace, les Parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frère Philippe qui doit arriver avec des renforts anglais.

Le bruit court que Philippe de Navarre arrive avec 10 000 Anglais et les Parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. Étienne Marcel doit leur ouvrir les portes. 38

22 juillet. Bataille du Bois de Boulogne, Bois-de-Saint-Cloud. 39

Pierre de La Forest, ou Petrus Foresta, conseiller de Charles

Jean II de France le nomma chancelier de France le 13 juillet 1349 jusqu’à sa destitution sur demande des États généraux le 3 mars 1356, et rétablit le 28 mai 1359 jusqu’à sa mort le 25 juin 1361. Il fut également un des conseillers du régent Charles.

Lors des émeutes conduites par Étienne Marcel, celui-ci voulut le départ du conseiller ainsi que celui de Simon de Buci qui avaient à charge de négocier la paix avec les Anglais, cette négociation représentait une gêne pour les émeutiers parisiens, mais le régent Charles n’en tint pas compte. 40

Le Dauphin entre triomphalement dans Paris

L’échevin Jean Maillard et Pépin des Essart convainquent les bourgeois de demander l’aide du régent.

31 juillet. A l’aube, Étienne Marcel est surpris, devant la Porte Saint-Antoine, alors qu’il s’assure des accès à la capitale et est mis à mort sur place. 41 Le dauphin n’y croyant plus était en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apporte la nouvelle.

Il entre triomphalement dans Paris le 2 août : il a les mains propres et a donné son pardon aux Parisiens. Il n’y a que très peu de répression, seuls quinze personnes sont exécutées pour trahison (Étienne Marcel compris).

Du Guesclin. Paris. 75
Du Guesclin. Paris. 75
Le Louvre. Photo : 09/12/2003.

L’héritier du trône veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés (par exemple, des mariages avec les veuves sont organisés qui permettent de concilier les intérêts des uns et des autres). 42

Charles de Navarre négocie avec le Dauphin Charles

Charles de Navarre, qui était stationné avec ses hommes à Saint Denis, échappe au revirement des Parisiens. Il reçoit les renforts anglais amenés par son frère. Mais les mercenaires n’ont pas été soldés et les deux princes ont du mal à les tenir.

3 août. Ils les laissent donc piller Saint-Denis. Navarrais et mercenaires se replient ensuite sur leurs possessions de la vallée de la Seine où les capitaines anglais s’installent, rançonnant les campagnes et le trafic fluvial. Les troupes anglo-navarraises tentent d’asphyxier Paris en s’emparant de Melun, qui contrôle la Seine en amont de la capitale, de Creil sur l’Oise et de la Ferté-sous-Jouarre sur la Marne.

Plus de 60 places en Île-de-France sont sous contrôle anglo-navarrais ou de mercenaires bretons qui rançonnent la population. Le Dauphin n’a pas les moyens de tous les déloger, mais il assiège Melun.

Charles le Mauvais s’empare de Nemours, Montereau, Lagny. Melun lui est livré par sa sœur, veuve de Philippe VI de Valois ; le régent Charles essaie, à plusieurs reprises, de prendre la place. Ce n’est qu’en 1364 qu’elle se rend à Bertrand du Guesclin, qui commençait alors à s’illustrer. 43

Du Guesclin. Nemours. 77
Du Guesclin. Nemours. 77
Forteresse bâtie au 12ème siècle sur la rive gauche du Loing. Photo : 29/04/2004.
Du Guesclin. Montereau. 77
Du Guesclin. Montereau. 77
Au confluent de l’Yonne et de la Seine. Photo : 27/10/2016.

19 août. Charles de Navarre s’en tire par un revirement  : il rencontre le Dauphin à Pontoise et annonce qu’il se retire. Cependant, ses troupes ne quittent pas les places fortes qu’elles contrôlent, continuant à rançonner le pays pour leur compte comme les autres compagnies qui mettent à cette époque le pays à feu et à sang.

Faute des ressources nécessaires, le conflit tourne à la guerre froide, le Dauphin essaie de neutraliser Charles de Navarre qui reste un dangereux prétendant à la couronne, ou qui à défaut pourrait instaurer une puissante principauté susceptible de s’allier aux Anglais. 44

22 août. Isabelle de France décède

Isabelle de France est née vers 1292-1295 à Paris. Fille de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre, elle épouse Edouard II en 1308, à Boulogne-sur-Mer, elle est reine d’Angleterre. C’est la sœur des trois princes, Louis, Philippe et Charles qui vont devenir rois de France à la suite de leur père. Emprisonnée, elle meurt le 22 août 1358 à Hertford. Elle a environ 63-66 ans.

À mesure qu’elle vieillit, Isabelle se tourne de plus en plus vers la religion, multipliant pèlerinages et visites pieuses. Elle n’en demeure pas moins une personnalité de la cour, recevant de constants visiteurs, parmi lesquels son cousin le duc de Lancastre Henri de Grosmont ou sa cousine la comtesse douairière de Pembroke Marie de Châtillon-Saint-Pol, ainsi que de nombreux prisonniers français capturés par le Prince Noir lors de la bataille de Poitiers en 1356, notamment le roi Jean II le Bon, fils et successeur de Philippe de Valois, le comte de la Marche Jacques de Bourbon ou le comte de Tancarville Jean II de Melun.

Isabelle continue à s’intéresser au cycle arthurien et à la joaillerie : en 1358, elle apparaît à la fête de la Saint-Georges revêtue d’une robe de soie et d’argent, enrichie de 300 rubis, de 1800 perles et d’un bandeau d’or. Il semble qu’elle ait également développé un intérêt pour l’astrologie et la géométrie vers sa fin, plusieurs présents qu’elle a reçus s’y rapportant directement. 45

Jean de Picquigny et la bataille d’Amiens

Au début du mois de septembre, le dauphin fit arrêter, à Amiens, l’épouse de Jean de Picquigny et celle du vicomte de Poix partisans de Charles le Mauvais. Ces seigneurs demandèrent la libération de leurs épouses, la population s’y opposa et demanda du secours aux Parisiens révoltés. 400 d’entre eux arrivèrent à Amiens et participèrent à la prise du château de Boves et du château de Picquigny. Le dauphin qui était à Compiègne, craignant les conséquences néfastes de cette affaire, vint à Corbie avec des gens d’armes et demanda aux maire et échevins d’Amiens de venir le rencontrer mais ces derniers refusèrent et lui firent savoir qu’il pouvait venir lui-même à Amiens, mais sans être accompagné de ses gens d’armes, ce qui ne pouvait se faire. 46

16 septembre. Jean de Picquigny pouvait compter sur trois puissants alliés, le maïeur d’Amiens, le capitaine de la ville et l’abbé du Gard. Au petit matin du 16 septembre 1358, avec les sires de Gauville, de Fricamp et de Béthisy, Jean de Picquigny pénétra dans le faubourg à l’extérieur de l’ancienne muraille du XIIe siècle, avec près de 800 hommes d’armes au cri de : « Navarre ! Navarre ! »

Les Amiénois fidèles au Dauphin purent prévenir le connétable Robert de Fiennes et le comte de Saint-Pol à Corbie. L’échec des assaillants évita qu’Amiens ne bascule, à nouveau, dans le camp de Charles le Mauvais, la ville resta fidèle au roi de France. 47

17 septembre. Le parti du roi de Navarre à Amiens est anéanti. Dix-sept notables furent décapités en place publique, dont le maïeur, Firmin de Coquerel, le capitaine de la ville, Jacques de Saint-Fuscien, l’abbé du Gard, et plusieurs échevins. Plusieurs autres notables furent bannis de la ville selon le chroniqueur Jean Froissart. 48

Du Guesclin. Joinville. 52
Du Guesclin. Joinville. 52
Photo : 11/05/2004.

Août. Le siège de Saint-Valery

Le port de Saint-Valery, à l’embouchure de la Somme était aux mains des partisans du roi de Navarre depuis 1356. Forts de leur succès à Amiens, Robert de Fiennes et Guy V de Châtillon-Saint-Pol mirent le siège devant Saint-Valery avec plus de 2 000 hommes d’armes venus de plusieurs villes de Picardie. Ils utilisèrent des pièces d’artillerie nous dit Froissart. La place tomba, le 29 avril 1359, après 8 mois de siège. 49

Septembre. Pour détourner les Amiénois du Navarrais, le Dauphin promit, dans la première quinzaine de septembre, aux habitants de la ville, l’oubli du passé. 50

Septembre. En juillet 1357, Arnaud de Cervol (dit l’Archiprêtre) sillonna les terres du Comtat avec 16 000 hommes. Ils prirent Pont Saint Esprit, mirent le siège devant Carpentras, détruisirent Loriol, Serres, Durban et Velorgues. En septembre 1358, le Pape acheta leur départ (contre 1 000 florins d’or). 51

Novembre. Inondations catastrophiques du Rhône.

Bertrand du Guesclin détroussé

En 1358, Bertrand Duguesclin revenant de Bretagne est détroussé dans le Bois de Boulogne (Paris) par des Anglais embusqués. 52 Que fait-il à Paris ? Est-il venu soutenir Pierre de Villiers, seigneur de L’Isle-Adam ? En 1359, il est à Melun. A t-il passé 1358 et 1359 dans la région parisienne, en Brie et Champagne ?

Notre-Dame de Boulogne. Une émotion toute particulière nous saisit lorsque l’on sait quels immenses personnages de l’histoire de France s’y sont arrêtés, Bertrand Du Guesclin, le "Chevalier sans peur et sans reproche" Bayard, mais aussi Jeanne d’Arc, dont le dallage de l’église porte encore les armes. 53

Les villes organisent leur défense

Le Conseil de ville rémois est né de la guerre franco-anglaise. Après la défaite de Crécy en 1346 et surtout après celle de Poitiers en 1356, à la nouvelle de la capture du roi Jean II le Bon, la consternation est générale sur toute la France. Toutes les bonnes villes du royaume prises d’effroi, s’attèlent à leur propre défense. Pour assurer leur protection, elles se dotent d’une institution. À Troyes, les habitants ont en 1358 un gouvernement municipal unifié. Le 9 septembre 1358, une lettre du régent du royaume confirme cet acte et reconnaît les administrateurs élus du peuple :

« … lesdits habitans […] aient entre eulz, du commun consentement de tous les habitans […] esleu six bonnes et convenables personnes pour prendre garde des ouvrages et nécessitez, seurté et tuition de la ville… » 54
Du Guesclin. Reims. 51
Du Guesclin. Reims. 51
Porte de Mars. 3èmesiècle. Photo : 02/01/1999.

Gilbert de Domme sénéchal de Périgord

Gilbert de Domme, seigneur du château de Domme-Vieille et de Vitrac, est capitaine du chastel royal du mont de Domme. Il devient sénéchal de Périgord pour le roi de France. Une dispute avec les consuls de Sarlat va l’amener à participer à un complot contre la ville ce qui lui a valu d’être révoqué de sa charge de sénéchal le 7 juillet 1360. 55

Jean de La Grange abbé de Fécamp

Il est né vers 1325 et mort le 25 avril 1402, c’est un prélat et un homme politique français, actif sous les règne des rois Charles V et Charles VI. Tout d’abord moine bénédictin, il est successivement prieur d’Élancourt, puis de Gigny et enfin procureur de l’ordre clunisien. Il devient abbé de Fécamp en 1358. Il rejoint le Conseil du roi Charles V après avoir été dans l’entourage de Charles le Mauvais, en 1358. 56

Richard Lescot redécouvre la loi salique

Un moine, l’historiographe chroniqueur Richard Lescot, redécouvre la loi salique : elle est utilisée a posteriori pour justifier la légitimité des Valois.

Naissance de Anne Dauphine d’Auvergne, comtesse de Forez

Elle épousera le 19 août 1371 Louis II de Bourbon. En 1372, son oncle maternel Jean II, comte de Forez, mourut sans enfants et elle hérita du comté. 57

Robert, sire de Houdetot, sénéchal d’Agenais, nommé en 1350, meurt en 1358. 58

Baudouin de Lens, sire d’Annequin, gouverneur de Lille et de Douai, nommé en 1358, meurt en 1364 à la bataille de Cocherel. 59

La mort de Salaün Ar Foll

Salaün Ar Foll est né en 1310 près de Lesneven dans le Finistère. C’est un saint breton. Salaün Ar Foll est considéré comme simple d’esprit par ses contemporains, mendiant son pain de ferme en ferme en répétant inlassablement "Ave Maria, itroun guerhès Maria (Oh ! madame Vierge Marie !)".

Il vit dans une clairière de la forêt près de Lesneven. Il est appelé "Le fou du bois" (Fol ar c’hoad), car selon la légende, il habite dans le creux d’un arbre, dans la forêt. Il passe toutes ses journées à mendier, après avoir assisté à la messe du matin. Salaün Ar Fol meurt dans l’indifférence en novembre 1358.

Peu après, on découvre sur sa tombe un lys sur lequel est écrit en lettres d’or : « AVE MARIA ». En ouvrant sa tombe, on constate que le lys prend racine dans sa bouche. Le miracle attire rapidement les foules.

On bâtit une chapelle Basilique Notre-Dame du Folgoët au lieu désormais appelé Le Folgoët, qui sera érigée en collégiale par le duc Jean V en 1423. 60 Cette chapelle aurait été construite entre 1358 et 1360. 61

Du Guesclin. Le Folgoët. 29
Du Guesclin. Le Folgoët. 29
Basilique Notre-Dame. Photo : 20/08/2005.

Geoffroy de Kermoysan évêque de Cornouaille

Quimper est assiégée par Jean de Montfort. Geoffroy rassemble les habitants pour délibérer et la résolution unanime est prise d’ouvrir les portes au vainqueur. À la suite de la prise de position de l’évêque de Quimper, en 1344 la ville est mise à sac par Charles de Blois.

Geoffroy de Kermoysan est né à Pommerit-Le-Vicomte en 1310. Il était entré dans l’ordre savant de Saint Benoît et devint abbé de la Couture (abbaye fondée fin VIe siècle au Mans par Saint Bernard), puis fut nommé évêque de Cornouaille (Quimper) en 1358 et de Dol (12 août 1369).

Du Guesclin. Pommerit-le-Vicomte. 22
Du Guesclin. Pommerit-le-Vicomte. 22
Propriété privée. Un beau cadre boisé. Photo : 08/07/2020.

Il est présent sur un acte d’Avignon, de 1372, traitant de la fondation de la chapellenie du château de Pont-l’Abbé, en tant qu’évêque de Quimper, et il assiste en 1375 au Parlement tenu à Paris pour fixer la majorité des rois à 14 ans. Il meurt en 1380. 62

Du Guesclin. Pommerit-le-Vicomte. 22
Du Guesclin. Pommerit-le-Vicomte. 22
Photo : 08/07/2020.

Le terme « gallo » est employé pour la première fois

Les premières traces écrites en gallo remontent au XIIe siècle : Le livre des Manières d’Étienne de Fougères est la publication la plus ancienne en langue romane de Bretagne.

Un texte des Chroniques de Saint-Denis écrit au XIIIe siècle mentionne des « Bretons bretonnants ». C’est le premier texte qui suppose l’existence de Bretons qui ne parlent pas la langue bretonne. Le terme « gallo » est employé pour la première fois en 1358, dans un acte du duc Jean IV destiné à son trésorier Georges Gicquel : « nostre general recepveur en Bretaigne gallou, salut. » L’appellation « Bretagne gallo » ou son homonyme « Haute-Bretagne » se rencontrent ensuite régulièrement dans les textes médiévaux. 63

Chroniques de l’Histoire en citations. 64

Anne-Marie Cazalis décrit en détail les relations croisées entre Etienne Marcel, Charles de Navarre et Charles duc de Normandie, les retournements d’alliance, les tergiversations, les mensonges, les accords, de la réunion des États le 17 octobre 1356 à la mort d’Etienne Marcel et l’entrée du duc Charles dans Paris le 2 août 1358.

La Jacquerie de Paris
La Jacquerie de Paris
Anne-Marie Cazalis. SPL. 1977.
La Jacquerie de Paris
La Jacquerie de Paris
Anne-Marie Cazalis. SPL. 1977.