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1364. Bertrand du Guesclin a 44 ans

Bertrand du Guesclin gagne la bataille de Cocherel. Mort de Jean II le Bon. Charles V roi de France. Auray : mort de Charles de Blois, Bertrand du Guesclin prisonnier. Fin de la guerre de Succession de Bretagne.

3 janvier. Jean II le Bon repart pour Londres

Il veut renégocier le traité de Brétigny pour lequel il a du mal à payer la rançon et la libération des otages. Son fils Louis, laissé en otage pour garantir les accords de Brétigny, s’est échappé. 1

Jean II le Bon laisse une situation désastreuse avec un pays ruiné et mis en coupe réglée par les compagnies, mais une bonne partie des décisions qui vont permettre au Dauphin-régent Charles de relever le royaume sont déjà prises. La monnaie est stabilisée, une administration plus efficace via la politique des apanages est mise en place, les impôts sont votés. Il laisse son fils aîné régler la situation, ce qu’il a déjà fait brillamment en 1358. 2

13 janvier - 25 mars. Un hiver très froid

Il gèle sur le Rhin, la Seine, à Rouen, et la Loire pendant trois mois, le Rhône et la Basse-Garonne. L’hiver 1363-1364 est particulièrement long, 19 semaines à Tournai, et rigoureux.

Les mois de janvier, février et mars furent extrêmement froids. Le Rhône fut pris par la glace et les charrettes pouvaient le traverser. Ces grandes gelées, qui détruisirent oliviers et vignes, compromirent toute récolte d’olives et de vin.

L’été fut marqué par un événement inattendu dans la région d’Arles et d’Avignon. Dès la fin juillet, le sirocco apporta une nuée de sauterelles en Provence et en Italie. Le nuage était si grand que le ciel en fut obscurci et que les insectes dévastèrent les céréales et les vignes. 3

17 janvier. Décès d’Hélie de Talleyrand-Périgord, cardinal français

Bertrand du Guesclin prend le château de Molay-Littry

Le 23 juillet 1346, le château subit l’assaut d’un corps de l’armée anglaise du roi Édouard III débarqué à Saint-Vaast. Geoffroy d’Harcourt veut s’emparer de Jeanne.

La place est reprise aux Anglo-navarrais peu avant le 12 mars 1364, par les troupes de Bertrand du Guesclin. 4

18 mars. Nicolas Oresme à Rouen

Il est nommé au poste de doyen de la cathédrale de Rouen. Il est probable que le Dauphin Charles a influencé par ses suggestions les décisions de son père Jean II touchant aux fréquents changements de postes de Nicolas Oresme. 5

Rouen. 76
Rouen. 76. La cathédrale. Photo : 08:04/2017.

Charles de Navarre est toujours très actif

Comme le Dauphin Charles continue à assurer la régence, Charles de Navarre croit alors en son étoile. Il se lance dans des tractations diplomatiques qui laissent clairement entrevoir ses intentions.

Il rencontre Édouard de Woodstock, le Prince noir, à Bordeaux. Il négocie la paix avec Pierre IV d’Aragon, lui promettant des terres appartenant au roi de France : le bas-Languedoc, les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne (mais son frère Louis lutte avec les Castillans, ce qui ralentit les négociations qui ne sont finalisées qu’en août 1364).

Pour prendre à revers le duché de Bourgogne, il recrute des troupes parmi les compagnies. Il fait même broder sa bannière aux armes de France et de Navarre.

Ces manœuvres ne passent pas inaperçues. Les Valois ne sont pas dupes et prennent les devants. Le Dauphin Charles, averti par son père avant son départ pour Londres, décrète la confiscation des biens que le Navarrais possède en Normandie.

Il confie à Bertrand du Guesclin la mission de rendre la sentence exécutoire. C’est chose faite en moins d’une semaine. Mantes, Meulan et plusieurs autres places sur la Seine sont investies. 6

Bertrand du Guesclin est capitaine général pour les pays entre Seine et Loire et chambellan de France.

7 avril. Bertrand du Guesclin prend Mantes

La ville, alors possession de Charles II, roi de Navarre, est prise par les troupes du maréchal de France Boucicault qui arrive par Saint-Germain-en-Laye, et de Bertrand du Guesclin. Jean de Chalon, comte d’Auxerre et les seigneurs d’Ivry et de Blaru sont présents. Le Dauphin Charles fait alors exécuter un grand nombre de travaux aux fortifications.

Mantes. 78
Mantes. 78. Photo : 24/01/2014.

9 avril. Bertrand du Guesclin assiège Rolleboise

En octobre 1363, le chef de compagnies John Jouel qui s’était mis au service d’Édouard III d’Angleterre, fait la guerre, en Normandie, dans le Chartrain et arrive devant la forteresse de Rolleboise qu’il prend.

Le Dauphin Charles, créé alors une flottille pour escorter les bâtiments marchands sur la Seine et les protéger contre les attaques de Jean Jouel. En novembre 1363, un débarquement eut lieu finalisé par une attaque, sans succès, contre le donjon. À la suite de cet échec, la flottille se contenta d’un rôle d’escorte jusqu’à l’hiver rigoureux de 1363-1364.

La Seine fortement gelée immobilisa les bateaux, permettant aux compagnons de Jean Jouel de traverser le fleuve à cheval et d’aller semer la terreur dans le Vexin.

John Jouel ne resta pas à Rolleboise et laissa le commandement à l’un de ses lieutenant, un dénommé Wauter Straël.

Le Dauphin Charles fit venir de Bretagne Bertrand du Guesclin en lui disant

« Allez-vous en chevaucher en Normandie et tachez que nous soyons bien seigneur de la rivière Seine ».

Bertrand du Guesclin, accompagné de son cousin Olivier de Mauny, investit la forteresse. L’armée française est pourvue d’engins de siège, transportés par le maitre d’artillerie Jean du Lyon, afin d’abattre le donjon. Les documents indiquent que les forces se montent à 10 000 rouennais (chiffre qui parait toutefois exagéré) sous le ordres d’un capitaine nommé Le Lièvre. Le trouvère Cuvelier écrit lui-même :« 

De Roen la cité issi moult bonne gent
Et furent bien selon mon escient
par devant Roleboise vindrent souffisamment
en basteaux dessur l’eau fir lor logement ».

Le siège de Rolleboise a lieu en deux temps qui s’étalent sur les mois de mars et d’avril, et oppose des compagnies de mercenaires sous les ordres de Wauter Straël, ou Wautaire Austrade, qui tiennent le château, aux troupes de Bertrand du Guesclin.

Wauter Straël, écuyer flamand originaire de Bruxelles, qui fait la guerre pour son propre compte, met au pillage aussi bien les possessions du roi de Navarre que celles du roi de France. Le commerce tant par terre que par le fleuve est interrompu. Plus personne n’ose aller de Paris à Mantes ou de Mantes à Rouen ou Pontoise à cause de la garnison de Rolleboise.

Une première version indique que Rolleboise est rachetée à Wauter Straël, le 13 avril 1365. Une seconde version indique que Rolleboise est prise entre la reddition de Mantes et le siège de Meulan soit entre le 7 et le 11 avril 1364. 7

D’après Paul Hay, Wautaire Austrade et les siens furent tous mis au fil de l’épée et Du Guesclin passa la nuit dans le château.

Pour Paul Paul Aubert  : un message du Dauphin ordonnait à Duguesclin d’interrompre le siège de Rolleboise et de se saisir dans les plus brefs délais des places du roi de Navarre sur la Seine, comportant les forts de Rosny et de Vétheuil ainsi que les villes de Mantes et de Meulan.

Après les prises de Mantes, de Meulan et la victoire de Cocherel, le siège de Rolleboise n’est repris qu’en 1365.

Gauthier (Wauter) Straël, finit toutefois par traiter vers Pâques 1365 (13 avril 1365) moyennant une somme d’or considérable et évacue la forteresse.

La lettre du Dauphin Charles en date du 30 avril 1365 indique :

« Comme par certain traité et accord fait avec les gens qui tiennent et ont tenu et occupé le fort de Rolleboise contre nous, ledit fort doit être rendu et mis entre nos mains, et, pour les périls eschever (éviter) et obvier aux maux et inconvénients qui d’icelui fort pourrait ensuivre au temps à venir ayons voulu et ordonné, par délibération de notre conseil et pour certaines causes, ledit fort être arasé et abattu et mis en tel état que par icelui aucun dommage ne puisse être porté à nous ni au pays et que aucuns ennemis d’ores en avant ne s’y puissent loger ou retraire, et pour ce faire ayons commis et établi notre bien-aimé Jacques Le Lieur capitaine de notre ville de Rouen, lequel aura et tiendra en sa compagnie vingt combattants pour la garde et sureté de lui et de ceux qui ledit fort abattront et araseront.... ».

Louis, duc d’Anjou, Jean III de Chalon, comte d’Auxerre, Antoine, sire de Beaujeu, sont à Rolleboise.

La démolition fut effectuée par les gens du pays et les bourgeois de Mantes furent requis d’y coopérer. 8

11 avril. Bertrand du Guesclin prend Meulan

Après avoir pris Mantes le 7 avril 1364, une troupe de bretons commandée par Bertrand du Guesclin, chevauche en toute hâte vers Meulan où ils se disent envoyés par Guillaume de Gauville, capitaine d’Évreux pour le roi de Navarre, Charles le Mauvais.

On les croit sur parole, on leur ouvre les portes et Meulan subit le même sort que Mantes. Les maisons sont livrées au pillage et une partie de la population est massacrée. Une autre version indique qu’après la prise de Mantes, les troupes de Du Guesclin prirent Rolleboise avant de se diriger avec les machines de guerre pour assiéger Meulan. Après avoir positionné son armée, Du Guesclin lance l’assaut et parvient à prendre la ville, les défenseurs se réfugiant dans une tour.

Meulan. 78
Meulan. 78. Le pont aux Perches donnant accès à l’île du Fort. Photo : 24/10/2016.

Après avoir demandé au gouverneur, par 2 fois, de se rendre les Français minent la tour obligeant les assiégés à se rendre. Peu de jours après, les troupes de Bertrand du Guesclin prennent les places fortes de Vernon, Vétheuil et de Rosny permettant au roi de France d’assurer la circulation et les échanges de marchandises par voie terrestre et fluviale entre Rouen et Paris. 9

8 avril. Le roi Jean II le Bon meurt à Londres, il est inhumé à Saint-Denis

Saint-Denis. 93
Saint-Denis. 93. Photo : 25/10/2016.

Le Dauphin-régent Charles devient roi, Charles V

Charles II de Navarre tente d’empêcher le sacre

Le roi Charles n’est pas au bout de ses peines car les troupes recrutées par Charles le Mauvais en Navarre et en Gascogne arrivent bientôt en Normandie. Charles le Mauvais contre-attaque et tente d’empêcher le sacre de Charles en lui coupant la route de Reims.

Edouard III se déclare roi de France et d’Angleterre

16 mai. Bertrand du Guesclin gagne la bataille de Cocherel

Le commandant Jean de Grailly, Gascon et vassal du roi d’Angleterre, n’est autre que le vainqueur de Jean le Bon à Poitiers. Mais, face à lui, se dresse un non moins brillant stratège en la personne de Bertrand du Guesclin.

Les forces anglo-navarraises

Elles comptent 5 000 à 6 000 hommes, dont 700 lances soit 4 200 hommes, environ 300 archers et environ 500 mercenaires comprenant des Normands, des Gascons, dont le Captal de Buch, Jean de Grailly, lui-même et des Anglais. L’ensemble des forces combat à pied.

Les forces françaises

Elles comptent 3 000 hommes environ composés de chevaliers bourguignons (dont Jean de Vienne), de Bretons, de Picards, de gens de l’Île-de-France et aussi de Gascons dotés de lances raccourcies, maniables pour le combat rapproché, ainsi que des mercenaires, sous le commandement de Bertrand du Guesclin. Ces hommes ont reçu comme principale instruction celle de s’employer à éviter d’être en contact avec les archers anglais, dont la réputation n’était plus à faire. L’ensemble des forces combat également à pied.

Plutôt que de couper la route à son adversaire, le captal, arrivé le 15 mai à Cocherel, dispose ses troupes suivant la stratégie anglaise sur une éminence voisine qu’il fait fortifier. Il s’agit de la colline du Bois de la Ronce à deux kilomètres du bourg. Pendant que les Anglo-Navarrais se fortifient, les troupes de Bertrand du Guesclin arrivent à Cocherel et disposent leur campement, sachant que les Navarrais préfèreront tenir leur réduit fortifié que de tenter un coup de main. C’est le plein soleil. Les Anglo-Navarrais profitent de l’ombrage du Bois de la Ronce, les Français doivent se faire porter de l’eau de l’Eure qui traverse Cocherel.

Les forces anglo-navarraises sont divisées en 3 corps rangés de front sur une colline.

  • L’aile gauche commandée par le Bâtard de Mareuil, Bertrand du Franc et don Sanche Lopez comprend 400 armures de fer.
  • Le centre sous les ordres du Captal de Buch, Jean III de Grailly, comprend 400 chevaliers gascons
  • L’aile droite commandée par John Jouel comprend les hommes d’armes et les archers anglais.

Les forces françaises sont également divisées en 3 corps rangés avec une réserve placée en arrière.

  • L’aile gauche commandée par Jean III de Chalon comte d’Auxerre est composée des milices communales de plusieurs villes de Normandie, de Picardie et de plusieurs autres de diverses provinces françaises
  • Le centre commandé par Bertrand du Guesclin à la tête de troupes composées de Bretons dont son cousin Olivier de Mauny.
  • L’aile droite commandée par Baudouin de Lens, sire d’Annequin, gouverneur de Lille, grand maître des arbalétriers de France, c’est-à-dire commandant de l’infanterie française, appuyé par Arnaud de Cervolle, dit l’Archiprêtre, la bannière bourguignonne du Vert Chevalier, et celle du Gascon d’Albret. 10
  • L’arrière-garde se compose essentiellement de Gascons avec pour mission de prendre l’adversaire à revers et de lui enlever ses étendards.

Il est dit de Geoffroy de Kerimel qu’il « menait l’avant-garde de du Guesclin à la bataille de Cocherel et le suivit en Espagne, en Guyenne et ailleurs. » 11

Bertrand Goyon, seigneur de Matignon, porte la bannière de Bertrand du Guesclin. 12

Matthieu de Roye prend part à la bataille avec le duc de Bourgogne.

Pour simuler une armée plus importante, Bertrand du Guesclin fait placer de nombreux étendards supplémentaires.

La matinée se passe en négociations entre les deux camps et à l’intérieur même de chacun d’eux, choix tactiques, cri de guerre, etc. Le captal de Buch fait croire aux Français qu’un renfort doit lui parvenir, quelque 1 500 hommes supplémentaires, pour inciter les Français à se lancer à l’assaut. En effet, les Anglo-Navarrais tiennent à rester sur leurs positions et les Français, avertis des précédentes défaites, savent qu’une charge leur serait défavorable. 13

De son côté, Arnaud de Cervole, dit l’Archiprêtre, négocie avec l’ennemi puis quitte le champ de bataille en prétextant une reconnaissance. Cette désertion à peine déguisée, qui lui vaudra la colère du roi Charles V, affaiblit le bataillon de Baudouin de Lens, sire d’Annequin. Philippe le Hardi doit employer toute sa science de la diplomatie pour calmer la colère de son frère, le Dauphin Charles.

À midi les deux armées tiennent toujours leurs positions. Les gens d’armes subissent la chaleur suffocante. Bertrand du Guesclin, arrivé aux environs de 15 h, décide de feinter et au son des trompettes, l’armée française commence à se retirer en direction de l’Eure, les fourgons, les varlets et quelques gens d’armes s’engagèrent sur le pont et traversèrent la rivière.

Le captal de Buch soupçonnant une nouvelle ruse de Bertrand du Guesclin, garde sa position. Mais Jean Joüel, croyant à une retraite de son adversaire, décide de faire charger ses hommes. Alors que les Anglais dévalent à toute allure la colline où ils étaient postés, Bertrand du Guesclin fait faire volte-face à ses hommes.

En peu de temps, la troupe de Jean Joüel est submergée par les trois bataillons français, et ses archers, se trouvant trop près de l’ennemi, ne peuvent intervenir dans ce combat au corps-à-corps.

Un groupe de trente chevaliers gascons de l’arrière-garde, après avoir contourné le dispositif anglo-navarrais, capture le captal et son étendard.

Dans la mêlée, Baudouin de Lens, sire d’Annequin est renversé, blessé et écrasé sous le poids de son cheval ; il est achevé par le Bascon de Mareuil. La mort de ce dernier, la capture du Captal de Buch ainsi que la blessure de Jean Joüel, qui mourra de ses blessures quelques jours plus tard, prive le contingent anglo-Navarrais de ses chefs, et il finit par battre en retraite.

La perte des capitaines Jean Joüel et Jean de Grailly est une véritable catastrophe pour les Anglo-Navarrais. Jean III de Grailly, captal de Buch, est emprisonné dans le château de Vernon. 14

Pierre de Sacquenville, un des principaux chevaliers et conseillers de Charles le Mauvais est fait prisonnier, il est décapité à Rouen sur ordre de Charles V.

Jean II de Champagne, chevalier banneret, né le 7 janvier 1317, est tué au cours de la bataille.

Louis de Beaumont meurt à la bataille. 15

Olivier de Miniac s’illustre à la bataille de Cocherel

Connu aussi sous le nom d’Olivier de Mauny, ce cousin de Bertrand du Guesclin le suit dans toutes ses guerres, du siège de Rennes à sa mort à Châteauneuf-de-Randon.

Après la bataille de Cocherel, c’est à Guillaume Boitel que Bertrand du Guesclin confie le commandement de l’avant-garde de son armée au départ de Caen afin de poursuivre la reconquête de la Normandie. 16

Grâce à cette habile manœuvre, les troupes de Jean de Grailly sont défaites en quelques heures. Cette victoire éclatante, obtenue par l’armée levée grâce aux impôts votés par les États généraux de 1363, met fin à la guerre civile, rétablit l’autorité royale aux yeux de la population, montrant que les sacrifices financiers consentis par la population pour l’effort de guerre sont suivis d’effets sur le terrain.

Jean III de Grailly est capturé, il retrouve sa liberté en servant d’intermédiaire entre le roi de France et le roi de Navarre. 17

Cocherel. 27
Cocherel. 27. Photo : 25/10/2009.

19 mai. Le sacre du Dauphin Charles dans la cathédrale de Reims

Cette victoire inattendue est opportune, elle permet à Charles de se faire sacrer roi de France, sous le nom de Charles V.

Le nouveau roi prend alors une décision qui marque clairement sa volonté politique : les prisonniers français pris à Cocherel sont décapités et non mis à rançon comme il est usuel dans la guerre féodale, ce qui signifie que la guerre privée contre le roi est à présent considérée comme de la trahison.

24 mai. Charles II de Navarre, demeuré à Pampelune, apprend la nouvelle

Mais il est déjà beaucoup trop tard. Les troupes navarraises rescapées se regroupent et se replient sur l’Auvergne où elles prennent plusieurs places fortes et obliquent ensuite vers la Bourgogne, prenant La Charité-sur-Loire par surprise. Philippe le Hardi, le jeune duc de Bourgogne qui a regroupé des forces pour lutter contre les Compagnies, se porte donc contre les Navarrais, les défaits et reprend la Charité-sur-Loire.

Charles II de Navarre n’a plus d’espoir de coiffer la couronne de France

Il conserve de nombreuses places fortes en Normandie, à commencer par sa capitale Évreux. Charles V fait pression sur Jeanne de Navarre pour que ses forteresses ne puissent être utilisées par les troupes de son rival. Mais, au cours de l’automne, le Navarrais récupère ses biens conquis quelques mois plus tôt par Bertrand du Guesclin.

Les finances de Charles de Navarre sont au plus bas. Sa chance est qu’au même moment, Charles V n’a qu’une préoccupation : bouter les Anglais hors de France. Et pour ce faire, il n’a pas tant besoin d’une nouvelle victoire sur le roi de Navarre que d’une paix durable. 18

Charles II de Navarre ne s’immiscera plus dans les affaires du royaume et perd ses possessions d’Île-de-France.

Charles II de Navarre signe en 1365, le traité de Saint-Denis avec le roi Charles V. 19

27 mai. Bertrand du Guesclin reçoit le comté de Longueville

En 1305, il est donné par Philippe IV le Bel à son ministre Enguerrand de Marigny pour lui être confisqué en 1314. Il appartient à la famille des comtes d’Évreux jusqu’à la mort en 1363 de Philippe de Navarre, frère de Charles le Mauvais. Charles V offre le comté à Bertrand du Guesclin le 27 mai 1364. 20

Le roi Charles V détache le comté de Longueville du comté de Tancarville, dont il dépend, et l’érige en fief royal pour l’offrir à Bertrand du Guesclin. 21

Bertrand du Guesclin à La Charité-sur-Loire

Revenu au service de Charles le Mauvais en 1363, en octobre, Bernardon de la Salle prit par surprise la Charité-sur-Loire, où il allait être assiégé par les troupes françaises en mai 1364, après la victoire de Cocherel. Il avait en face de lui, le connétable Moreau de Fienne, les maréchaux Jean Ier le Meingre, dit Boucicaut, et Arnould d’Audrehem, ainsi que Mouton de Blainville, Louis de Sancerre et Bertrand du Guesclin. Ne recevant aucun secours du roi de Navarre, Bernardon s’engagea avec Creswey et Briquet à rendre la Charité et à ne plus servir le Mauvais pendant trois ans. 22

9 juillet. Lettres patentes de Charles V rétablissant les privilèges de la ville de Caen

Caen. 14
Caen. 14. Le château. Photo : 22/10/2016.

Juillet. De multiples opérations françaises sont lancées.

Bertrand du Guesclin envahit le Cotentin. Prise de Barfleur.

10 juillet. Bertrand du Guesclin prend Valognes

Attaqué dans une embuscade, Guillaume Boitel contre-attaque vigoureusement les Anglais qui comptent cent-vingt tués, et les repousse jusqu’à Valognes, dont Bertrand du Guesclin s’empare.

Fin août, il y a la peste à Avignon

Fuyant le « mal contagieux » qui ravage la cité papale, Urbain V se réfugie à Carpentras. Pour accélérer les travaux de fortifications de la ville, il fait donner jusqu’à cinq sous par jour aux ouvriers qui travaillent sur les remparts. 23

Charles de Blois rappelle Bertrand du Guesclin en Bretagne

Charles vient à Guingamp pour rassembler les troupes du Penthièvre, et c’est de Guingamp qu’il part pour aller à la mort.

3 septembre. La monnaie est stabilisée en France

Par la création du Franc d’or qui remplace le Franc à cheval, le roi Charles V de France reprend en main les finances et l’armée. 24

Edouard III envoie John Chandos en Bretagne

John Chandos assiste Jean de Montfort dans son combat contre Charles de Blois, favori du roi de France. Les troupes de Charles sont, elles, commandées par Bertrand du Guesclin. En août, John Chandos assiège Auray, acquise à Charles de Blois depuis 1342. Le 29 septembre, Bertrand du Guesclin tente de dégager la ville mais son intervention tourne au désastre. 25

29 septembre. La bataille d’Auray

Après l’échec des négociations d’Évran, Charles de Blois veut en finir. Aiguillonnant son mari Charles de Blois, Jeanne de Penthièvre refuse un compromis qui aurait mis pacifiquement fin à la guerre par un partage de la Bretagne et qui lui en aurait réservé la moitié nord. Jean de Montfort aurait la partie sud. 26

La bataille d’Auray a lieu entre Jean de Montfort et Charles de Blois pour la couronne du duché de Bretagne. Charles de Blois est tué, il a 45 ans. Bertrand du Guesclin est fait prisonnier. Charles V obtient sa délivrance contre le paiement d’une rançon.

Auray, ville littorale est un enjeu stratégique, le château fort est construit sur un escarpement dominant un port abrité.

Août. Jean de Montfort et John Chandos assiègent le château que bloquent par mer les navires de Nicolas Bouchart en provenance du Croisic. Les vivres venant à manquer, les assiégés acceptent de rendre la place, si les secours n’arrivent pas avant la Saint-Michel.

27 septembre. Charles de Blois est à l’abbaye Notre-Dame de Lanvaux, Bertrand du Guesclin qui commande l’avant-garde, se trouve à Brandivy où il aurait passé la nuit. 27

28 septembre. Bertrand du Guesclin vient s’installer sur la rive gauche du Loc’h, en vue du château. Pour éviter de se trouver entre le château et l’armée française, Jean de Montfort évacue Auray et se place face à l’ennemi, sur le coteau de la rive droite.

29 septembre. Des tentatives d’accord ont lieu, sans succès et Charles de Blois ordonne l’attaque. Son armée passe la rivière et se range face au sud. Jean de Montfort suit le mouvement et se range face au nord.

Auray. 56
Auray. 56. Vue du château, la rivière d’Auray, le port de Saint-Goustan. Photo : 12/09/2018.

L’armée franco-bretonne de Charles de Blois

À gauche le comte d’Auxerre, à droite Bertrand du Guesclin, au centre Charles de Blois et une faible réserve qui ne sera pas utilisée.

Parmi les combattants : Charles de Dinan sauve la vie de Bertrand du Guesclin.

Les morts :

  • Roland IV de Dinan-Montafilant, 28
  • Jean III de Kergolay, 29
  • Guillaume Ier, sire de Rieux et de Fougeray, 30
  • Guillaume Raguenel, frère de Tiphaine, épouse de Bertrand du Guesclin,
  • Hervé de Kergoët, 31
  • Guillaume IV, 14ème seigneur de Rieux, 32
  • Geoffroi Boterel, 33 Eon de Lohéac, 34

Les prisonniers :

  • Raoul VIII de Monfort mis à rançon, 35
  • Jean IV de Beaumanoir,
  • Chabot-Gérard V comte de Sancerre commande l’arrière-garde de l’armée,
  • Pierre du Guesclin du Plessis-Bertrand, mis à rançon par Guillaume de Latimer, 36
  • Prigent V de Coëtivy,
  • Geoffroy de La Tour-Landry,
  • Jean Ier de Rohan,
  • Jean-Yves de Beaupoil, seigneur du Haut et Bas Néomalet, proche de Robert du Guesclin, est blessé,
  • Patry de Châteaugiron, 37
  • Guy du Faou, 38

L’armée anglo-bretonne de Jean de Montfort

À droite, Olivier de Clisson, à gauche l’Anglais Robert Knolles, au centre Jean de Montfort et l’Anglais John Chandos ainsi qu’une réserve importante prête à intervenir.

Parmi les combattants : Briant de Lannion, 39 Nicolas Bouchart, amiral, Guillaume de Latimer, Alain Le Maistre de la Garrelaye, 40

Le commandement anglais retient la proposition d’Olivier de Clisson d’attendre que l’armée du roi de France soit contrainte de gravir la pente les menant à Auray, et mise sur la défensive, choix tactique que Olivier de Clisson reprendra au cours de sa carrière militaire. 41

Une première courte escarmouche oppose les arbalétriers français et les archers anglais. Puis les hommes d’armes se précipitent sans chercher à manœuvrer.

Le combat est acharné, car tous veulent que cette bataille soit décisive et mette fin à cette guerre longue et cruelle. De plus la consigne a été donnée de part et d’autre de ne pas faire de quartier à celui des deux prétendants qui viendrait à tomber aux mains de ses ennemis.

Chaque corps anglo-breton est enfoncé, l’un après l’autre, mais les réserves rétablissent la situation. Par contre l’aile droite franco-bretonne plie et, n’étant pas soutenue par les réserves, se replie vers le centre. L’aile gauche plie à son tour et les troupes de Charles de Blois lâchent pied.

Le sire de Clisson, chevalier breton y fit des prodiges de valeur, éclaircissant les rangs à coups de hache, et quoiqu’il eût reçu dans sa visière un coup qui lui creva un œil, il continua de combattre. 42

Charles de Blois, renversé d’un coup de lance, est achevé par un soldat anglais obéissant à la consigne donnée. Bertrand du Guesclin, ayant brisé toutes ses armes, est obligé de se rendre à John Chandos.

Cette victoire met fin à la guerre de Succession de Bretagne et par le Traité de Guérande, du 12 avril 1365, le roi de France Charles V reconnaît Jean de Montfort comme duc de Bretagne sous le nom de Jean IV de Bretagne. Il a 24 ans.

Quelques semaines après, les restes vénérés du pieux prince étaient déposés à l’église des Cordeliers de Guingamp, et, tandis que Jean de Montfort ceignait la couronne ducale, le peuple, devançant les jugements de l’Eglise, décernait à Charles une couronne impérissable de respect et d’amour (S. Ropartz). 43

Grâces. 22
Grâces. 22. Charles de Blois. Photo : 11/10/2017.

L’endroit où est mort Charles de Blois à Kerblois en Brech est marqué par un calvaire. Le 5 février 1382, une chapelle est fondée par Jean IV sur le site de la bataille. 44

Brech. 56
Brech. 56. Kerblois en Brech. Lieu-dit Toulbahadeu. Photo : 09/03/2019.

Bertrand du Guesclin est mis à rançon

Bertrand II de Saint-Pern, filleul de Bertrand du Guesclin est caution de sa rançon. Il est né du mariage de Bertrand Ier de Saint-Pern et de Jeanne Ruffier, dame de Ligouyer.

La légende de Yoland le fidèle lévrier

Une légende dont certains l’attribuent à une prophétie de Merlin, voudrait qu’en 1341, Jean III, duc de Bretagne de l’époque, sauva une sorcière du lynchage. Celle-ci, pour le remercier, lui offrit un jeune lévrier nommé Yoland dont elle déclara qu’il ne serait jamais fidèle qu’au duc de Bretagne.

Charles de Blois est devenu maître du fidèle Yoland. Charles jette un regard à son lévrier fétiche, et Yoland lui rend son regard, d’un air mélancolique. Puis, tout à coup, l’animal se précipite vers les rangs ennemis. Les capitaines de Charles de Blois ne savent que faire. Est-ce un signal d’attaque ? Le chien de la sorcière leur indique-t-il la victoire, ou au contraire la défaite ? Dans le camp de Jean de Montfort on est tout aussi perplexe. Le chien vient-il sauter à la gorge du meneur ? Dans le camp des Bretons bretonnants, on se souvient également de la prophétie voulant que Yoland n’appartienne qu’au duc de Bretagne. Le lévrier s’approche alors de Jean de Montfort, se dresse sur ses pattes arrières, et vient lécher la main du cavalier : Yoland vient de faire allégeance. Après le combat, on retrouva le corps de l’animal inanimé, non pas qu’un soldat ait osé porté atteinte à cet être sacré, mais le lévrier ayant rempli sa mission, son cœur avait simplement cessé de battre. 45

21 novembre. Philippe de Cabassolle, patriarche de Jérusalem, au nom du pape Urbain V, adresse une lettre à l’official de Sisteron et au prieur des dominicains de la Baume, les informant des exactions commises par les routiers. Le pape ordonne aux ecclésiastiques de contribuer aux charges nécessaires à la défense du pays. 46

Le duc Jean IV prend Dinan

Après plusieurs tentatives infructueuses, le duc Jean IV parvient à reprendre le contrôle de Dinan et y fait construire le donjon dit « de la duchesse Anne ». 47

Dinan. 22
Dinan. 22. Photo : 28/05/2005.

Jean de Tréal soumet Redon au duc Jean IV

Jean de Tréal, embrasse, en 1341, le parti de Charles de Blois, et fait peu après entourer la ville de murailles. En 1364 il fait sa soumission à Jean de Montfort et eut le droit de nommer le capitaine de la ville. Il meurt en mars 1370. 48

Octobre. Charles II de Navarre conquiert Barfleur et Valognes

Bertrand du Guesclin prend Melun

En 1358, Charles II de Navarre s’empare de Nemours, Montereau, Lagny. Melun lui fut livré par sa sœur, veuve de Philippe de Valois. le régent Charles essaya inutilement, à plusieurs reprises, de prendre la place. Ce n’est qu’en 1364 qu’elle se rend à Bertrand du Guesclin, qui commençait alors à s’illustrer. 49

Bertrand du Guesclin cède le château de Ferrières

Il est possible que le château de Châtenoy ait appartenu à Bertrand du Guesclin ; il est fait mention dans les annales de Seine-et-Marne d’une transaction en 1364, par l’intermédiaire de Adam Nicolas, bourgeois de Nemours, avec Bertrand du Guesclin pour solde de cession de ses châteaux de Ferrières-en-Gâtinais et de Châtenoy. Il en reste aujourd’hui des éléments. 50

Chatenoy. 77
Chatenoy. 77. Vestiges du château. Photo : 28/10/2016.

Pierre Blanchet reçoit Ferrières

Pierre Blanchet, premier secrétaire du roi, reçoit de Charles V la seigneurie de la Queue-en-Brie et toutes les terres attenantes : Pontault, Pontillault, Berchères, Noiseau, Sucy, Amboile (Ormesson), Créteil, Valenton, les Bordes, Bonneuil et en partie, Roissy, Ferrières, Champigny et Torcy. 51

Charles de Navarre à Avignon pour négocier

Alors que sévissaient les premiers froids, deux personnalités arrivèrent dans la cité des papes. La première fut Charles de Navarre, le pape Urbain V put informer Charles V que son beau-frère de Navarre, réfugié à Avignon, se disait prêt à traiter. La seconde fut le cardinal Pierre Roger de Beaufort. À la demande du pape, il venait de quitter l’Italie pour rejoindre Avignon. 52

Une année chargée pour Bertrand du Guesclin

Si les informations ci-dessus sont exactes, il quitte la Bretagne, commence l’année avec la prise du château de Molay-Littry, passe par Rouen, Evreux, puis combat sur les bords de Seine, à Mantes, Meulan, Rolleboise, gagne la bataille de Cocherel, s’empare de Valognes, prend La Charité-sur-Loire et Melun, et finit prisonnier à la bataille d’Auray ! En même temps il perd son suzerain, le comte Charles de Valois-Penthièvre, et celui qui l’a soutenu dans son ascension, le roi Jean II le Bon. Ces batailles confirment ses qualités et augmentent le nombre de ses relations.