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1351. Bertrand du Guesclin a 31 ans

Le Combat des Trente. Reprise de la guerre entre la France et l’Angleterre. L’Ordre de l’Étoile. Retour temporaire de Charles de Blois. Bertrand du Guesclin à Londres.

Janvier. Jean II le Bon confie la charge de connétable à Charles de La Cerda. Il a 25 ans. Il succède à Raoul II de Brienne.

30 janvier. Ordonnance sur les métiers de Paris. Édit du roi Jean le Bon règlementant les salaires et la durée de travail des ouvriers vignerons.

27 mars. Le Combat des Trente.

Lors de la trêve, les Anglais de Richard Bemborough, vivent et saccagent les villages autour de Ploërmel. 1 Les habitants s’en plaignent à Jean de Beaumanoir.

A mi-chemin entre Josselin et Ploërmel, sur le territoire de Guillac, Morbihan, se déroule le célèbre « Combat des Trente » où s’affrontent trente chevaliers bretons et trente chevaliers anglais, allemands et bretons.

Jean III de Beaumanoir, capitaine de la défense du château de Josselin, pour le compte de Charles de Blois-Penthièvre, lance un défi au gouverneur anglais de Ploërmel, d’où le combat des Trente. 2

Josselin. 56
Josselin. 56. Photo : 14/07/2018.

Jean de Beaumanoir, est seigneur de Beaumanoir, en Evran, de la Hardouinaye, en Saint-Launeuc, de Merdrignac et de Moncontour. C’est le fils de Jean de Beaumanoir, homonyme, et de Marie de Dinan-Montafilant. Il est Maréchal de Bretagne pour Charles de Blois, lieutenant général de son armée, et capitaine de Josselin.

On trouve trace de la famille Beaumanoir à Evran dès 1212. Jean IV de Beaumanoir, Maréchal de Bretagne, s’illustra le 27 mars 1351 pour avoir gagné le combat des Trente qui opposait des chevaliers français et anglais. Jean IV de Beaumanoir, compagnon d’arme de Bertrand du Guesclin, épousa la nièce de celui-ci, Tiphaine du Guesclin du Plessis. Bertrand du Guesclin fut d’ailleurs fait prisonnier au château de Beaumanoir par les Anglais. 3

Evran. 22. Photo : 09.01.2016
Evran. 22. Photo : 09.01.2016 .

Robert Bemborough est le gouverneur anglais de Ploërmel. 4

Ploërmel. 56
Ploërmel. 56. L’église Saint-Armel, 15ème siècle abrite la sépulture des ducs Jean II et Jean III de Bretagne. Photo : 24/03/2017.

Beaumanoir, chevalier plein d’honneur, commandant de Josselin pour Charles de Blois, indigné des procédés de Bemborough à l’égard des Bretons, lui fit demander un sauf conduit pour aller le trouver. Il l’obtint et, avec beaucoup de fermeté, il reprocha à Bemborough « de faire une guerre honteuse et cruelle, non pas aux gens qui portaient les armes, mais aux marchands, aux laboureurs, aux femmes paisibles ».

L’Anglais irrité de la hardiesse d’un tel discours, lui dit d’une voix terrible : « Taisez-vous Beaumanoir, qu’il n’en soit plus question. Montfort sera duc de toute la Bretagne, Édouard sera couronné roi de France et les Anglais auront partout la puissance et le commandement. ». 5

Beaumanoir répondit avec une grande modération : « Songiez un autre songe, cestuy est mal ce songié. Vos goberges Bemborough ne valent néant. Agissons plus sagement s’il vous plaist, délivrez les prisonniers et nous verrons après ce qu’il conviendra de faire. »

Bemborough, refusant de mettre les paysans en liberté, s’emporta et finit par s’écrier : « II ne faut pas s’imaginer qu’il existe au monde d’aussi vaillants guerriers que les Anglais ; ils surpassent tous les autres en courage et en prouesses, et quant aux Bretons, qui donc en a parlé ? Qu’ont-ils fait ? Quelles conquêtes ont établi leur gloire ?... »

Beaumanoir, en présence d’une telle forfanterie, eut peine à se contenir. Il répondit cependant avec une modération apparente et très méritoire : « Les Anglais sont sans doute des guerriers recommandables, mais, à mon avis, ils sont loin de l’emporter sur les Bretons. A l’occasion, je me fais fort de le leur apprendre par expérience ; et si Bemborough dont j’estime le grand courage, ne veut pas attendre une rencontre fortuite, il n’a qu’à choisir le jour et le lieu, et là, sans plus de paroles, je le lui ferai reconnaître. »

Dinan. 22
Dinan. 22. Jehan de Beaumanoir. Photo : 31/11/2016.

Et ce fut ainsi que fut décidé le combat des Trente (27 mars 1351).

Le jour du combat est fixé au samedi, veille du dimanche où l’on chante à l’introït de la messe : Laetare, Jérusalem. 6

Dix chevaliers et vingt écuyers, tous Bretons, s’adjoignirent à Beaumanoir, qui n’eût que l’embarras du choix dans la noblesse bretonne, impatiente de se mesurer à l’ennemi.

Les partisans de Charles de Blois
Les partisans de Charles de Blois. Mikael Ab Gwion. Le Combat des Trente. Y.I.L. Octobre 2014. BD.

Bemborough eut grand peine à trouver ses trente soutiens ; sa petite troupe se composait de vingt Anglais, six Allemands et quatre Bretons partisans de Montfort.

Les partisans anglo-bretons
Les partisans anglo-bretons. Mikael Ab Gwion. Le Combat des Trente. Y.I.L. Octobre 2014. BD.

Le choix des armes avait été laissé au gré de chacun. Un Anglais combattait avec un maillet d’acier, du poids de 25 livres ; un autre se servait d’une faux tranchante d’un côté, hérissée de crochets de fer de l’autre côté et dont les coups étaient mortels. La mêlée devint horrible et, après deux heures de lutte corps à corps, les adversaires, accablés de fatigue, s’arrêtèrent d’un commun accord pour reprendre haleine et se rafraîchir.

Comme on allait reprendre le combat, Geoffroy de la Roche, qui assistait en spectateur au combat, s’écria : « Ah ! deux de nos amis ont déjà perdu la vie, trois autres sont prisonniers ! Dieu nous soit en aide ! Mais que ne suis-je chevalier ? Avec combien d’ardeur je ferais mes premières armes ! — Qu’à cela ne tienne, par sainte Marie ! dit Beaumanoir, beau doux fils, agenouille-toi. Je te fais chevalier. Souviens-toi de ton aïeul, Eude de la Roche, dont la valeur émerveilla tout l’Orient et songe que j’ai juré que les Anglais paieront ta chevalerie avant qu’il soit l’heure de complies. »

Et ce fut ainsi qu’un seigneur de la Roche prit dans ce combat qui mit en relief la valeur bretonne, la place d’un de ceux qui y avaient laissé leur vie.

Le combat dura d’abord deux heures à l’issue desquelles les Anglais eurent l’avantage sur les Bretons du Parti de Blois. Bemborough proposa à Beaumanoir de « remettre à plus tard la journée et d’en référer à leurs Souverains »(dixit J. Froissart). Mais après avoir consulté ses hommes, Beaumanoir refusa et l’affrontement reprit. Les deux capitaines s’affrontèrent. Bemborough eut l’avantage sur Beaumanoir et lui enjoignit de se rendre. Ce à quoi le vaillant breton répondit : « Par Saint-Yves ! Il n’en sera pas comme tu penses ! ». L’Anglais voulut porter le coup de grâce à Jehan de Beaumanoir mais celui-ci fut sauvé par l’un des ses écuyers qui blessa Bemborough d’un coup de lance, permettant à Beaumanoir de décapiter son adversaire. Déconcertés, les chevaliers anglais décidèrent d’abandonner le combat.

La manœuvre gagnante fut effectuée par Guillaume de Montauban qui s’éloigne de la zone de combat, saute sur le dos de son cheval, se précipite sur le rempart de piques anglaises, pendant que lui-même frappe sur les anglais à grands coups de lance. Cette tactique permit de renverser sept ennemis, puis revenant sur ses pas d’en écraser trois autres. Voyant cela, tous les bretons se précipitent dans la trouée pour se jeter sur leurs adversaires. Sous ce choc, quatre ou cinq des anglais sont tués, les autres sont faits prisonniers.

Guillaume de Montauban
Guillaume de Montauban. Mikael Ab Gwion. Le Combat des Trente. Y.I.L. Octobre 2014. BD.

La bataille s’achèvera une fois la nuit tombée. La victoire est franco-bretonne avec semble-t-il cinq morts contre une douzaine pour le camp ennemi dont leur chef Bamborough.

Combat des Trente
Combat des Trente . Miniature tirée de la « Compillation des cronicques et ystoires des Bretons » (1480), de Pierre Le Baud. Wikimedia Common.

Ce type d’action était courant à l’époque : au printemps 1356, il y aura en Espagne (Tordesillas) un tournoi de 50 contre 50 dans la cadre du conflit entre Pierre le Cruel et Henri de Trastamare. 7

Les combattants bretons

Chevaliers : 1° Jean de Beaumanoir, 2° Jean de Tinteniac, 3° Guy de Rochefort, 4° Yves Charuel, 5° Robin Raguenel, 6° Huon de Saint-Yvon, 7° Caro de Bodegat, 8° Geoffroy du Bois, 9° Jean Rousselot, 10° Ollivier Arrel, 11° Guillaume de la Marche. Ecuyers : 12° Guillaume de Montauban, 13° Alain de Tinteniac, 14° Tristan de Pestivien, 15° Alain de Keranrais, 16° Olivier de Keranrais, 17° Louis Goyon, 18° Olivier Fontenay, 19° Huguet Catus, 20° Geoffroy de la Roche, 21° Geoffroy Poulart (tué), 22° Maurice de Troguindy, 23° Guyon de Pontblanc, 24° Maurice du Parc, 25° Geoffroy de Beaucorps, 26° Geoffroy de Mellon (tué), 27° Jean de Sérent, 28° Guillaume de la Lande, 29° Olivier de Monteville, 30° Simon Richard, 31° Geslin de Troguindy ou de Lanloup. 8

Les combattants anglais

Chevaliers : 1° Richard Bembrough, 2° Robert Knolles, 3° Hue de Caverley, 4° Hervé de Lexualen, 5° Richard de la Lande, 6° Thomelin Billefort, 7° Thomelin Walton ; Ecuyers : 8° Jean Pleasanton, 9° Richard Le Gaillard, 10° Hugues Le Gaillard, 11° Hucheton de Clamaban, 12° Repefort, 13° Jennequin de Guenchamp, 14° Hennequin Hérouart, 15° Jennequin Le Maréchal, 16° Boutet d’Aspremont ; Gens d’armes : 17° Croquart , 18° Gauthier Lallemand, 19° Robinet Mélipars, 20° Ysannet, 21° Jean Roussel, 22° Dagorne, 23° Hulbitec, 24° Helcoq, 25° Hélichon, 26° Troussel, 27° Robin Ader, 28° Perrot de Gannelon, 29° Guillemin Le Gaillard, 30° Ravel Prévôt, 31° D’Ardaine. 9

Chez les Bretons.

  • Jean III de Beaumanoir, capitaine du château de Josselin. D’après la légende, ce dernier, épuisé par la chaleur, le combat et le jeûne, aurait réclamé à boire, ce à quoi son compagnon Geoffroy du Boüays lui aurait répondu « Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera ». Cette parole devint la devise des Beaumanoir.
  • Jean de Tinténiac, seigneur de Tinténiac, de Bécherel, et de Romillé, seigneur consort de Combourg, chevalier. Il est marié à Jeanne de Dol, dame de Combourg. Isabeau de Tinténiac, leur fille unique, épouse vers 1347 Jean de Laval, seigneur de Châtillon-en-Vendelais. Elle apporte à la famille de Laval toute la seigneurie de Tinténiac-Montmuran. Leur fille, Jeanne de Laval, épouse en premières noces Bertrand du Guesclin. Jean de Tinténiac est tué à la bataille de Mauron le 14 août 1352. 10
  • Guy de Rochefort, frère de Thebaud III, 11 seigneur d’Asserac, fut l’un des trente héros. Il intervint au traité de Guérande en 1365, et devint chambellan du duc Jean IV. 12
  • Even Charuel est chevalier, seigneur du Guérand et de Kergoallon, Paroisse de Plouëgat, du Menez, Paroisse du Guerlesquin, de Kerahel, Paroisse de Botsorhel, de Lesenor, Paroisse de Ploulec’h, Évêché de Tréguier. 13
  • Robin III Raguenel ( † 1363), seigneur de Chatel-Oger, participe dans les rangs de Jehan de Beaumanoir au Combat des Trente. Marié à Jeanne de Dinan, vicomtesse de La Bellière, ils ont des enfants :
  • Guillaume Raguenel, vicomte de La Bellière,
  • Olivier Raguenel,
  • Tiphaine Raguenel (vers 1323 † 1373), mariée à Bertrand du Guesclin, sans postérité,
  • Honorée Raguenel, mariée à Renaud de Montbourcher.
  • Huon de Saint-Yvon, né dans la paroisse de Brélévenez. 14
  • Alain de Tinténiac - 1315 20 † 14 août 1352 - meurt lors de la Bataille de Mauron. Il est à la prise de Quimper en 1344 et participe au Combat des Trente. 15
  • Tristan de Pestivien, oncle de Tristan de Pestivien. Dès le premier engagement, Tristan de Pestivien est dangereusement blessé et pris par les Anglais. Le brave Tristan retrouve cependant des forces pour appeler Beaumanoir : « Où es–tu, Beaumanoir ? Les Anglais m’entraînent blessé et meurtri. Sois aujourd’hui pour moi, Notre-Dame de Bon–Secours ! ». A ses accents déchirants, Beaumanoir accourt, et sa bravoure indomptée rend l’espoir aux Bretons. La mêlée devient alors horrible, et après deux heures de lutte corps à corps , les deux partis accablés de fatigue se retirent d’un commun accord pour reprendre haleine et se rafraîchir.

Cependant Tristan de Pestivien qui avait été fait prisonnier, profitant du désordre que la mort de Bemborough avait mis parmi les siens, s’échappe et vient rejoindre ses compagnons. Il prend rang de nouveau parmi les combattants et concourt à la défaite complète des Anglais et à la victoire finale des Bretons.

Tristan de Pestivien et Alain de Keranrais, son oncle par alliance, eurent donc tous deux une part glorieuse dans la célèbre journée du combat des Trente, et ajoutèrent à leur blason un nouveau fleuron. Tristan de Pestivien fut l’auteur de la branche cadette du Vern et de Goasvennou. 16

Un autre chevalier de grand renom, Tristan de Pestivien, se trouvait également au manoir. Entendant Beaumanoir entretenir Alain et Olivier de Kéranrais d’un prochain combat contre les maudits Saxons, il s’avança et dit : « S’il vous plaît, Messire Jean, que je sois votre homme en cette affaire, je pense pouvoir y tenir convenablement ma place et mon rang. J’y amènerai deux hardis compagnons, le seigneur Geoffroy de la Roche et le sire Hugues Capus, qui sont de ma famille. » 17

Bulat-Pestivien. 22
Bulat-Pestivien. 22. Photo : 28/01.2017
  • Alain de Keranrais. A la reprise, Bemborough s’élance sur Beaumanoir, le frappe d’un coup qui l’étourdit, et le saisissant au corps : « Rends - toi ! » lui crie-t-il. - « Par Saint Yves ! reprend le Breton, il n’en sera pas comme tu penses ! ». Il allait pourtant succomber quand Alain de Keranrais accourt en disant à Bemborough : « Ah ! misérable présomptueux qui se flatte d’emmener un homme d’un tel courage ! ». Et il le renverse par terre d’un coup de lance dans le visage ; un autre combattant l’achève. Un cri de triomphe ébranle les cœurs des Bretons : « Beaumanoir est vengé ».
  • Guyon de Pontblanc, fils de Geoffroy, prend part au célèbre combat. Geoffroy de Pontblanc est mort à Lannion en 1346.

Trois chevaliers plouaretais sont cités au fameux « combat des Trente » : Alain de Keranrais, Olivier de Keranrais, et Guyon de Pont Blanc.

  • Maurice de Trésiguidy, écuyer au Combat des Trente, était un puîné de la maison de Trésiguidy en Pleyben. 18 Passé au service de la France, il suivit le duc de Bourbon, contre les Anglais, en Guyenne, en 1377, fut ambassadeur en Aragon, en 1379, et capitaine de la ville de Paris en 1380. Il porta la bannière de Bertrand du Guesclin aux obsèques de ce connétable, à Saint-Denis, en 1389. 19 Maurice, époux de Jeanne de Plusquellec, cité en 1357 et 1363 , 1373 au siège de Dinan avec Bertrand du Guesclin, “ le plus vaillant chevalier breton ”, ambassade en Aragon en 1379, capitaine de Paris en 1380, vivait encore en 1395. D’Argentré p 438 : Huet de Trezuiguidy avec Beaumanoir au Combat des 30. 20

Maurice est le cadet de Yves qui est dans le camp de Montfort. Yves, capitaine d’Auray pour Charles de Blois rendit la place à Jean de Montfort, défendit Hennebont en 1341, contribua en 1342 à la défaite de Louis d’Espagne sous Quimper, et à la prise de Vannes, en 1352 à la victoire de Mauron, puis capitaine de Quimper. 21

  • Geoffroy de Mellon, écuyer, seigneur de Mellon en Pacé, 22 est tué au premier choc du combat.
  • Jehan de Sérent, seigneur de Sérent. La Terre de Sérent 23 ou de La Chapelle en Sérent a été érigée en baronnie banerette en 1318 par Jean III, duc de Bretagne en faveur d’Olivier II, sire de La Chapelle, maréchal de Bretagne. 1351, Jehan de Sérent, seigneur de Sérent participa au combat des Trente sous les ordres de Beaumanoir, chef local des blésistes (parti de Charles de Blois prétendant au trône de duc de Bretagne lors de la guerre de succession). 24

L’église paroissiale de Sérent. Les seigneurs de Tromeur avaient aussi un banc et un enfeu dans le choeur. Jean Ier de Sérent, sgr. de Tromeur, l’un des combattants de Mi-voie, y fut inhumé sous un riche tombeau en marbre blanc, orné de sa statue couchée, et de son écusson à 3 quintefeuilles ; autour de la table se lisait une inscription gothique, qui a été paraphrasée pour Ogée en ces termes : Il y a qu’en cette église, chœur et chanceau, sont enterrés les seigneurs de Tromeur ; ainsi l’a bien voulu le monde ; Dieu veuille pardonner aux âmes dont les corps sont ici enterrés. Ce tombeau n’existe plus. 25

Sérent. 56
Sérent. 56. Bannière ans l’église de Sérent. Photo : 07/11/2009.

Chez les Anglais.

  • Bemborough et huit de ses hommes sont tués, ainsi que six hommes de Beaumanoir (sans compter ceux qui décèderont de leurs blessures).
  • Robert Knolles est vaincu et capturé. Il est né dans le Cheshire.
  • Hue de Calveley. Hugues de Calveley, nommé en anglais Hugh Calveley, est né dans le comté de Cheshire. Il est en Castille sous les ordres de Bertrand du Guesclin. Il meurt en 1393.
  • Croquart. Dans ce camp figure le célèbre aventurier Croquart dont Philippe VI de Valois aurait bien aimé s’attacher les services. 26
  • Dagorne. On remarque aussi un dénommé Dagorne. C’est peut-être le neveu de Thomas Dagworth, vainqueur de Charles de Blois à la bataille de La Roche-Derrien.
  • Guillaume d’Ardaine. Potier de Courcy rattache à cette famille d’Ardennes un écuyer du combat des Trente, Guillaume d’Ardaine, qui y est tué. 27
  • Jeannequin Toigne. En 1352, lors d’une rencontre avec les Anglais près du Guildo, Olivier de Mauny fait prisonnier Jeannequin Toigne qui a été un des champions, du côté des Anglais, du combat des Trente. Qui est ce Jeannequin Toigne, il y a plusieurs Jeannequin mais pas de Toigne dans la liste ci-dessus. 28

Les Anglo-Bretons survivants se rendirent car il aurait été déloyal de priver les vainqueurs du bénéfice des rançons : dans la guerre féodale on ne cherche pas à tuer sur le champ de bataille mais à rentabiliser sa campagne en capturant de riches prisonniers.

Croquart est déclaré meilleur combattant pour les Anglo-Bretons, Tinténiac étant, pour sa part, considéré comme le meilleur parmi les hommes de Beaumanoir.

L’issue du combat ne règle en définitive rien : deux jours plus tard, l’essentiel des combattants vainqueurs, partisans de Charles de Blois, pris dans une embuscade, sont tués. 29

Le souvenir du Combat des Trente

Le chêne de Mi-voie fut remplacé par une croix de granit et l’inscription suivante : A la mémoire perpétuelle de la bataille des Trante, que Mgr le Mareschal de Beaumanoir a gaignée en ce lieu le XXVII mars l’an MCCCLI.

Guillac. 56
Guillac. 56. Le Combat des trente est daté de 1350. Photo : 02/09/2009.

La croix, restaurée en 1776, est brisée pendant la Révolution, mais elle a été relevée depuis.

La première croix qui fut élevée pour commémorer l’évènement connut bien des déboires et fut en particulier la cible des soldats républicains de 1793. 30

Un autre monument, consistant en une pyramide de 15 mètres de hauteur, 31 a été commencé en 1819, comme l’atteste cette inscription : Sous le règne de Louis XVIII, roi de France et de Navarre, le 11 juillet 1819, la première pierre de ce monument a été posée par le comte Coutard, lieutenant général, commandant la 13ème div. mil. A. J. B. L. M. Comte de Chazelles, baron de Lunac, officier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, préfet du département du Morbihan, et J. F. M. Piou, ingénieur en chef au corps royal des ponts et chaussées, et bénite par Pierre-Ferdinand de Bausset-Roquefort, évêque de Vannes.

Guillac. 56
Guillac. 56. La croix et l’obélisque. Photo : 02/09/2009.

L’inauguration du monument se fit au mois de juillet 1823, avec un grand appareil, et en présence d’innombrables spectateurs qui s’étaient rendus de tous les points de la Bretagne sur le champ de bataille de Mi-voie. Sur l’une des faces de l’obélisque est incrustée une plaque de bronze, sur laquelle on lit : Vive le roi longtemps, les Bourbons toujours. Ici, le 27 mars 1351, trente Bretons, dont les noms suivent, combattirent pour la défense du pauvre, du laboureur, de l’artisan, et vainquirent des étrangers, que de funestes divisions avaient amenés sur le sol de la patrie. — Postérité bretonne imitez vos ancêtres.

Guillac. 56
Guillac. 56. La plaque commémorative. Photo : 02/09/2009.

La première pierre a été posée le 11 juillet 1819. Sa construction demanda 4 ans de travaux et l’obélisque de granit est inauguré le 6 juillet 1823.

Guillac. 56
Guillac. 56. Les combattants blésistes de Jean de Beaumanoir. Photo : 02/09/2009.

En 1891, la pyramide de Mi-voie est entourée de pins, disposés en étoile, qui la cachent en partie à la vue. Quand une colonne militaire passe à côté de ce monument, elle s’arrête et porte les armes en l’honneur des combattants, et le tambour bat la marche (Joseph-Marie Le Mené - 1891). 32

Guillac. 56
Guillac. 56. Les signataires de la plaque. Photo : 02/09/2009.

L’obélisque fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 15 mai 1933.

La chapelle Saint-Maudé de La Croix-Helléan. La chapelle Saint- Maudé 33 a été édifiée à l’emplacement où, dit-on, furent enterrés les chevaliers tués au Combat des Trente. Les sablières sculptées sont ornées d’écussons aux armes de Rohan, de Bretagne et de France. 34

La Croix-Helléan. 56
La Croix-Helléan. 56. Saint-Maudé. Photo : 01/10/2017.
La Croix-Helléan. 56
La Croix-Helléan. 56. Saint-Maudé. Les macles de la famille de Rohan. Photos : 01/10/2017.

Pour l’historien Jean-Jacques Monnier, auteur, en 2011, de Histoire de Bretagne pour tous, « ce combat n’a pas réellement eu d’impact historique. Ce sont des chevaliers pro-Français qui se sont battus contre des chevaliers pro-Anglais sans aucune conséquence. C’était plutôt un tournoi. 35

Bertrand Du Guesclin. Par malchance, Bertrand Du Guesclin qui guerroyait du côté d’Avranches, pour le duc de Normandie, le futur roi de France Jean II le Bon, ne pouvait être du nombre. 36

30 avril. Création des commissaires de guerres par Jean le Bon.

3 juillet. Deux montres de 1351. Bonabes de Derval-Rougé, chevalier banneret, dispose de deux bacheliers et 14 écuyers ( Jean de Rougé, Jean de la Ferté, Guillaume de Rougé, Vairon de Rougé, Guillemet de Rougé, Pierre Mahé, Bonabes le Voier, James le Vieil...) ainsi que 16 archers. Le 10 octobre, il a à son service cinq chevaliers, 24 écuyers et 30 archers. 37

Mars. Reprise des hostilités entre la France et l’Angleterre.

7 août. Prise de Saint-Jean-d’Angély par le roi Jean II le Bon. Le siège de Saint-Jean-d’Angély se déroula en Saintonge de mars à septembre 1351. 38

En mars 1351, Jean II le Bon ordonna que fut mis le siège devant Saint-Jean-d’Angély. Les chevaliers poitevins, saintongeais, tourangeaux, angevins installèrent leur camp au pied des murs de la cité. Les maréchaux Guy II de Nesle et Édouard Ier de Beaujeu furent désignés pour prendre le commandement de l’armée royale française.

Les Français ne prirent aucune initiative pour attaquer la ville car ils manquaient d’organisation et ne disposaient d’aucun engin de siège assez puissant pour ébranler les murs de Saint-Jean-d’Angély. La ville resta intacte, les Français refusant on ne sait pourquoi d’attaquer cette petite ville de Saintonge sans grand intérêt stratégique pour le royaume de France.

Un message parvint au roi d’Angleterre, les habitants de la ville assiégée demandaient l’aide du souverain anglais. Edouard III d’Angleterre ordonna à Arnaud-Amanieu d’Albret de se porter au secours des assiégés de Saint-Jean-d’Angély.

Arrivé sur les lieux, le sire d’Albret refusa d’engager bataille avec les Français. Arnaud-Amanieu d’Albret regagna Bordeaux, laissant les pauvres habitants de la ville à la merci de l’armée française.

Une compagnie ayant à sa tête Jean III, comte de Sancerre, comptant vingt-deux écuyers, arriva en renfort devant Saint-Jean d’Angély le 29 avril 1351. Dans ce face à face entre les deux armées, où il n’y eut aucun combat, un groupe de soixante chevaliers ayant à leur tête le maréchal Guy II de Nesle furent capturés par le sire d’Albret et emmenés à Bordeaux. Malgré la grande déception que lui causa la capture du maréchal, Jean II le Bon tint à conduire lui-même le siège de la ville de Saint-Jean-d’Angély.

Le mois d’août arriva et l’armée française assiégeait toujours la ville, l’armée française semblait n’avoir aucune motivation pour prendre cette cité.

Le 7 août 1351, la présence du roi de France poussa les habitants à ouvrir les portes de leur cité au souverain français. 39

Charles de La Cerda est à Saint-Jean-d’Angély.

Saint-Jean-d'Angely. 17
Saint-Jean-d’Angely. 17 . Entrée de Charles de La Cerda dans la ville. Wikipédia.

Guy II de Nesle est fait prisonnier le 1er avril 1351, et mis à rançon à laquelle le roi de France contribue pour 10 000 écus. 40

Édouard Ier, sire de Beaujeu, 6ème prince de Dombes, accompagne Philippe VI de Valois après la défaite de Crécy en 1346. Il est élevé à la dignité de Maréchal de France en 1347. En 1351, il bat les Anglais à Ardres, mais est tué. Il a 35 ans. 41

Arnaud-Amanieu d’Albret, mort en 1401, est sire d’Albret et comte de Dreux (ap. 1382) . Il est le fils de Bernard Ezi IV d’Albret. En 1351, il est envoyé par Edouard III d’Angleterre porter secours aux habitants de Saint-Jean-d’Angély assiégés par les troupes de l’armée royale française, il capture le maréchal Mello et 60 chevaliers. 42

11 septembre. Nouvelle trêve dans la guerre de Cent Ans.

16 novembre. Jean le Bon crée l’Ordre de l’Étoile. C’est un ordre de chevalerie fondé à l’imitation de l’ordre de la Jarretière, créé en 1348, en Angleterre par Édouard III d’Angleterre. La cérémonie inaugurale a lieu à Saint-Ouen le 6 janvier 1352. 43

Charles de Blois-Penthièvre revient en Bretagne.

Les nobles de Bretagne réunis à Dinan 44 nomment Bertrand de Saint-Pern, Bertrand du Guesclin, le maréchal de Beaumanoir, Martin de Fléchières, Guillaume de Penhoët, 45 pour faire partie de l’ambassade qui conduit en Angleterre 46 les princes Jean et Gui de Bretagne, enfants du duc Charles de Blois, qui s’y rendent comme otages pour leur père, détenu à la Tour de Londres, depuis la bataille de la Roche Derrien, 1347. 47

Bonabes de Derval-Rougé est à Dinan le 29 novembre 1352. Il se trouve à Londres avec le vicomte de Rohan, Thibaud de Rochefort, Jean de Beaumanoir, Geoffroy de Dinan et Guillaume d’Avaugour, lorsqu’en 1354, Bertrand du Guesclin vient rendre visite à Charles de Blois. 48

Jean de Malestroit était du parti de Charles de Blois. Jeanne de Penthièvre ayant résolu d’envoyer une ambassade en Angleterre pour traiter de la délivrance de son époux, Jean, sire de Combour est parmi les seigneurs qui apposent leur sceau aux lettres donnant pouvoir aux ambassadeurs de traiter avec le roi d’Angleterre, 29 novembre 1352. 49

Est-ce que Bertrand du Guesclin est allé plusieurs fois en Angleterre pour rencontrer Charles de Blois ? En 1351 ? En 1352. En 1354 ?

Dinan. 22
Dinan. 22. Le château, dit château ou donjon de la duchesse Anne. Photo : 28/05/2005.

Charles de Blois de son côté, après accommodement avec le roi d’Angleterre qui se décidait enfin à le reconnaître comme duc de Bretagne, fut, remis en liberté. Il rentra en France pour réunir la somme nécessaire au paiement de sa rançon et envoyer en Angleterre son fils aîné, Jean de Bretagne, le roi Édouard ayant posé comme condition à la libération du duc Charles, que Jean, son fils aîné, épouserait Marguerite d’Angleterre, sa propre fille, dont il voulait faire une duchesse de Bretagne.

Entre temps, un seigneur anglais, le comte de Derby, fit observer au roi Édouard qu’il se déshonorerait, en abandonnant, par intérêt personnel, comme il allait le faire, la cause de son allié Montfort, pour embrasser celle de Charles de Blois. Il s’ensuivit que Jean de Bretagne, à son arrivée en Angleterre, non seulement n’épousa pas la princesse, mais qu’il fut fait prisonnier avec son frère Guy qui l’avait accompagné.

La négociation se réduisit alors à traiter de la rançon de Charles de Blois, qui vint en Bretagne pour recueillir la somme nécessaire au recouvrement de sa liberté. Il l’obtint enfin, mais à condition que ses deux fils demeureraient en otage jusqu’au paiement intégral de sa rançon.

Charles de Blois est en Bretagne pour le mariage de sa fille Marguerite avec Charles d’Espagne 50.

Dans ce voyage qu’il fit en Bretagne, ce fut à la Roche-Derrien que revint Charles de Blois. Il profita du séjour qu’il y fit pour accomplir un pèlerinage à saint Yves. Ce fut, dit-on, pieds nus, par un jour de grand gel, qu’il fit le trajet de la Roche à Tréguier. Il y fut reçu par l’évêque Robert Peynel et son chapitre (1351). 51

Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois ont cinq enfants.

  • Jean Ier de Châtillon (1340 † 1404), comte de Penthièvre, vicomte de Limoges, baron d’Avaugour, seigneur d’Avesnes.
  • Gui, envoyé en otage en Angleterre et mort sur place.
  • Henri, mort en 1400.
  • Marie (1345 † 1404), comtesse de Guise et dame de Mayenne, mariée en 1360 avec Louis duc d’Anjou (1339 † 1384), comte du Maine, comte de Provence et de Forcalquier.
  • Marguerite, mariée en 1351 avec Charles de La Cerda († assassiné en 1354, sans postérité), comte d’Angoulême et connétable de France. 52

Thebaud III de Rochefort, fils de Guillaume, 53 est quelquefois nommé Guillaume. Il épousa Jeanne d’Ancenis, qui lui donna 4 enfants, et recueillit Rochefort, Donges, Châteauneuf, en 1347, et Ancenis en 1351. Il fit le voyage d’Angleterre pour la délivrance de Charles de Blois, et périt à la bataille d’Auray en 1364. 54 Sa veuve se remaria à Charles de Dinan-Montafilant. 55

Ollivier et Roland de Saisy figurent dans les montres de 1351.

Originaire du Nivernais, la famille De Saisy n’apparaît en Bretagne que vers le milieu du XIVe siècle. Elle s’y implante par suite d’un mariage avec l’héritière de Kerampuil. 56

Alain de Saisy (†1379), fils d’Ollivier ou de Roland, est écuyer, homme d’arme et compagnon de Bertrand du Guesclin. Il est seigneur de Kerampuil.

Frère d’arme de Jean de Kerloüet (le fameux Carlonnet), il est peut-être son beau-frère. Jean de Kerloüet et Alain de Saisy sont fait prisonniers par les Anglais en 1369, lors du combat au pont de Lussac en Poitou. 57

Bertrand du Guesclin est à Pontorson, Manche, auprès du maréchal de France, Arnoul d’Audrehem et de Pierre de Villiers, gouverneur de la ville.

Pontorson. 50
Pontorson. 50 . Eglise Notre-Dame, pur roman de transition, gothique du 13 et 15ème. Photo : 10/05/2010.

Arnoul, sire d’Audrehem devient maréchal de France entre le 21 juin et le 1er juillet 1351. 58 Il est né entre 1302 et 1307. Il commande deux expéditions de secours au roi d’Écosse David Bruce, en 1335 et 1341. En 1346, il participe au siège d’Aiguillon, avant de rejoindre Calais et d’y être capturé, lors de la reddition de la ville en 1347. Jean le Bon le nomme capitaine de guerre du comté d’Angoulême en 1349. Il est de nouveau capturé par les Anglais lors du combat de la Chapelle Saint-Georges en 1351. Il épouse Jeanne de Hamelincourt, veuve de Jean de Walincourt entre 1348 et 1351. Il est maréchal de 1351 à 1368 et porte-oriflamme de France, de 1368 à sa mort en 1370. La même année, il est nommé lieutenant du roi en Poitou, Saintonge, Limousin, Angoumois, Périgord et des pays entre Loire et Dordogne. 59

Pierre de Villiers, seigneur de Domont, 60 sert le roi de France en Normandie. Dès 1348, il est chevalier du Guet à Paris, puis se rend en Écosse avant de servir en Normandie. Membre de l’ordre de l’Étoile, il est en 1352 aux côtés de Guy II de Nesle, Maréchal de France, en Bretagne, lors de la bataille de Mauron, 1352. Fait prisonnier, sa rançon est payée par Jean II le Bon qui le nomme capitaine des places-fortes de Pontorson et du Mont-Saint-Michel. Apparemment il n’est pas capitaine en 1351, mais en 1352.

Le Mont-Saint-Michel. 50
Le Mont-Saint-Michel. 50 . Vue du Couesnon. Photo : 17/05/2009.

Pierre d’Ailly (en latin : Petrus de Alliarco), naît à Compiègne. C’est un cardinal français fort influent de son temps et un auteur universitaire prolifique. Il laisse plus de 170 ouvrages ou opuscules. Il meurt à Avignon le 9 août 1420.

Décès du chroniqueur Jean de Saint-Victor (13..-1351 ?). Chanoine régulier de l’abbaye Saint-Victor de Paris, où il serait rentré en 1327 et mort vers 1351. -

Commequiers. Guy II de la Forest prend le parti des anglais. Il se bat en 1351 aux cotés de Jean de Monfort. 61En 1356, il participe à la bataille de Poitiers. En 1372, il défend Thouars contre Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson. Ses biens sont confisqués. Charles V les lui rend lorsque peu avant de mourir, il fait sa soumission. 62

Commequiers. 85
Commequiers. 85. Construit dans la seconde moitié du XVème et XVIème siècle par Louis de Beaumont. Photo : 13/08/2013.