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D’Uzès à Remoulins

18 mai 2016

Uzès (30), départ 11 heures.

Copieux petit déjeuner à l’hôtel Sophie. Une bonne adresse.

Uzès. Je retrouve mon étudiant-chauffeur et mon chapeau
Uzès. Je retrouve mon étudiant-chauffeur et mon chapeau.

Je me rends au Lycée Georges Guynemer pour voir si le secrétariat peut m’aider à retrouver mon étudiant en ébénisterie. Après quelques recherches sur l’ordinateur et dans le fichier photo des élèves, bingo, une dame charmante, l’identifie. Elle va le chercher en cours. Il me dit qu’il n’a plus de cours après 11h et me confirme qu’il a mon chapeau. On se donne rendez-vous devant le lycée, le chapeau est dans sa voiture garée à proximité. Que d’émotions. Quelle route choisir pour aujourd’hui ? Je me promène dans Uzès et achète l’ouvrage de Stevenson que je lis en attendant 11h, histoire de rester dans l’ambiance. A Uzès il y a un aqueduc à l’est de la ville, je ferai des recherches. Il y en a également un à Traverse et à Bordnègre, à l’ouest, en direction des Argilliers. Le temps gagné hier en voiture compense cette matinée de repos, tranquille. Je lui laisse mes coordonnées et l’invite à me contacter s’il vient en Bretagne. Merci. Oh, mon chapeau. Sans lui, j’étais perdu, tout nu.

La route amène des réflexions inattendues. Ainsi, en voici une. On est condamné à mort dès la naissance...et même un peu avant. Alors, profitons-en. Et une autre. Pourquoi y a t-il plus de détritus dans les fossés des bords de route dans le sud ? Eh bien, je crois que c’est la faute à la chaleur ! Les automobilistes roulent les fenêtres ouvertes, le manque de moyens leur interdit d’acheter des véhicules climatisés. Conclusion ils jettent leurs déchets par la fenêtre. Dans les régions plus froides, en Auvergne, les fenêtres restent fermées, donc on garde les détritus à l’intérieur. Nous, en Bretagne, il pleut, c’est aussi une bonne raison. Oui, ça doit être la chaleur et non une préoccupation plus ou moins vive pour l’environnement. Où se cachent les vraies fausses bonnes raisons ?

Je constate que la nature mange les routes, le macadam des bordures. De nombreuses plantes dont le thym poussent à travers le bitume. Des racines d’arbres poussent sous les routes et les explosent. La nature a une capacité d’adaptation incroyable, l’homme ne l’arrêtera pas. C’est elle qui vaincra l’homme malgré, ou à cause de tout le mal qu’il lui fait. Equipé de mon chapeau retrouvé, je me dirige vers Flaux. Les marcheurs me disent « bonne route », les autres « bon courage ». Aujourd’hui, j’ai même eu un « bon voyage ». Je passe le pont sur l’Arzon. Il y a un chemin à gauche, j’hésite, je ne le prends pas. La D 982 est bordée de platanes, je marche à l’ombre. C’est très bien. Les églises du coin ont souvent des tours surmontées d’une structure en fer forgé. A ma droite, Saint-Siffret, son église, un château, au milieu des vignes. Certains automobilistes ne doivent pas avoir pris l’option clignotant sur leur véhicule. Ou c’est encore la chaleur, la fatigue qu’elle engendre, lever le bras pour actionner le clignotant. Il faut que j’informe France, ma belle-sœur qui m’a offert mon chapeau, qu’il aura bientôt parcouru un millier de kilomètres. Un cadeau très utile, pour une fois. Les oiseaux gazouillent, ils semblent de plus en plus nombreux. Toujours pas de cigales.

Les coquelicots et les asperges
Les coquelicots et les asperges.

Des champs d’asperges. Des parfums, des senteurs, des effluves, un vrai bonheur pour le nez. A Flaux, l’altitude est de 153 mètres. J’ai bien baissé ! Des vignes, oliviers, chênes truffiers, cèdres de l’Atlas, pins noirs, pêchers, abricotiers. La garrigue. Des lavognes, cuvettes pour recueillir les eaux de pluie. Des rosiers en fleurs. Une petite pensée pour Ronsard et mes souvenirs d’école, le poème du jardinier « Mignonne, allons voir s’il arrose... ». Pause sardines sur un banc du village. Les cloches de l’église, fermée, sonnent 13 h. Je repense à mon bienfaiteur pour mon chapeau, l’ébéniste, quel est le lien avec le bois d’ébène ? Quand je vois la multitude de façons de couvrir les toitures je me dis qu’un ouvrage sur le sujet est à entreprendre. Toits de France. Pour aider à faire comprendre la géologie pourquoi ne pas signaler sur les murs de maisons ou autres constructions la nature des roches utilisées, leur provenance, leur âge. Discrètement et proprement, bien sûr.

Ce beau chemin ne va pas où je veux aller
Ce beau chemin ne va pas où je veux aller.

A la sortie de Flaux, j’opte pour un chemin qui doit aller à Valliguières. Une fois de plus, je m’aperçois rapidement que je ne suis pas sur le bon sentier. J’ai horreur de faire demi tour et revenir sur mes pas. Alors, j’avance plein sud, je verrai bien où je vais arriver. A la Pierre Plantée, des moutons, des boucs, et des chiens de garde qui m’aboient dessus. Je m’éloigne prestement, pas question de se faire mordre ici, seul et perdu dans la garrigue. Le paysage est magnifique, sous le soleil. Je ne croise personne pendant 2 heures. C’est un chemin de pierrailles qui courent sous les pieds. Vigilance, une entorse ne serait pas la bienvenue. Pas très agréable, enfin, c’est parti, allons au bout.

Il y a aussi des chiens, au revoir
Il y a aussi des chiens, au revoir.

Petite pause vers 14h, le fumet des chaussettes écarte les fourmis. En face, des montagnes, les Alpilles ? Je passe sous une ligne à haute tension, sauvé, elle mène à la civilisation. Je suis paumé, la tension monte. Je suis certain d’être en Provence, la végétation le prouve. Au loin, je distingue enfin des toits. Non, pas des toits mais des cuves immenses remplies de pierres. Qu’est-ce-que c’est ? Aucune idée. Sur ma gauche, une vallée profonde, sur ma droite aussi. En face, le chemin, et le haut d’un clocher d’église, super, de quel village ? C’est Castillon-du-Gard, joliment perché. Pas du tout ce qui était prévu.

Castillon-du-Gard
Castillon-du-Gard.

Un orage s’annonce, vent, nuages noirs. Je vais vers Remoulins, ce sera bon pour la journée. Une vingtaine de kilomètres depuis Uzès, et ceux faits en ville. La pluie tombe, je suis bâché, une camionnette s’arrête à mon niveau et une jeune femme me propose de m’avancer. J’accepte. C’est une intermittente du spectacle qui se rend à Avignon. Après 1 ou 2 kilomètres, elle me dépose à l’entrée de Remoulins. C’est très sympa. Merci. Je fais le tour du centre historique. Quelques vestiges intéressants, un bon plan et commentaires sur un document de l’Office de Tourisme pris à l’hôtel des Glycines. Je déguste un pastis qui s’accommode bien avec l’identité régionale. Je repense à mes aqueducs et constate qu’il y a un village du nom de Vers près d’Uzès. Je me souviens qu’il y en a également un, du même nom, près de Cahors, sur le tracé de l’aqueduc. Est-ce qu’il y a un lien entre aqueduc et Vers, à creuser. Repas à la pizzeria en face de l’hôtel, la pluie menace encore. Venir de Bretagne pour trouver la pluie en Provence, c’est un comble ! Est-ce bien vrai qu’il fait toujours beau en Provence ? Est-ce aussi vrai qu’il pleut souvent en Bretagne ? Demain je vais tenter de rejoindre Maillane. Après-demain, Eygalières. Et ensuite Lançon-Provence. J’arrive au bout du voyage.

Sur le circuit historique du centre-ville
Sur le circuit historique du centre-ville.

Au menu : pesto, pâtes, huile d’olive, herbes. Des sucres lents, on est pas pressés. Une crème brûlée. Le patron me dit que le Pont du Gard est le 2ème site touristique de France après la Tour Eiffel. Le Mont Saint-Michel serait le 3ème. Mes voisins de table réfléchissent à leurs vacances, les frais de route, d’hébergement, les apéros, la plage, les siestes...Ils comparent à leurs vacances antérieures, c’était génial, super, le marché, le grand bol d’air, la Bretagne, la Sardaigne. Tu ne te souviens plus de ci, de ça, regarde les photos sur ton portable. Alors qu’est-ce que je te disais ! Une heure de souvenirs. Sur le marché, tu as acheté des robes à 10 balles, des robes simples, avec des épaulettes. Et, avant que je parte, les menus des restaurants, ce qu’ils ont mangé, jour par jour, le midi, le soir. Ras le bol, bonne nuit.


Voir et savoir

  • Flaux,30 : Château du 13ème.
  • Remoulins,13 : Le Pont du Gard. Le centre-ville.

Ma collection de tampons