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1347. Bertrand du Guesclin a 27 ans

Philippe VI de Valois a 53 ans. Edouard III a 35 ans. Charles de Blois a 28 ans. Bataille de La Roche-Derrien. Siège de Calais. La peste noire. Canonisation de saint Yves.

19 mai. Hélory de Kermartin est canonisé.

Hélory de Kermartin, ou Yves de Tréguier, né probablement le 17 octobre 1253 au manoir de Kermartin, à Minihy, près de Tréguier (aujourd’hui Minihy-Tréguier, Côtes-d’Armor, Bretagne), où il est décédé le 19 mai 1303, est un prêtre et official du diocèse de Tréguier, sous le règne de Jean Ier de Bretagne.

Il consacre sa vie à la justice et aux pauvres, aussi est-il canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI. On le fête le 19 mai. Aucun récit contemporain de la Vie de saint Yves ne nous est parvenu, mais la procédure entamée en 1330 pour aboutir à sa canonisation a servi de document de référence. Leur audition de 300 témoins débute le 23 juin 1330 à Tréguier et s’achève le 4 août suivant. Yves Hélory est inscrit au catalogue des saints. 1

Tréguier. 22
Tréguier. 22. Mausolée de Saint Yves dans la cathédrale Saint-Tugdual. Photo : 28/01/2017.

Dans cette source la date de naissance est différente. Né en 1250 au manoir de Kermartin dans le « minihy » de la paroisse de Tréguier, il quitte Tréguier à l’âge de 14 ans afin de suivre divers cycles d’études à Paris puis à Orléans. Il devient en 1280 official (juge ecclésiastique) à Rennes. C’est là qu’il va avoir la révélation que le salut est dans l’ascétisme.
En 1284 il revient dans le Trégor à la demande de l’évêque de Tréguier, est ordonné prêtre en 1285 et est nommé à la cure de Trédrez, puis de Louannec (1292) tout en poursuivant ses grandes prédications.

Il acquiert dès son vivant une réputation de sainteté. A sa mort, en 1303, va se développer immédiatement un culte profond qui débouche dès 1347 sur sa canonisation. Saint patron des pauvres, St Yves est aussi celui des avocats et des gens de loi. Un important colloque juridique a lieu chaque année à Tréguier à l’occasion du Pardon.

Plus de six siècles après, celui-ci, qui a lieu le troisième dimanche de Mai (après avoir été longtemps célébré le 19 mai, jour anniversaire de sa mort), continue d’attirer une foule considérable de pèlerins venus de toutes les paroisses alentour avec leurs plus belles bannières, de religieux et d’ avocats venus de tous les pays. La procession part de Tréguier pour se diriger vers Minihy où elle rencontre celle venant de cette paroisse. A la croisée des chemins a lieu le spectaculaire salut des bannières.

« Dès le matin du grand jour, l’animation est extraordinaire : guirlande de verdure, fleurs, décorations aux couleurs jaunes et noires, arcs de triomphe. Des mendiants invraisemblables, un peuple de bohémiens en guenilles, grouille le long des chemins semés de fleurs : lépreux, nains, estropiés, amputés qui n’ont même plus une main à tendre et à qui l’on jette l’aumône dans une sébile posée à terre devant eux ». (Constant de Tours- 1892). 2

Richard du Poirier est fait évêque de Tréguier en 1339. Il jette la même année les fondements de la nouvelle cathédrale de Tréguier. Yves Helory est prêtre de son diocèse.

Les Blois-Penthièvre « récupèrent » le culte de Saint-Yves. Ensuite ils se battront pour obtenir la canonisation de Charles de Blois ! Evidemment ils sont attaqués par les Montfort.

18 ou 20 juin. Bataille de la Roche-Derrien.

La Roche-Derrien, Côtes d’Armor, est installée au fond de la ria du Jaudy, à l’endroit de rencontre de l’eau douce et de l’eau de mer. Elle est installée sur une éminence, située dans un méandre, qui ont justifié le passage à gué, le pont, puis le château.

La Roche-Derrien. 22
La Roche-Derrien. 22 . Vue de l’emplacement du château détruit. Photo : 28.01.2017

La Roche-Derrien est élevée lors de la construction d’un château en faveur de Derrien, juveigneur de Goëllo, au début du XIe siècle. L’actuelle chapelle du Calvaire est construite sur la base de la tour de l’ancien château.

La Roche-Derrien. 22
La Roche-Derrien. 22 . Photo : 28/01/2017.

Assiégés du 30 novembre au 3 décembre 1345, les habitants de la Roche-Derrien capitulent et livrent la place au comte de Northington, 3 qui y place une garnison anglaise. Entre le 20 et le 27 mai 1347, Charles de Blois (prétendant au titre de duc de Bretagne) vient mettre le siège devant la Roche-Derrien. Il est attaqué de l’extérieur le 18 ou le 20 juin par les troupes commandées par Thomas Dagworth. 4

Robert Knolles est également du combat. 5

Charles de Blois refuse toutes négociations avec la population assiégée et à bout de force. Il est capturé par le capitaine Thomas Dagworth, les Français sont battus. Charles de Blois échappe à une exécution sommaire grâce à l’intervention de Tanguy 1er du Chastel dont il a pourtant assassiné les fils sous les murs de Brest.

Tanguy Ier du Chastel, époux de Tiphaine de Plusquellec, lieutenant général des armées de Jean de Montfort lors de la guerre de Succession de Bretagne (1341 - 1364) à laquelle il participe. Il gagne la bataille de La Roche-Derrien contre Charles de Blois et en 1352 la bataille de Mauron. Il fait construire la Tour Tanguy face au château, à Brest. Le château de Trémazan se trouve sur la commune de Landunvez, Finistère, face à Portsall. C’est le fief de la famille du Chastel. Il est situé en contrebas de la route côtière, caché depuis la mer. Il est en ruine. 6

Charles de Blois est envoyé en Angleterre, il y reste neuf ans, captif à la tour de Londres. Jean IV de Beaumanoir et Guy XI de Laval sont également faits prisonniers.

Laval. 53
Laval. 53 . Le château. Photo : 25/02/2017.

Jean IV de Beaumanoir est le fils de Jean III de Beaumanoir seigneur de Beaumanoir et de Merdrignac et de Marie de Dinan-Montafilant dite « Marie du Guildo » et le neveu de Robert († après 1347), chevalier en 1342, Maréchal de Bretagne pour Charles de Blois. Jean IV succède à son père comme seigneur de Merdrignac, c’est un ami et un compagnon d’armes de Bertrand du Guesclin.

Le combat aurait opposé 3 000 hommes de Charles de Blois à 2 000 Anglais et Bretons. Le parti de Charles de Blois compte 700 morts dont des représentants des plus grandes familles de l’aristocratie bretonne : Geoffroy IX de Châteaubriant, Payen IV de Malestroit, Guy X de Laval, Rohan, Jean de Rougé, Guillaume Ier de Rougé, seigneur de Derval, Guillaume III de Rochefort, Montfort, Guillaume de Quintin, Rais, Rieux, Rostrenen, Boisboissel...

"Les principaux seigneurs qui périrent dans cette nuit furent les sires de Laval, de Montfort, de Châteaubrient, de Derval, de Rougé, de Quintin, de Rais, de Rieux, de Machecou, de Rostrenen, de Loheac, de la Roche et de la Jaille, Guillaume de Quintin, Geoffroi de Tournemine et Thibaud de Boisboissel avec 4000 hommes d’armes" 7

Geoffroy IX de Châteaubriant, né en 1314, a 33 ans.

Chateaubriant. 44
Chateaubriant. 44. Le château. Photo : 04/07/2017.

Péan ou Payen IV seigneur de Malestroit et de Largoët. C’est le fils de Geoffroy II de Malestroit, 8 mentionné dès 1309, il défend Auray pour Charles de Blois en 1341, se rallie à Jean de Montfort, est décapité à Paris en 1343. Payen IV, son fils, recueille l’héritage de sa famille, et périt au siège de la Roche-Derrien, sans laisser de postérité. 9

Elven. 22
Elven. 22. Le château de Largoët. Photo : 16/09/2018.

Guy X de Laval meurt à la bataille de la Roche-Derrien. Son fils y est fait prisonnier. Béatrix de Bretagne traite la rançon de ce dernier, elle le rachète pour« grand somme d’argent. » 10

Guillaume III, 12ème seigneur de Rieux, de Nozay et de Fougeray, (vers 1295-20 juin 1347), meurt sans postérité. 11

Pierre V de Rostrenen a 77 ans, il est né vers 1270, seigneur de Rostrenen, il prend une part active dans la guerre, il commande une partie de l’armée de Charles de Blois (qu’il hébergea en son château de Rostrenen lorsque le prétendant se rendait à Carhaix) dans la première période de la guerre. Il assiste au siège de Rennes, à celui d’Hennebont et prend part à la reddition d’Auray. Il périt à la bataille de La Roche-Derrien.

Guillaume Ier, seigneur de Rougé de Derval, né vers 1270 et mort le 18 juin 1347, 8e seigneur de Rougé de Derval et de La Roche d’Iré, marié vers 1288 à Jeanne ou "Eustasie" de Neuville, née vers 1264 et morte vers 1316, dame de La Roche d’Iré, dont :

  • Bonabes III de Rougé (vers 1290 † 1338),
  • Jean Ier de Rougé-Derval, 9e seigneur de Rougé, marié vers 1318 à Macée de la Haye, dont :
  • Marguerite de Rougé (née vers 1320), dame de Jasson, mariée en 1339 à Olivier II de Tournemine ( † 20 juin 1347 à la Bataille de la Roche-Derrien), seigneur de La Hunaudaye, puis mariée à Jean, seigneur de Coëtquen ( † vers 1364 en Angleterre).

Jean Ier de Rougé-Derval a 57 ans, il est né vers 1290. Il est 9ème seigneur de Rougé, seigneur de Derval, de Grez-Neuville, de La Cornouaille, et de La Roche d’Iré. Il se marie en 1326 à Jeanne de Léon (vers 1307 † avant 1340), dame de Châteauneuf-en-Thymerais. Il est tué lors du combat de La Roche-Derrien, le 20 juin 1347, avec son père Guillaume Ier, son fils Jean II, et son beau-frère Olivier II de Tournemire. 12

Jean II de Rougé-Derval (appelé dans les textes "Derval"), meurt sans postérité.

Guillaume II de Rochefort, seigneur d’Assérac, fils aîné de Thébaud II (A. Paz, 635), épousa Philippe, fille de Guy VIII de Montmorency-Laval, puis Jeanne de Caletot, qui lui survécut. 13 Il favorisa, en 1330, les prétentions de la duchesse de Bretagne sur la Savoie, et servit, en 1338, Philippe de Valois contre les Anglais (Dom Morice, Preuves Tome 1er, 1392, 1397). En 1341, il embrassa la cause de Charles de Blois, fut témoin, en 1343, d’un contrat de mariage, et mourut vers 1347 (Dom Morice, Preuves Tome 1er, 1437, 1465).

Thebaut III de Rochefort, fils de Guillaume (Dom Morice, Preuves Tome 1er, 1465), est quelquefois nommé Guillaume. Il épousa Jeanne d’Ancenis, qui lui donna 4 enfants, et recueillit Rochefort, Donges, Châteauneuf, en 1347, et Ancenis en 1351. Il fit le voyage d’Angleterre pour la délivrance de Charles de Blois, et périt à la bataille d’Auray en 1364 (Dom Morice, Preuves Tome 1er, 1461, 1486, 1496, 1664, …). Sa veuve se remaria à Charles de Dinan-Montafilant. 14

Raoul VI, de Gaël-Montfort, chevalier, partisan de Charles de Blois, est tué à la Roche-Derrien, d’après une lettre de Robert d’Avesbury, insérée dans les notes des chroniques de Froissart.

Montfort-sur-Meu. 35
Montfort-sur-Meu. 35. Photo : 06/05/2018.

Chesnin (ou Thesnin ou Thibaut) de Boisboissel, chevalier banneret, fait partie des vingt-trois chevaliers de cette distinction au service de Charles de Blois.

D’autres seigneurs périssent : Les Machecoul, Rieux, Lohéac, Rostrenen, de la Roche et la Jaille, Geoffroi de Tournemine, le seigneur de Quintin et Guillaume son fils, messire Jehan son autre fils, le sire de Laval et son fils, le seigneur de Vauguion... 15

Olivier II de Tournemine, seigneur de La Hunaudaye, est marié en 1339 à Marguerite de Rougé, née vers 1320, dame de Jasson. Il meurt le 20 juin 1347.

La Hunaudaye. 22
La Hunaudaye. 22. Photo : 06/10/2002.

Les détails de la défaite. Son 16 premier soin, en arrivant sous nos murs, fut de distribuer les postes de combat. II plaça le meilleur et le plus important d’entre eux sur la rive gauche du Jaudy, dans un lieu nommé le Placis Vert (Place Verte), certainement le Chef du Pont actuel, point qui lui paraissait le plus vulnérable et par lequel il pensait devoir être attaqué. Ce point commandait, en effet, les routes de Bégard et de Lannion, et défendait l’entrée du pont qui, seul alors, donnait accès à notre ville.

Aux troupes qu’il avait placées là, Charles donna l’ordre de "n’en bouger, ni à cor ni à cri", ni sous quelque prétexte que ce fût. Il savait que des troupes anglaises, envoyées par Jean de Montfort au secours des Anglais de la Roche, se reposaient alors à Bégard, avant de l’attaquer et de là l’ordre donné aux troupes du PIacis Vert.

Ce fut un ordre malheureux, car, trompant toutes les prévisions de Charles, ces Anglais prirent des sentiers détournés à travers bois, passèrent la rivière au Pont Aziou et, le moment venu, devaient accéder à la Roche par un autre côté.
Toutes ses dispositions d’attaque étant prises, Charles de Blois fit agir ses machines de guerre qui étaient au nombre de neuf et si puissantes qu’elles lançaient sur notre ville des pierres de 300 à 400 livres.

Une de ces pierres tomba par hasard sur la maison de Richard Toutesham, le commandant anglais de la Place, dont la femme venait de mettre un enfant au monde. Cette dame fut si épouvantée qu’elle supplia son mari de capituler. La ville entière le désirait elle-même, car toutes les maisons avaient beaucoup souffert et la position ne semblait plus tenable.

On envoya donc vers Charles de Blois pour traiter, mais le Duc refusa avec hauteur d’entrer en négociations, espérant battre sans peine les troupes que l’intrépide comtesse de Montfort envoyait aux assiégés. Ce fut une nouvelle faute.

Devant le refus du duc Charles de traiter, les Anglais assiégés dans la Roche redoublèrent d’efforts et ils eurent bientôt la satisfaction d’apprendre qu’il leur arrivait un secours de 8.000 hommes d’infanterie et de 1.000 hommes de cavalerie, sous la conduite de Thomas d’Ageworth, de Tanguy du Châtel et de Jean Hartwel. C’étaient les troupes de Bégard.

Elles arrivèrent au camp de Charles de Blois placé entre les hauteurs de Bellevue, le cimetière actuel, le Moulin et la Maladrerie, par une nuit si noire et dans un tel silence des troupes, que, ni les Sires de Derval et de Beaumanoir, ni Robert Arrel, ni les autres chevaliers préposés à la garde ne s’aperçurent d’abord de la présence des Anglais. Un léger bruit attira cependant l’attention du guet : l’alerte fut donnée et les avant-postes en vinrent aux mains avec les Anglais.

On se battit d’abord dans l’obscurité et la lutte ne fut, à son début, qu’une succession de duels et de corps à corps dans lesquels les hommes d’un même parti s’attaquaient souvent entre eux, croyant avoir affaire à l’ennemi, Mais les troupes anglaises avaient un avantage sur celles de Charles de Blois : elles avaient un mot de reconnaissance qui leur permettait d’interrompre la lutte en cas d’erreur ; celles de Charles de Blois n’en avaient aucun et continuaient à se battre entre elles.

Au premier moment, cependant, D’Agewort est pris, fait prisonnier, puis délivré par les siens et repris une seconde fois par Charles de Blois, accouru en personne sur le champ de bataille.

Le Sire de Laval, le Sire de Rohan et plusieurs autres seigneurs se procurèrent quelques flambeaux et se battirent à leur lueur avec un courage vraiment digne de la victoire. Mais le Commandant anglais de la Place, informé de ce qui se passait, fit une sortie à la tête de 500 hommes, armés de haches, perça la ligne de bataille de Charles de Blois et fit un horrible carnage dans les rangs de ses soldats.

Pris entre deux feux, attaqué en avant et en arrière, et déjà entouré d’illustres morts, Charles battit en retraite jusqu’au lieu dit le Mézeau. Là, adossé contre un moulin à vent, il se défendit encore pendant quelque temps ; mais, atteint de dix-huit blessures, perdant son sang en abondance, ne pouvant plus se soutenir, il fut contraint de se rendre. Il ne voulut pas le faire à un Anglais ; il remit son épée à Robert du Châtel, chevalier breton du parti de Montfort.

Comme le Duc de Bretagne dut regretter alors l’ordre malheureux donné aux troupes du Placis Vert !... La présence de ces troupes d’élite eut certainement changé la face des choses et mué la défaite en victoire ; mais, fidèles à la consigne reçue, et ignorant ce qui se passait sur les autres points, elles ne bougèrent pas.

En apprenant la défaite de Charles de Blois, les Français, ses alliés prirent la fuite, laissant sur le champ de bataille, au nombre des morts : Guy X de Laval, les Sires de Montfort, de Chateaubriand, de Derval, de Rougé, de Quintin, de Ruis, de Rieux, de Machecoul, de Rostrenen, de Lohéac, de la Roche, de la Jaille, Guillaume de Quintin, Geoffroy Tournemine, etc., etc., et plus de 4.000 hommes d’armes.

"Par le massacre de la Roche-Derrien, par la capture de son chef", dit M. Luce, "le parti de Blois se sent frappé au cœur". "Ce désastre, la ruine financière et militaire qui en est la conséquence, la captivité de Charles de Blois vont changer la face des choses en Bretagne. Liée par les trêves et plus encore par le précieux gage qu’une défaite vint de mettre entre les mains des vainqueurs, Jeanne de Penthièvre, épuisée d’ailleurs par l’énorme rançon qu’il faut recueillir pour obtenir la mise en liberté de son mari, est désormais hors d’état de prendre l’offensive contre ses adversaires."
 
Faut-il ajouter avec le même auteur. "Défaite glorieuse, mais irréparable dont le parti de Blois ne devait jamais se relever."

Tombé sur le champ de bataille, Charles de Blois, relevé par les soldats anglais, fut porté par eux en son château de la Roche où, s’il n’avait pas rejeté les propositions de paix il serait rentré en vainqueur, il arrivait vaincu et prisonnier.

D’Ageworth le traita d’abord avec beaucoup d’humanité ; il le fit débarrasser de son armure et déposer sur un bon lit de plume, puis il vint lui même le visiter. Mais, ayant appris plus tard que le Duc de Bretagne avait refusé de se rendre à un Anglais, il émit la prétention que Charles se rendit à lui. Le noble vaincu s’y refusa.

Alors d’Ageworth le traita avec la dernière rigueur : il le fit dépouiller de ses vêtements, jeter nu sur de la paille et se retira en laissant près de lui un linceul.

De la Roche-Derrien, Charles de Blois fut conduit à Vannes, où il passa un an à se remettre de ses blessures, et de là fut envoyé en Angleterre où il fut retenu prisonnier jusqu’en 1352. 17

La Roche-Derrien. 22
La Roche-Derrien. 22 . Dans l’église Sainte-Catherine. Photo : 30.03.2006

Guillaume de Saint-André raconte ce sanglant combat. 18

Charles de Blois passe par Carhaix ? Le chanoine Rolland de Coatelez, chapelain particulier de Charles de Blois, autorise le 22 juillet 1361, les Augustins à construire un monastère pour douze religieux, il joue un rôle important dans cette fondation. En effet, Charles de Blois y avait été amené en 1347, après sa défaite à La Roche-Derrien (Côtes-d’Armor). 19

Alors commença la gloire de Jeanne de Penthièvre, digne rivale de l’héroïque veuve de Montfort. Toute capable qu’elle se montrât de soutenir seule son parti, elle ne cessa de s’occuper de la délivrance de son mari. Des négociations furent nouées avec la cour d’Angleterre ; l’on songea même à des alliances de famille. 20

Que fait Bertrand du Guesclin ? Est-il de la bataille ? N’est-il pas suffisamment connu pour être cité ? Une seule source 21 mentionne sa présence à La Roche-Derrien peu éloignée de Broons, environ 60 kilomètres.

3 ou 4 août. Calais se rend à Edouard III.

Le 4 Septembre 1346, après avoir ravagé sur son passage le Ponthieu et le Boulonnais, brûlé les faubourgs de Montreuil, Etaples et Wissant, Edward III est sous les murs de Calais.

Juin. Jean de Vienne, capitaine de Calais assiégée, écrivit une lettre au roi Philippe VI de Valois lui demandant de venir lui porter secours « ...la garnison n’avait d’autres alternatives que de tenter une sortie désespérée : nous aimons mieux mourir aux champs honorablement que de nous manger l’un l’autre !... ». Cette lettre transmise par l’intermédiaire d’un bateau génois est interceptée par la marine anglaise. Édouard, ayant lu la lettre, y ajoute son sceau royal puis l’envoie à Philippe. Le 27 juin 1347, l’armée française parait à hauteur de Sangatte. 22

La bataille de Crécy a des conséquences navales importantes, puisqu’elle permet à Édouard III d’Angleterre de mettre le siège devant Calais. La ville, attaquée par terre et par mer, résiste onze mois. 23 Lorsqu’elle se rend, le 4 août 1347, elle offre aux Anglais une porte d’entrée idéale dans le royaume. Édouard, qui ne s’y trompe pas, chasse la population pour y installer des colons anglais. À moins d’une journée de navigation de Douvres, Calais va rester plus de deux siècles une base avancée anglaise en terre française et servir dans ce conflit de point de départ à d’autres chevauchées meurtrières.

Edward III fait construire entre Calais et les rivières de Guînes et de Hames, le pont Nieulay et une véritable ville qu’il appelle Villeneuve la Hardie, amplement approvisionnée. Son armée, forte de 32000 hommes à son départ d’Angleterre, compte à un certain moment 100.000 hommes de troupe. 24

Gautier de Mauny négocie avec Jean de Vienne.

Les 6 bourgeois de Calais. Selon le chroniqueur Jean Froissart, Édouard III accorde la vie sauve aux habitants et à la garnison de Calais à condition que lui soient livrés six bourgeois de la ville. En chemise, la corde au cou, six Calaisiens volontaires apportent les clés de la ville au roi. Les bourgeois, dont Eustache de Saint-Pierre, Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Vissant, sont épargnés grâce à l’intervention de la reine Philippa de Hainaut, épouse d’Edouard III. Les six bourgeois sont déportés en Angleterre puis libérés contre rançon. 25

Calais. 62
Calais. 62 . Photo : 26.07.2014.

4 Août. Gautier de Mauny prend possession de la ville et du Château. Son premier soin est d’ordonner de mettre Jean de Vienne et ses chevaliers en prison courtoise, en attendant leur transfert en Angleterre jusqu’à ce qu’ils payent leurs rançons.

Edouard III rembarque pour l’Angleterre, laissant des troupes à la garde de Calais sous les ordres de Jean de Montgomery, avec les chevaliers français prisonniers, parmi lesquels Jean de Vienne, Jean de Sury et Ernoul d’Audrehem. Ces prisonniers demeurent six mois en Angleterre et sont par la suite mis à rançon. Philippe VI de France les rachète. Les hostilités ne reprennent qu’à la mort de Philippe, trois ans plus tard, cette fois dans le Poitou. Quant à la ville de Calais, elle ne redevint française qu’en 1558.

Johan III de Grailly, captal de Buch de 1347 à 1376, est né en 1330 et mort le 7 septembre 1376, c’est l’un des principaux capitaines anglais de la guerre de Cent Ans. Son prénom est en gascon Johan (prononcer « Jouann ») et en français Jean. 26

Geoffroy d’Harcourt obtient alors le pardon du roi de France, Philippe VI, qui n’a probablement pas d’autre choix tant il est alors affaibli par la défaite. Celui-ci le désigne même, dès 1347, capitaine-souverain de Rouen et de Caen, avec autorisation de lever des impôts et des troupes. Constatant ce changement d’allégeance, Édouard III confisque alors ses biens en Angleterre par lettres du 5 mars 1347. 27

25 septembre. Gaston III de Foix-Béarn, comte de Foix, affirme la souveraineté du Béarn et sa neutralité dans le conflit opposant le roi de France au roi d’Angleterre.

28 septembre. Le cardinal Guy de Boulogne négocie une trêve avec Édouard III au nom de son cousin Philippe VI de Valois. C’est la troisième trêve dans la guerre de Cent Ans . Elle est signée près de Calais avec la médiation du pape Clément VI.

Après la chute de Calais, Philippe VI, âgé de 53 ans, et discrédité, doit céder à la pression. C’est son fils Jean, le duc de Normandie, qui prend les choses en main. Ses alliés, les Melun et les membres de la bourgeoisie d’affaires qui viennent d’être victimes de la purge qui a suivi Crécy et qu’il fait réhabiliter, entrent au Conseil du roi, à la Chambre des comptes et occupent des postes élevés dans l’administration. L’attraction politique de la France permet d’étendre le royaume vers l’est en dépit des défaites militaires.

Le comte Humbert II, ruiné par son incapacité à lever l’impôt et sans héritier après la mort de son fils unique, vend le Dauphiné à Philippe VI. Jean prend part directement aux négociations et finalise l’accord. 28

Le roi Édouard III afferme plusieurs places fortes à ses capitaines. Il confie Quimperlé et la région de l’Ellé à Roger Davidson, également connu sous le nom de Davy. Celui-ci met en coupe réglée Quimperlé et sa région, jusqu’à sa mort en 1364 à Auray.

Henry de Grosmon-Lancastre rembarque en 1347. Le roi Édouard III lui donne la ville de Bergerac et le droit de frapper monnaie.

Isabeau, dame héritière de Tinténiac, de Bécherel, et de Romillé, fille unique, se marie vers 1347 à Jean de Laval-Châtillon, fils de André, seigneur de Châtillon-en-Vendelais. Elle apporte à la famille de Laval toute la seigneurie de Tinténiac-Montmuran. 29

Les Iffs. 35
Les Iffs. 35. Le château de Montmuran. Photo : 01/12/2016.

Geoffroi VIII de Châteaubriant meurt en 1347.

Henri IV d’Avaugour, seigneur d’Avaugour en Goëllo, est le fils d’Henri III d’Avaugour et de Marie de Brienne. L’union de sa fille aînée Jeanne avec Guy, le frère du duc Jean III de Bretagne permet la reconstitution de l’apanage de Penthièvre. Il épouse en 1305 Jeanne d’Harcourt, morte en 1346, dont :

  • Jeanne d’Avaugour, épouse en 1318 Guy de Penthièvre, morte le 28 juillet 1327,
  • Marguerite, épouse d’Hervé VII de Léon mort en 1343 puis de Geoffroi des Vaux,
  • Isabeau, épouse de Geoffroi VIII de Châteaubriant mort en 1347, puis du vicomte de Thouars, Louis Ier mort en 1370.

Septembre. La peste noire part de Chine et se répand vers l’Ouest pour atteindre l’Europe. L’épidémie, transportée par des bateaux génois venus de Caffa, atteint Messine, puis Gênes et Marseille en décembre. Elle se répand dans toute l’Europe.

La peste noire est une pandémie de peste bubonique causée par la bactérie Yersinia pestis, qui touche la population européenne entre 1347 et 1352. Elle n’est ni la première ni la dernière épidémie de ce type.

On estime qu’elle tue entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans, faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Cette épidémie a des conséquences durables sur la civilisation européenne, d’autant qu’après cette première vague, la maladie refait ensuite régulièrement son apparition dans les différents pays touchés : entre 1348 et 1355 en France, et entre 1360 et 1369 en Angleterre, notamment.

Salon-Provence. 13
Salon-Provence. 13. Exposition. Photo : 05/20/2015.

Le taux de mortalité moyen d’environ trente pour cent de la population totale, et de soixante à cent pour cent de la population infectée, est tel que les plus faibles périssent rapidement, et le fléau ne dure généralement que six à neuf mois. 30

La peste noire. Une découverte en Finistère. 31

18 novembre. Jean de Marigny, évêque de Beauvais et chancelier du roi Philippe VI de Valois, jeune frère d’Enguerrand de Marigny, est nommé archevêque de Rouen.

Guillaume II Roger devient comte. En 1340, est instituée la sénéchaussée royale de Beaufort-en-Anjou. Elle relève directement du Parlement de Paris. Le cardinal Pierre Roger est élu pape, à Avignon, le 19 mai 1342, sous le nom de Clément VI. Le 27 mai, Philippe VI de Valois accorde 1 000 livres de rente à Guillaume II Roger dans les comtés du Maine et d’Anjou. Le frère du pape se voit attribuer, la même année, le fief de Beaufort-en-Vallée. Jean de Normandie, duc d’Anjou, ayant transformé ce fief en vicomté en 1344, Guillaume fait restaurer le château dès 1345. Puis la faveur royale en fait un comté en 1347, tout en exemptant de chevauchée le nouveau comte. 32

Avignon. 84
Avignon. 84 . Le Palais des Papes. Photo : 08/2016.
Beaufort-en-Vallée. 49
Beaufort-en-Vallée. 49. Photo : 16/05/2014.

Henri de Joinville, épouse Marie de Luxembourg. Il est né en 1327, mort en 1365, est sire de Joinville de 1343 à 1365 et comte de Vaudémont , Henri V, de 1348 à 1365. Il épouse en 1347 Marie de Luxembourg, fille de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, et d’Alix de Dampierre. 33

L’épouse d’Eudes IV de Bourgogne meurt et son petit-fils Philippe de Rouvre récupère l’héritage de sa mère. La même année il conclut une alliance avec Amédée VI de Savoie dans une expédition dans le Piémont. Toujours en 1347, le duc doit faire face à un soulèvement des barons franc-comtois, alliés aux bourgeois de Besançon. Il parvient à les vaincre mais avec beaucoup de difficultés. Eudes IV meurt subitement à Sens le vendredi 3 avril 1349. 34

Décès de Guillaume d’Ockham, 1285 ?-1347. Franciscain, philosophe et théologien.

Décès de Louis IV, empereur germanique, 1287-1347. Duc de Bavière, roi des Romains, 1314-1346, et empereur, 1328-1346.