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1348. Bertrand du Guesclin a 28 ans

Jeanne de Penthièvre a 24 ans. La guerre des deux Jeanne. La Peste noire. L’Ordre de la Jarretière.

Janvier. L’année commence sous les plus mauvais auspices. Un tremblement de terre est ressenti dans tout le Comtat Venaissin ainsi que dans une grande partie de la Provence et du Languedoc. Le nombre de victimes de ce séisme est minime comparé à celui de l’épidémie qui s’abat sur tout le pourtour méditerranéen. 1

La peste noire se propage.

Depuis Marseille, en novembre 1347, elle gagne rapidement Avignon, en janvier 1348, alors cité papale et carrefour du monde chrétien : la venue de fidèles en grand nombre contribue à sa diffusion.

Début février, la peste atteint Montpellier puis Béziers. Le 16 février 1348, elle est à Narbonne, début mars à Carcassonne, fin mars à Perpignan.

Fin juin, l’épidémie atteint Bordeaux. À partir de ce port, elle se diffuse rapidement à cause du transport maritime.

L’Angleterre est touchée le 24 juin 1348. Le 25 juin 1348, elle apparaît à Rouen, puis à Pontoise et Saint-Denis. Le 20 août 1348, elle se déclare à Paris.

En septembre, la peste atteint le Limousin et l’Angoumois, en octobre le Poitou, fin novembre Angers et l’Anjou. En décembre, elle est apportée à Calais depuis Londres.

En décembre 1348, elle a envahi toute l’Europe méridionale, de la Grèce au sud de l’Angleterre. L’hiver 1348-1349 arrête sa progression, avant qu’elle resurgisse à partir d’avril 1349.

La peste eut d’importantes conséquences économiques, sociales et religieuses :

  • la main-d’œuvre vint à manquer et son coût augmenta, en particulier dans l’agriculture. De nombreux villages furent abandonnés, les moins bonnes terres retournèrent en friche et les forêts se redéveloppèrent ;
  • les propriétaires terriens furent contraints de faire des concessions pour conserver (ou obtenir) de la main-d’œuvre, ce qui se solda par la disparition du servage ;
  • les villes se désertifièrent les unes après les autres, la médecine de l’époque n’ayant ni connaissances de la cause de l’épidémie ni les capacités de la juguler ;
  • les revenus fonciers s’effondrèrent à la suite de la baisse du taux des redevances et de la hausse des salaires ; le prix des logements à Paris fut divisé par quatre ;
  • des groupes de flagellants se formèrent, tentant d’expier les péchés, avant la Parousie, dont ils pensaient que la peste était un signe annonciateur. Cependant ces groupes restaient extrêmement marginaux, la plupart des chrétiens firent face au fléau par une piété redoublée, mais ordinaire et encadrée par un clergé qui réprouvait les excès ;
  • les Juifs, suspectés par la population d’empoisonner les puits, furent persécutés, en dépit de la protection accordée par le pape Clément VI ;
  • la peste marqua également les arts : voir en particulier les danses macabres et l’œuvre de Boccace le Décaméron.

En France, la population chute de 17 à 10 millions d’habitants, une diminution de 41 %, entre 1340 et 1440.

La médecine du XIVe siècle était impuissante face à la peste qui se répandait. Les médecins débordés ne savaient que faire devant cette maladie qui les atteignait, tout autant que leurs patients. Néanmoins, quelques conseils, vains, étaient donnés :

  • brûler des troncs de choux et des pelures de coing ;
  • allumer des feux de bois odoriférants dans les chaumières ;
  • faire bouillir l’eau et rôtir les viandes ;
  • prendre des bains chauds ;
  • pratiquer l’abstinence sexuelle ;
  • pratiquer de nombreuses saignées ;
  • administrer des émétiques et des laxatifs, l’effet obtenu étant l’affaiblissement des malades qui meurent ainsi plus rapidement ;
  • organiser des processions religieuses solennelles pour éloigner les démons. 2

13 avril. Massacre de Juifs à Toulon.

23 avril. Le très noble ordre de la Jarretière (Most Noble Order of the Garter) est le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, est fondé le 23 avril 1348 le jour de la Saint Georges, en pleine guerre de Cent Ans, par le roi Édouard III. 3

La famille De Mauny est une des plus anciennes maison de la noblesse bretonne. Le baron Gautier de Mauny, fils de Jean de Mauny surnommé Le Borgne, devient un des premiers chevaliers de l’Ordre de la Jarretière. Les De Mauny sont liés à la descendance de Saint Louis. Olivier de Mauny est cousin de Bertrand du Guesclin.

9 juin. Le pape Clément VI achète Avignon à la reine Jeanne de Naples, qui est également comtesse de Provence. Jeanne est innocentée dans l’affaire de l’assassinat de son mari André III de Hongrie par le pape et obtient les dispenses pour son mariage. Elle lui vend Avignon 80 000 florins pour financer la reconquête de Naples. L’empereur Charles IV renonce à ses droits de suzeraineté sur la ville le 1er novembre suivant.

Ce fut Guillaume de Malesec (Malosico), clerc de la Chambre du pape et chanoine de Langres, qui accepta la vente au nom de Clément VI, à la date du 6 juin. Par contre, les Archives du Vatican indiquent que ce fut Estienne Aldebrandy, archevêque d’Arles, qui passa le contrat de vente d’Avignon, avec toutes ses dépendances. La cité papale étant en terre d’Empire, l’acte fut fait en présence des plénipotentiaires de Charles IV de Luxembourg qui enregistrèrent la cession par lettres datées du 9 juin. Dans la cour du musée Calvet d’Avignon (ancienne Livrée de Cambrai) a été conservé le banc de pierre sur lequel le prélat compta à la Reine Jeanne ses 80 000 florins d’or. Elle confirma cette vente le 21 juin. Le 1er novembre 1348, de Gorizia, capitale du comté de Goritz, dans le Frioul, l’empereur en personne accusa réception de la transaction aux deux parties attestant qu’il cédait au pape tous ses droits sur Avignon. 4

4 juillet. Une bulle du pape Clément VI vise la protection des Juifs. Une seconde bulle du 26 septembre les innocente de la propagation de la peste. 5

La peste provoque des violences antijuives.

Les premiers troubles éclatent à Toulon dans la nuit du 13 au 14 avril 1348. Quarante Juifs sont tués et leurs maisons pillées. Les massacres se multiplient rapidement en Provence, les autorités sont dépassées à Apt, Forcalquier et Manosque. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence est incendiée (elle sera reconstruite hors de la ville en 1352). En Languedoc, à Narbonne et Carcassonne, les Juifs sont massacrés par la foule.

Saint-Rémy-de-Provence. 13
Saint-Rémy-de-Provence. 13. Photo : 19/05/2016.

En Dauphiné, des Juifs sont brûlés à Serres. N’arrivant pas à maîtriser la foule, le dauphin Humbert II fait arrêter les Juifs pour éviter les massacres. Ceux-ci se poursuivent à Buis-les-Baronnies, Valence, la-Tour-du-Pin, et Pont-de-Beauvoisin où des Juifs sont précipités dans un puits qu’on les accuse d’avoir empoisonné.

D’autres massacres ont lieu en Navarre et en Castille. Le 13 mai 1348, le quartier juif de Barcelone est pillé.

En juillet, le roi de France Philippe VI fait traduire en justice les Juifs accusés d’avoir empoisonné les puits.

Six Juifs sont pris à Orléans et exécutés.

En août, la Savoie est à son tour le théâtre de massacre. Le comte tente de protéger puis laisse massacrer les Juifs du ghetto de Chambéry.

En octobre, les massacres continuent dans le Bugey, à Miribel et en Franche-Comté.

Novembre à janvier 1349. La peste noire atteint Quimper.

L’Anjou n’est pas épargné par les trois fléaux.

Malgré la gloire de ses princes, l’Anjou n’est pas épargné par les trois fléaux de famine, peste et guerre, qui se conjuguent pour faire de cette période l’une des plus sombres de son histoire. Les conditions climatiques dégradées créent une faim endémique qui entraîne une dépression démographique sensible dès le début du 14ème siècle. La crise agricole se double d’une crise économique et monétaire consécutive aux dévaluations du règne de Philippe IV le Bel et à l’excessive pression fiscale, entretenue tant par les agents du duc que par les agents du roi, et même par le pape, comme le dénonce dès 1311 l’évêque d’Angers Guillaume Le Maire dans son Journal.

Des épidémies d’ampleur sans précédent frappent également le pays. La plus grave d’entre elles, la peste noire, touche l’Anjou à la fin de l’année 1348. Même si ses conséquences ne furent pas comparables à celles que connurent alors certaines régions entièrement désertées, on estime qu’un tiers environ de la population fut touchée par la mort ou par la maladie. Surtout, les récurrences de l’épidémie, au long du siècle, compromettent toute tentative de reprise. La désorganisation des échanges, la fermeture quasi-totale des marchés extérieurs dans les phases les plus critiques de la guerre de Cent ans, achèvent d’appauvrir une province mise en coupe réglée par les puissants comme par les occupants. 6

Malgré les louables efforts faits par le comte de-Forez, lieutenant du roi de France en Poitou, pour mettre la province à l’abri d’un coup de main, des bandes de coureurs des deux partis ravageaient les campagnes. Ainsi, au mois d’août 1348, les Moutiers-les-Mauxfaits furent pris, pillés et mis à feu et à sang, sous les ordres de plusieurs gentilshommes du pays, au nombre desquels on trouve les deux frères d’Apremont, Guillaume de Boulières, Guillaume de Buor, seigneur de la Mothe-Frelon, Hardouin ; de Cholet, etc. Le prieur des Moutiers, Nicolas Michelet, et Maurice du Fouilleux, au nom des autres habitants de cette localité, ayant adressé une plainte à Platon de Grèze, châtelain de la Roche-sur-Yon, ce dernier fut chargé de l’information de l’affaire, de la capture des prévenus, de la saisie de leurs biens et de la conduite des prisonniers à Paris. Les biens volés aux Moutiers avaient été transportés au château de Poiroux dont Guy d’Apremont était seigneur. Son châtelain, Robert Gueniel, qui avait fait partie de la bande des assaillants, et recelait les objets pillés, avait seul été arrêté et emprisonné au Chatelet de Paris. 7

La peste atteint le Dorset, en Angleterre (1348-1349). Londres est touchée le 1er novembre. 8

La population anglaise est réduite de 30 % entre 1348 et 1369. La réduction de la main d’œuvre transforme l’économie agricole seigneuriale. De vastes terres passent à l’élevage et la main-d’œuvre agricole connaît pour la première fois une sorte de liberté.

Jeanne de Penthièvre mène le parti de Blois-Penthièvre.

L’épouse de Charles de Blois, Jeanne de Penthièvre, le remplace dans la lutte qu’elle conduit avec une vaillance digne d’un grand homme de guerre. Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort, sa rivale, « femme au courage d’homme et au cœur de lion », disent les vieux chroniqueurs, dirige elle même le parti de Montfort, depuis la captivité de son époux, fait prisonnier par les Français, tout au début de la guerre, au siège de Nantes. La présence de ces deux femmes également énergiques, à la tête de leurs armées respectives, a fait donner à cette lutte des maisons de Blois et de Montfort, le nom de « guerre des deux Jeanne ».

Après la défaite de Charles de Blois, les Anglais restés en garnison à la Roche, se conduisent à l’égard des habitants avec une excessive cruauté : « Ils en tuèrent un grand nombre », dit Dom Morice, « et ne réservèrent que ceux qu’ils crurent utiles à la culture des terres. »

Les nobles du pays de Tréguier, indignés de ces odieux traitements, s’en plaignirent à Philippe de Valois et lui demandèrent des secours.

Tréguier. 22
Tréguier. 22. Photo : 28/01/2017.

Philippe leur envoya quelques troupes sous les ordres du Sire de Craon et d’Antoine Doria. Ce secours était insuffisant par lui-même, mais ces seigneurs armèrent à la hâte tous les hommes du pays, en état de porter les armes, et les conduisirent à la Roche-Derrien. La place fut, pendant deux jours, attaquée et défendue avec beaucoup de courage.

Le troisième jour, les Anglais offrirent de se rendre « Vie et bagues sauves », mais les assiégeants repoussèrent cette proposition et donnèrent un nouvel assaut qui dura jusqu’au lendemain sans résultat décisif.

Le Sire de Craon craignant cependant que Thomas D’Ageworth ne vint une seconde fois au secours de la ville promit alors une somme de 50 écus à celui de ses soldats qui entrerait le premier dans la Place. Cette somme fut mise dans une bourse et placée au bout d’un bâton dépassant le mur, afin que tous pussent, la voir.

L’appât du gain anima les guerriers, surtout les Génois qui faisaient partie des troupes de Philippe de Valois. Ces Génois se firent attacher aux murs, les sapèrent et y firent une brèche par laquelle l’armée entière pénétra dans la place : vieillards, femmes, enfants, tous ceux qui se trouvaient dans la ville furent passés au fil de l’épée.

Deux cent cinquante Anglais, réfugiés dans le château, résistaient encore ; ils se rendirent à la condition qu’on les conduirait sous bonne escorte à dix lieues de la Roche.

Sylvestre de la Feuillée et un autre chevalier breton s’offrirent pour les accompagner et parvinrent, non sans peine, à les conduire à Châteauneuf de Quintin. 9 Mais là des bouchers, des charpentiers et autres gens de métier, irrités contre ces Anglais qui avaient fait tant de mal dans notre pays, les enveloppèrent, et les tuèrent tous malgré les prières et les efforts des deux chevaliers bretons. 10

La duchesse de Bretagne, Jeanne de Penthièvre donna le commandement de la Roche-Derrien à Antoine Doria qui lui avait rendu cette place et l’avait si bien servie dans la circonstance. 11

Antonio Doria est amiral de France depuis 1339. 12

Jeanne de Penthièvre négocie la rançon de Charles de Blois.

Bonabes de Derval est parmi les neuf chevaliers que la Comtesse de Penthièvre envoie en Angleterre pour négocier la rançon de Charles de Blois. Cette négociation n’aboutit pas. A son retour Bonabes de Derval passe au service du roi de France qui le convoque au ban et arrière-ban en 1350. Bonabes de Derval devient chambellan et conseiller de Jean II le Bon. 13

Jean de Châteaugiron, seigneur de Malestroit, est qualifié « banneret » dans un sauf-conduit qui lui est délivré en 1348, ainsi qu’à plusieurs autres seigneurs bretons par le roi d’Angleterre, pour traiter de la rançon de Charles de Blois. 14

Malestroit. 56
Malestroit. 56. L’Oust borde la ville. Photo : 02/10/2016.

Raoul III de Coëtquen meurt en 1348.

Coëtquen est à l’entrée d’une grande forêt, dans la commune de Saint Hélen, à huit kilomètres de Dinan.

Raoul II, marié à Margirie et père de Guillaume de Coëtquen, cinquième du nom vivant en 1329 épousa Delice Goyon.

Raoul III de Coëtquen, mort en 1348 laissa de N. de Plezou un fils : Jean qui suit.

Jean de Coëtquen est mort prisonnier en Angleterre. Le dit seigneur Jean de Coëtquen était marié avec Marguerite de Rougé veuve de Olivier de Tournemine, sieur de la Hunaudaye.

Raoul III de Coëtquen fut gouverneur de la ville de Redon et du château de Léhon, marié avec Marguerite de Quédillac, il mourut à la fin du XIVe siècle laissant pour héritier Raoul IV. 15

Redon. 56
Redon. 56. Abbaye Saint-Sauveur. Photo : 12/10/2002.

Nicolas Oresme étudie la théologie à Paris.

On ne sait pratiquement rien sur sa famille et ses origines. Le fait qu’il ait fait ses études au collège de Navarre, établissement commandité et subventionné par le roi pour les étudiants trop pauvres pour payer leurs frais de scolarité à l’Université de Paris, constitue une indication probable de ses origines paysannes. Toute sa vie se déroule durant la guerre de Cent Ans, la Normandie est alors souvent occupée par l’Angleterre. Il étudie les « artes » à Paris (avant 1348), avec Jean Buridan (reconnu comme le fondateur de l’école française de philosophie naturelle), Albert de Saxe et peut-être Marsile d’Inghen. À partir de 1348, il étudie la théologie à Paris. Il obtient son doctorat en 1356 et devient, la même année, grand-maître du Collège de Navarre. Il est reçu Magister Artium en 1362.

Sa réputation a attiré l’attention de la famille royale et l’a mis en contact intime avec le futur Charles V en 1356. 16

L’écrivain italien Boccace, Giovanni Boccaccio, commence à travailler sur le Décaméron.

Je n’ai pas trouvé de mention de Bertrand du Guesclin pour cette année.